Bérénice Lajouanie (Les Echos) "Les Echos bouclent 2025 avec un chiffre d'affaires de 96,1 millions d'euros, légèrement au-dessus de 2024"

Bérénice Lajouanie, directrice générale des Echos, explique comment le quotidien économique entend chercher croissance et rentabilité cette année, notamment en misant sur la progression de sa base d'abonnés.

JDN. Comment Les Echos ont-ils bouclé 2025 et quels sont vos objectifs pour 2026 ?

Bérénice Lajouanie. Les recettes des Echos sont pratiquement stables : nous avons fini 2025 avec un chiffre d’affaires de 96,1 millions d’euros, légèrement au-dessus des 95,9 millions enregistrés en 2024. C’est une belle performance avec notamment une quinzième année consécutive de progression de notre diffusion et l’accélération (+5%) de nos abonnements digitaux. Les Echos disposent désormais de 85 000 abonnés numériques sur un total de 105 000 abonnés. Pour 2026, nous visons la croissance, notamment en capitalisant sur la bonne dynamique observée en fin d’année dernière mais également en récoltant les premiers fruits d’un nombre important de nouvelles initiatives éditoriales. Le but n°1 pour nous, c’est de poursuivre la progression de notre portefeuille d’abonnés.

Qu’en est-il de votre rentabilité ?

Les Echos sont rentables, si vous considérez également ses activités de diversification, à savoir Les Echos Publishing et l’événementiel, avec VivaTech comme locomotive. Le chiffre d’affaires des Echos, diversification comprise, est de 130 millions d’euros en 2025.

Et sans la diversification ?

Sans la diversification, le journal n’a pas fini 2025 à l’équilibre. Il n’était pas loin de la rentabilité ceci dit. Même chose pour 2024.

Pourtant Les Echos avaient atteint la rentabilité lors des exercices 2021-2023. Que s’est-il passé ?

C’est surtout l’inflation post-Covid qui nous a fait basculer dans le rouge. Une des priorités de Michèle Benbunan, notre nouvelle présidente, c’est de revenir très vite à l’équilibre. Cela se fera sans doute cette année, notamment grâce à la progression du chiffre d’affaires des Echos : nous avons encore une importante marge de progression devant nous et tout particulièrement sur notre base d’abonnés, qu’ils soient individuels ou entreprise.

C’est pour cela que nous mettons en place différentes initiatives éditoriales : sous la houlette de Christophe Jakubyszyn, arrivé courant 2024, la rédaction des Echos a conçu un nombre important de nouveautés éditoriales qui ont vu le jour en 2025. Je peux vous citer de nouveaux rendez-vous, comme le 18-20 sur l’application, qui nous a déjà permis de développer nos pages vues de 20% ; de nouvelles verticales expertes, comme "Machiavel", dédiée à la géopolitique ; la refonte du chemin de fer ; puis, en fin d’année, le renforcement de notre offre de fin de semaine en papier comme sur le digital. Il y a de fait un fort potentiel de développement de nos audiences sur le week-end.

A combien estimez-vous ce potentiel ?

Facilement 20% voire 30% de croissance de nos audiences le week-end. A titre d’illustration, depuis novembre, nous proposons deux nouveaux rendez-vous sur le digital : le Brunch, samedi et dimanche matin, et le Brief, le dimanche soir, pour préparer la semaine. Ne serait-ce qu’avec ces deux nouveaux rendez-vous, nous observons déjà un impact sur nos audiences du week-end. Nous avons également étoffé notre magazine Les Echos Week-End.

"Dès le mois de mars, nous renforcerons notre offre sur le quotidien du week-end"

Puis, dès le mois de mars, nous renforcerons également notre offre sur le quotidien du week-end, qui sort le vendredi, avec deux cahiers supplémentaires, un dédié à la finance personnelle, l’autre, "L’Exquis", au lifestyle. En plus de contribuer au développement de nos lecteurs, ces pages seront des écrins tout particulièrement intéressants et valorisants pour nos annonceurs.

Au total, quelle est la répartition de vos différentes sources de revenus entre ventes/abonnements, publicité et diversification ?

Les ventes/abonnements comptent pour 55%. Il s’agit d’une source de revenus en progression : nous arrivons à compenser la baisse de la vente au numéro par la progression des abonnements. Quant à la publicité, elle pèse pour 45% de nos recettes, et c’est une source légèrement baissière. Dans un contexte de rétraction du marché publicitaire, nous avons bien défendu notre activité en finissant l’année avec des recettes en baisse de seulement 2% contre -10% pour la moyenne de la presse écrite. Si on inclut la diversification dans ce calcul, la part des ventes/abonnements passe à 41%, celle de la publicité à 34%, les 25% restants étant assurés par nos activités publishing et Vivatech.

La part de la diversification dans vos recettes est sensiblement supérieure à celle de bon nombre de médias. Comment l’expliquez-vous ?

Les Echos ont été précurseurs en matière de stratégie de diversification, nous l’avons initié dès les années 2000. VivaTech est un grand succès, nos activités de publishing se portent également très bien. Nous étudions la possibilité de lancer d’autres activités dans l’événementiel. C’est à l’étude.

Quel est le poids du digital dans votre diffusion et dans vos recettes ?

Le digital pèse pour 80% de notre diffusion et pour 60% de notre chiffre d’affaires média (ventes, abonnements et publicité), ce qui nous place dans la fourchette haute de l’importance du digital dans l’économie du média, comparé à nos confrères français et européens. C’est aussi cela qui nous rend confiants en l’avenir.

Constatez-vous des baisses de trafic liées à la montée en puissance des IA. Et, d’ailleurs, les craignez-vous ?

Nous ne constatons pas du tout de baisse de trafic, nous avons même enregistré un record d’audience en janvier. Ceci étant, nous prenons très au sérieux l’essor des IA conversationnelles : nous sommes conscients que la conquête d’audiences sera fortement bousculée par ces nouveaux usages de l’IA. C’est pour cela que nous plaçons le curseur prioritairement dans de nouveaux moyens de conquête de lecteurs : les rendez-vous éditoriaux dont je vous ai parlé en sont un, mais il en existe d’autres, à commencer par la vidéo.

"Le digital pèse pour 80% de notre diffusion et pour 60% de notre chiffre d'affaires média"

La vidéo a fait un véritable boom chez nous depuis l’arrivée il y a un an de Pierre Schneidermann, notre nouveau chef de service qui a vraiment transformé notre manière d’aborder ce levier. Nous proposons désormais une petite dizaine de séries sur YouTube, comme "Business drama", "Macro", "Saga" ou encore "Mercato", explorant différents sujets à travers des enquêtes creusées et de nombreuses infographies. En l’espace d’un an, en 2025, nous avons multiplié nos audiences sur YouTube par 3 avec une spécificité de taille : plus de 50% de ces audiences ont moins de 35 ans, ce qui contraste avec l’âge moyen de nos lecteurs, plutôt au-dessus de 50 ans. La vidéo, c’est aussi un vivier important pour nos annonceurs. Notre régie a très bien commercialisé ces séries, ce qui nous a permis d’être à l’équilibre sur ce format en 2025 et d’espérer atteindre la rentabilité dès cette année.

Un autre terrain de conquête de nouvelles audiences pour nous, c’est LinkedIn : nous comptons aujourd’hui plus de 900 000 abonnés et avons enregistré en 2025 la plus forte croissance sur ce réseau pour un média écrit en France. Certains de nos journalistes nous y accompagnent en tant que nos ambassadeurs.

Mais il nous faut également savoir fidéliser nos lecteurs. Et pour cela nous avons plusieurs projets en production dont le lancement encore ce semestre, pour une partie de nos abonnés, d’un moteur d’intelligence économique qui s’appuiera sur 35 ans d’archives des Echos. En parallèle, un gros chantier d’optimisation de nos pages est en cours, afin de favoriser le temps passé et la consultation d’autres contenus au sein du site. Enfin, nous allons proposer davantage de rencontres humaines au sein du Club Les Echos Débats. Ce sont des moments privilégiés où nos abonnés peuvent rencontrer des entrepreneurs, des personnalités et nos journalistes.