Google lance AI Overviews en France sans concertation avec les éditeurs de presse
AI Overviews, le nouvel outil de Google, est lancé en France à partir de ce mercredi. Cette fonctionnalité propose un résumé de réponses créé par Gemini, le modèle d’IA de Google, placé sous la barre de recherche, mais au-dessus des liens renvoyant vers des pages web. Ce positionnement suscite de vives inquiétudes chez les éditeurs de presse français, qui redoutent que les internautes se contentent de ces réponses synthétiques sans cliquer sur les liens des sites d’information.
"C’est un tournant pour les éditeurs de presse, car une partie de leur écosystème risque de s’en trouver profondément bouleversée", souligne Marc Feuillée, président de l’Alliance de la presse d’information générale et directeur général du groupe Figaro. Le trafic généré par Google Search représente une part importante pour de nombreux sites et applications, voire essentielle pour certains. La conséquence sera de les priver d’une partie de leurs revenus.
Un impact économique redouté
Les craintes des éditeurs sont appuyées par des projections alarmantes. "A l’horizon 2026, les éditeurs s’attendent à ce que le trafic provenant des moteurs de recherche diminue de près de moitié (-43%) au cours des trois prochaines années", estimait Reuters Institute dans son rapport "Digital News" publié en juin. Cette perspective fait craindre une remise en cause profonde du modèle économique de la presse en ligne, largement dépendant de l’audience générée par les moteurs de recherche.
Depuis que Google a officialisé l’arrivée d’Overviews en France, les sites sont invités à suivre avec attention les indicateurs d’audience qui pourraient établir un lien direct entre cette arrivée et une chute d’audience, ce qui entraînerait une baisse de rémunération au titre des droits voisins.
La France était l’un des derniers pays où Google n’avait encore déployé AI Overviews, alors que la fonctionnalité a été étendue à 200 pays fin mai. Ce retard s’explique par la particularité des négociations avec les éditeurs de presse autour des droits voisins.
Après la sanction de 250 millions d’euros que lui a infligée l’Autorité de la concurrence française en mars 2024 pour non-respect de ses engagements dans le cadre des droits voisins, Google a pris le temps avant de leur proposer une mise à jour de leur contrat pour prendre en considération ce nouvel affichage de leurs contenus. Malgré l’ouverture de discussions, le géant américain a choisi de lancer son service sans attendre leur aboutissement. "J’aurais souhaité un accord préalable, insiste Marc Feuillée. Je regrette cette situation de fait accompli et je m’en inquiète."
Un "opt-out" contesté par les éditeurs
Google a aussi introduit un "opt-out" pour les éditeurs pour, soi-disant, laisser le choix à un éditeur d’apparaître ou non dans ces fonctionnalités de recherche générative par IA, sans que cela n’affecte son indexation ou les résultats de recherche. Ce choix n’en est pas un, selon plusieurs éditeurs. "Si on s’exclut, on perd sur tous les fronts", souligne l’un d’eux.
Les éditeurs de presse ne contestent pas l’arrivée de l’IA en tant que nouvelle technologie, mais bien les conditions dans lesquelles elle se fait. "Personne n’est contre l’implémentation de l’IA, c’est un fait", peste un éditeur. Ils rappellent que la rémunération au titre des droits voisins est essentielle pour garantir la production d’une information de qualité. "Il y a une vraie inquiétude sur l’avenir du modèle économique des éditeurs", souligne Marc Feuillée.
Depuis que Google a officialisé l’arrivée d’Overviews en France, les éditeurs surveillent de près l’évolution de leur audience et s’interrogent sur la protection effective que leur garantissent les engagements pris par Google devant l’Autorité de la concurrence. "Les éditeurs français sont-ils toujours protégés par les engagements pris par Google devant l’Autorité de la concurrence ?", s’interroge toutefois Marc Feuillée. La question de la juste rémunération des contenus utilisés par l’IA reste au cœur des préoccupations.
Vers de nouvelles négociations ?
Un accord sur les droits voisins du droit d'auteur, couvrant plus de 300 titres de presse quotidienne nationale, régionale et locale en France, a été renouvelé entre Google et la presse en janvier 2025. Mais le lancement des outils IA de Google en France s'accompagne d'engagements sur la rémunération des éditeurs, tout en suscitant de nouvelles inquiétudes sur l’impact pour la presse.
"Il faut accélérer les discussions. Un accord est indispensable. L’Alliance des Quotidiens a toujours démontré par le passé sa capacité à nouer des accords. C’est dans l’intérêt de tout le monde", ajoute Marc Feuillée. "Si Google demande des droits supplémentaires d’utilisation de nos contenus, il doit trouver le moyen de conclure un accord", ajoute Louis Dreyfus.