Sébastien Lecornu revoit à la baisse le budget 2027
Sébastien Lecornu a décidé de revoir son projet de budget pour 2027, pour s'adapter à la nouvelle donne économique et politique. Le Premier ministre demande au gouvernement un effort supplémentaire sur les dépenses de l'Etat hors défense en 2027, qu'il veut "strictement au même niveau" que celles de 2026. Ce gel marque un tournant dans la gestion budgétaire à l'approche de la présidentielle.
Jusqu’ici, les plafonds prévus tablaient sur une hausse des dépenses publiques en 2027 : une progression de 0,8% hors inflation, tirée par une augmentation de 2,5% des dépenses de l’Etat, principalement en raison du réarmement militaire (+15%) et de l’alourdissement des intérêts à payer sur la dette (+13%). Les autres crédits ministériels devaient progresser de 0,4%. Mais Sébastien Lecornu a finalement tranché : ce sera "un strict 0%". Matignon pense ainsi économiser environ 1,5 milliard d’euros.
Une situation économique dégradée
La décision du Premier ministre intervient alors que l’économie française traverse une période difficile. Les taux d’intérêt que doit payer la France pour s’endetter ont atteint des sommets jamais vus depuis les années 2000. La croissance du pays est tombée à zéro, ou presque, et les cours mondiaux du pétrole sont repartis à la hausse, annonçant un choc énergétique durable.
Dans ce contexte, Sébastien Lecornu reconnaît dans sa lettre que, pour 2026, le déficit public "sera supérieur à 5% du produit intérieur brut". L’objectif initial de réduction du déficit est donc abandonné. En 2027, il a peu de chances de reculer vraiment, malgré le 1,5 milliard d’euros dégagé in extremis.
Maintien de mesures prioritaires
Malgré ce tour de vis budgétaire, le gouvernement entend financer plusieurs mesures jugées prioritaires. Sébastien Lecornu propose de consacrer près de 1,5 milliard à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles et 2,6 milliards pour la protection de l’enfance, à une semaine du début de l’examen à l’Assemblée nationale de la "loi intégrale" en réponse à l’affaire Lyhanna. Si ces crédits sont votés lors du débat budgétaire, "ils permettront de recruter 300 magistrats", de "conforter le budget des associations", et de "recruter 700 nouveaux enquêteurs et 300 encadrants scolaires, dont des infirmières scolaires", détaille Sébastien Lecornu dans une tribune publiée dans Le Monde.
Une aide de 1,3 milliard d'euros a également été promise aux agriculteurs victimes de la sécheresse. Par ailleurs, dans un courrier à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, le Premier ministre préconise que le montant de l'amende infligée à Google (4,6 milliards d'euros avec les intérêts) serve à réduire les contributions des Etats membres au budget de l'Union européenne, "compte tenu des fortes pressions exercées sur les budgets nationaux cette année". Cela représenterait quelque 800 millions d'euros pour la France.
Pression sur les forces politiques à l’approche de la présidentielle
Ce gel des dépenses intervient dans un contexte politique tendu, à sept mois de l'élection présidentielle. Sébastien Lecornu rappelle aux parlementaires que la réponse à l'affaire Lyhanna passe par l'adoption de la loi de finances. Il avait déjà appelé les parlementaires à leur devoir le 17 août, lors d'un déplacement en Gironde sur les lieux de l'incendie qui a ravagé cet été près de 42 000 hectares.
Les oppositions affichent leur détermination à s’opposer au gouvernement. En 2025, le Rassemblement national (RN) et La France insoumise s’étaient saisis des débats budgétaires pour stigmatiser les députés Les Républicains et ceux du Parti socialiste (PS), dénonçant leur collusion avec le gouvernement Lecornu pour avoir laissé passer le budget 2026, adopté en janvier grâce à l’article 49.3 de la Constitution. Cette année, le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, promet d’emblée de censurer le gouvernement "si la copie est conforme aux pistes". De son côté, la candidate RN à l’élection présidentielle, Marine Le Pen, assure préférer qu’un budget même "imparfait" soit adopté au Parlement, plutôt qu’une loi spéciale qui réduirait ses marges de manœuvre en cas de victoire en 2027.
Sébastien Lecornu met ainsi la pression sur les forces politiques, soulignant que le rejet du budget priverait la justice et les associations de moyens pour lutter contre les violences sexistes et protéger l’enfance. L’issue du débat budgétaire reste incertaine, alors que le gouvernement ne dispose toujours pas de majorité à l’Assemblée nationale.