Le Rassemblement national forme pour la première fois un groupe parlementaire au Sénat

Le Rassemblement national forme pour la première fois un groupe parlementaire au Sénat Le RN réalise une percée historique au Sénat, tandis que Les Républicains s'érodent et que deux élus LFI font leur entrée dans la chambre haute.

A l’issue des élections sénatoriales du 27 septembre, la mainmise des Républicains sur l’hémicycle, avec leurs alliés centristes, n’est pas bouleversée par le renouvellement de 178 sièges sur 348. Toutefois, le scrutin marque un tournant inédit dans l’histoire du Sénat : le Rassemblement national (RN) parvient à former un groupe parlementaire pour la première fois, avec au moins 15 sièges acquis au parti de Marine Le Pen et Jordan Bardella ou à leurs alliés de l’Union des droites pour la République (UDR).

Cette percée s’inscrit dans un contexte de progression locale marquée pour le parti, à l’image de scores parfois quintuplés par rapport au dernier scrutin en 2020. Marine Le Pen a salué sur X : "C’est une victoire historique et une étape majeure qui est franchie", évoquant une "percée générale" qui confirme "l’accélération de l’implantation du RN sur tout le territoire".

Dans le détail, l’UDR, le parti du nouveau maire de Nice Eric Ciotti, a raflé deux sièges dans les Alpes-Maritimes, tandis que le RN en a pris deux dans le Var et deux autres dans les Bouches-du-Rhône. La députée RN Edwige Diaz a réussi son pari en Gironde, passant du Palais Bourbon au Palais du Luxembourg. En revanche, Marie-Caroline Le Pen, sœur de Marine Le Pen, a été battue dans la Sarthe.

Pour Sébastien Chenu, vice-président du RN, "C’est un coup d’accélérateur pour cette campagne présidentielle".

Erosion de la droite traditionnelle

Si la majorité du Sénat reste à droite et au centre, Les Républicains (LR), qui perdraient environ sept sièges en attendant encore les affiliations et certains résultats outre-mer, sont en proie à une érosion. Ce recul, bien que relatif, révèle un certain affaiblissement du parti de droite. Bruno Retailleau, facilement réélu en Vendée, espère néanmoins damer le pion aux candidats du bloc central en vue de la présidentielle.

Autre fait marquant de ce scrutin, La France insoumise (LFI) fait son entrée au Sénat avec l’élection du député LFI Gabriel Amard dans le Rhône et de Marc Péré, à la tête d’une liste LFI-EELV-Générations en Haute-Garonne. "Gabriel Amard nous fait entrer au Sénat, en dépit de toutes les tentatives de barrage. Heureux augure pour 2027", a salué le leader du mouvement sur X. Marc Péré, "apparenté LFI" selon la direction du parti, siégera dans l’intergroupe parlementaire rassemblant députés, sénateurs et députés européens mélenchonistes.

LFI n’a toutefois pas réussi à faire élire sa candidate chez les Français de l’étranger, celle-ci ayant manqué la marche de 3 voix. A gauche, la présence quasi-systématique de listes LFI en concurrence avec les autres formations politiques a créé une certaine dispersion des voix, comme chez les Français de l'étranger.

Le Parti socialiste (65 sièges avant le scrutin) a perdu quelques plumes, dans la Creuse par exemple, mais a obtenu quelques gains, dans le Doubs et l'Hérault notamment. Les décomptes définitifs diront si le PS reste ou non la deuxième force du Sénat devant l'Union centriste (59 sièges). Les Ecologistes, pour leur part, ont perdu un siège en Gironde et en Alsace, conséquence logique de la bascule de Bordeaux et Strasbourg aux municipales.

Horizons, représenté par le groupe des Indépendants (20 membres), peut pour sa part légitimement croire à quelques gains, non négligeables pour la dynamique d'Edouard Philippe sur la route de l'Elysée. Le groupe macroniste RDPI (19 membres), orphelin de son influent président François Patriat décédé cet été, se maintiendrait selon son représentant Xavier Iacovelli.

Dans la soirée, le président du Sénat, Gérard Larcher, a estimé que la chambre haute doit rester l'"assemblée du débat apaisée de la raison et de la réflexion". Il a affirmé que son rôle serait de "permettre à chaque groupe d'exercer pleinement ses droits", y compris dans les instances du Sénat.