La régulation de l'IA progresse outre-Atlantique, malgré la bienveillance de Donald Trump
Réélu avec le soutien d’une partie de la Silicon Valley, Donald Trump cherche depuis son retour au pouvoir à ménager l’industrie de l’IA en adoptant une approche minimaliste en matière de régulation.
Mais les choses sont en train de changer. Ce virage est en partie dû à Trump lui-même, et sans doute motivé à la fois par l’impopularité de l’IA en vue des élections de mi-mandat et la multiplication des incidents. Le président vient de créer un groupe de travail qui dispose de 120 jours pour mettre en lumière les risques et opportunités que représente l’IA, en collaboration avec l’industrie. Si Donald Trump a explicitement affirmé qu’il n’entendait pas mettre de coup d’arrêt à l’industrie ("Je ne vais pas freiner une technologie qui sera plus importante que la révolution industrielle", a-t-il déclaré fin septembre lors d’une réunion avec les patrons de l’IA), cela montre tout de même que les risques posés par l’IA commencent à être pris au sérieux par son gouvernement.
Plusieurs proches du président l’ont incité à réviser son approche vis-à-vis de l’IA, dont la chef de cabinet de la Maison Blanche Susie Wiles et le secrétaire au Trésor Scott Bessent, selon le Wall Street Journal.
L’autorité de la concurrence sur le coup
Les initiatives proviennent également d’agences gouvernementales, à l’instar de la FTC. Le gendarme américain de la concurrence ouvrira ainsi une enquête sur OpenAI et Anthropic, afin de déterminer si leurs actions ont nui aux consommateurs américains. La FTC évaluera si ces entreprises ont ou non cherché à tromper les consommateurs en mentant sur l’utilité ou les risques de leurs produits ; collecté les données utilisateurs de manière abusive ou encore minimisé les risques de voir l’IA échapper à leur contrôle.
Le président de la FTC, Andrew Ferguson, a été nommé par Donald Trump au début de son second mandat, et l’agence a depuis adopté une approche moins musclée à l’encontre des géants de la tech que sous sa prédécesseure, Lina Khan. Mais la FTC conserve malgré tout une certaine autonomie vis-à-vis de l’exécutif. L’ouverture d’une enquête visant deux mastodontes de l’IA de la part du gendarme de la concurrence n’est donc pas anodine et montre que l'impact de la technologie inquiète en haut lieu outre-Atlantique.
Une opposition politique
D’autres actions émanent de l’opposition démocrate. La Californie, qui avait été le premier Etat américain à se doter de sa propre loi sur la régulation des données, similaire au RGPD, en 2018, a notamment lancé sa propre enquête à la suite de l’incident Hugging Face. Le procureur général de Californie a suggéré que les développeurs qui ne prendraient pas les précautions nécessaires pour que leurs modèles ne puissent perpétrer des cyberattaques pourraient être tenus pour légalement responsables.
D’autres initiatives viennent de l’intérieur même du Parti républicain, et en particulier de la frange populiste, la base historique du trumpisme qui, contrairement aux soutiens de Trump dans la Silicon Valley, est sceptique vis-à-vis de l’IA et inquiète des risques qu'elle pose, en particulier en matière de chômage de masse. Plusieurs sénateurs ont ainsi ouvert leur propre enquête sur l’incident Hugging Face, sous la direction de Josh Hawley, sénateur républicain du Missouri, très conservateur sur le plan des mœurs mais partisan de régulations plus sévères à l’encontre des grandes entreprises. Lors d’une réunion, celui-ci a repris l’argumentaire du procureur général de Californie quant à la responsabilité des développeurs d’IA. "Quand on casse, on paye", a-t-il déclaré. Il a également affirmé lors d’une interview que le Congrès devait d’urgence légiférer pour tenir les géants de l’IA pour responsables.
Longtemps épargnés par le monde politique, ceux-ci voient l’étau progressivement se refermer. En cas de défaite des républicains aux élections de mi-mandat, l’aile populiste du parti pourrait s’allier à la nouvelle majorité démocrate pour adopter des régulations, comme elle l’a déjà fait par le passé.