L'industrie de l'IA est devenue le boulet des républicains pour les midterms

L'industrie de l'IA est devenue le boulet des républicains pour les midterms Jadis un atout pour le camp de Donald Trump, sa proximité avec l'industrie de la tech, et en particulier celle de l'IA, commence à devenir un problème, alors que les Américains sont désormais majoritairement hostiles à cette technologie.

Les élections de mi-mandat approchent aux Etats-Unis, suscitant une offensive des démocrates sur plusieurs thèmes-clefs susceptibles de leur apporter la victoire, dont certains reviennent désormais quasiment à chaque élection : l’inflation persistante, la guerre au Moyen-Orient, ou encore la personnalité de Donald Trump. Mais un nouveau thème commence également à faire beaucoup de bruit : l’IA.

De nombreux candidats démocrates ont lancé une croisade contre cette technologie, en particulier à travers le prisme de la construction de centres de données. Au Texas, le candidat au Sénat, James Talarico, a récemment organisé un meeting de campagne consacré à ceux-ci, accusant la majorité républicaine d’accorder des permis à tout va contre de généreuses donations.

Dans le Wisconsin, le Michigan et la Pennsylvanie, autant d’Etat qui votent tantôt démocrate, tantôt républicain, et où se jouent donc souvent les élections, les candidats démocrates ont tous déployé des panneaux de campagne contre les centres de données. Ces derniers poussent comme des champignons dans ces anciennes zones fortement industrialisées qui ont à la fois la place et les infrastructures énergétiques nécessaires pour les accueillir. En juillet, l’Etat de New York est quant à lui devenu le premier de l’Union à imposer un moratoire sur leur construction.

Panique chez les républicains

La droite américaine commence à paniquer, craignant que cette stratégie ne s’avère très efficace. Une note émise par le National Republican Senatorial Committee la semaine dernière affirme ainsi que les centres de données pourraient coûter son poste à Jon Husted, sénateur de l’Ohio, actuellement en lice pour sa réélection dans cet Etat pourtant solidement ancré à droite.

Certains candidats républicains n’ont pas attendu les instructions du Parti pour infléchir leur discours. C’est le cas de Greg Abbott, le gouverneur républicain du Texas qui, avec ses politiques pro-business, a contribué à faire du Lone Star State un Etat attractif, en particulier pour la tech, rivalisant avec la Californie. Oracle, Tesla et SpaceX y ont notamment déplacé leur siège social au cours des dernières années. Il y a tout juste un an, le gouverneur se félicitait d’un investissement massif de Google au Texas pour y construire des centres de données d’IA. Récemment, il a au contraire critiqué la consommation d’eau et d’électricité des centres de données, réduit certains avantages fiscaux accordés à l’industrie et annoncé que l’attribution de nouveaux permis serait désormais soumise à un audit sur leur future consommation de ressources.

En Floride, un bastion conservateur, Byron Donalds, le favori du parti républicain pour prendre la succession de Ron DeSantis, dont le mandat touche à sa fin, a quant à lui dépensé plus de deux millions de dollars dans une campagne de publicité où il promet de protéger l’Etat contre les centres de données qui feraient exploser la facture énergétique.

L’IA de plus en plus impopulaire aux Etats-Unis

Il faut dire que les démocrates ont l’opinion publique de leur côté. Un récent sondage Gallup montre ainsi que 71% des Américains s’opposent à la construction d’un centre de données près de chez eux. Un autre sondage, conduit par l’Annenberg Public Policy Center of the University of Pennsylvania, montre pour sa part que ce chiffre a augmenté de douze points de pourcentage depuis le début du printemps.

Si l’opposition aux centres de données s’articule notamment autrour de leur impact sur les prix de l’énergie et l’environnement, ils sont aussi victimes d’un désamour croissant des Américains vis-à-vis de l’IA. La majorité (52%) des Américains sont désormais davantage inquiets qu’enthousiastes vis-à-vis de cette technologie, selon un sondage du Pew Research Center, contre seulement 37% en 2021. Cette proportion est particulièrement forte chez les jeunes, qui affrontent un marché du travail difficile, ce qui est dû, selon certains analystes, à la suppression des postes de juniors par l’IA.

Une question hautement stratégique

Jouer la carte de l’opposition aux centres de données est une option stratégique particulièrement intéressante pour les démocrates, dans la mesure où elle leur donne une carte en or pour reprendre l’ascendant dans les zones rurales, qui ont déserté les rangs de la gauche américaine pour rejoindre les rangs de la droite au cours des dernières décennies. Le parti républicain réalise ainsi désormais ses meilleurs scores en zone rurale et auprès des Américains peu diplômés, là où les démocrates sont particulièrement forts dans les grandes villes et auprès des diplômés du supérieur.

Côté républicain, l’impopularité de l’IA cause un casse-tête majeur. Donald  Trump a en effet été réélu en 2024 notamment grâce au soutien d’une partie des grands patrons de la Silicon Valley, qui s’étaient détourné de Joe Biden et de sa politique jugée technophobe. S’ils représentent un nombre de voix assez faibles, ils ont eu une influence considérable sur la campagne, grâce à leurs moyens financiers et au magister intellectuel qu’ils exercent sur une partie du public. Se mettre à dos de tels alliés serait un vrai problème pour le président américain, qui bat déjà des records d’impopularité.

Tout le parti républicain n’est pas technophile. De nombreux élus proches de la mouvance MAGA, tels Marsha Blackburn, sénatrice du Tennessee très impliquée dans la régulation des réseaux sociaux pour protéger les mineurs, Josh Hawley, sénateur du Missouri auteur d’un livre intitulé The Tyranny of Big Tech, ou encore Steve Bannon, ancien conseiller de l’ombre de Doanld Trump, sont même des enemis déclarés de l’industrie. Jusqu’à présent, la fragile coalition trumpiste conservait sa cohérence dans la mesure où le sujet était mis sous le tapis, et où des projets comme la construction de centres de données étaient présentés comme fournisseurs d’emploi et de croissance plutôt que comme accélérateurs de l’IA. Mais à mesure que le sujet devient central, il risque de provoquer des remous au sein de la coalition, comme l’avait fait la vive controverse sur les visas H1B au début du second mandat de Donald Trump.

Le président américain a pour l’heure choisi son camp."Les communautés qui refusent un centre de données commettent à mon avis une erreur, parce qu'il y a plein d'autres communautés qui en veulent, étant donné qu’ils génèrent des emplois et d'énormes recettes fiscales pour les villes et les municipalités qui les accueillent.", a-t-il déclaré dans une émission radio cette semaine.