Comparatif des technologies de cloud privé : un match serré
Le cloud privé revient à la mode. Nombre d’entreprises se rendent compte qu’elles ne pourront pas basculer l’intégralité de leur système d’information dans le cloud public, notamment pour des raisons de confidentialité des données mais aussi de latence. Leader du marché de la virtualisation avec 41,5% de parts de marché, VMware, acquis par Broadcom en novembre 2023, demeure numéro 1 du segment. Derrière lui, on retrouve de très nombreuses technologies parmi lesquelles HPE GreenLake, Nutanix, OpenShift, OpenStack, Platform9, Proxmox, Suse Harvester ou encore Vates XCP-ng et XenServer. Force est de constater qu’aucune ne se détache nettement en termes de fonctionnalités.
| Multi-tenant natif | Open source | CMP | Infrastructure | Plateforme | |
|---|---|---|---|---|---|
| HPE GreenLake cloud | X | X | X | X | |
| Nutanix | X | X | X | X | |
| OpenStack | X | X | X | X | |
| Platform9 | X | X | X | X | X |
| Proxmox | X | X | X | ||
| Red Hat OpenShift | X | X | X | X | |
| Suse Harvester | X | X | X | ||
| Vates XCP-ng | X | X | |||
| VMware | X | X | X | X | |
| XenServer | X | X |
Les technologies orientées plateforme ont pour point commun de prendre en charge nativement l’orchestrateur Kubernetes.
Parmi les solutions spécialisées dans le cloud privé, on distingue d’abord les applications open source des offres propriétaires (cf. tableau ci-dessus). Evidemment, les utilisateurs de technos open source pourront bénéficier d’un support commercial auprès d’entreprises de l’écosystème. C’est le cas par exemple pour la plateforme OpenShift qui est opéré par Red Hat. Un éditeur qui propose aussi sa propre distribution OpenStack avec des prestations associées. "Les clients intéressés par OpenStack sont généralement très mûrs en matière de DevOps, d’infrastructure as code et d’API. Ils n’ont pas forcément besoin d’une interface graphique pour administrer leurs machines virtuelles", commente Joffrey Godard, ingénieur en virtualisation chez Orange Business. Au final, OpenStack est plutôt taillée pour les grandes organisations avec des besoins pouvant aller jusqu’à plusieurs milliers d’hyperviseurs.
XCP-ng : une solution française souveraine
"XCP-ng qui est édité par le français Vates est une solution à 100% open source reposant sur l’hyperviseur Xen. Il s’agit d’une offre souveraine à suivre de près", reconnaît Hugues Valentin, en charge du pôle cloud souverain et cloud privé au sein du centre d’excellence cloud de l’ESN Sopra Steria. Toujours côté open source, Platform9 et Red Hat OpenShift tirent également leur épingle du jeu. Elles sont à la fois orientées plateforme et multitenant.
"Proxmox est une bonne alternative pour des systèmes relativement petits de l'ordre d’une dizaine d'hyperviseurs"
Autre solution open source de cloud privé dans le viseur des consultants : la technologie autrichienne Proxmox. Lancée en 2008, cette brique fait figure de concurrent historique de VMware. "C'est une bonne alternative pour des systèmes relativement petits de l'ordre d’une dizaine d'hyperviseurs. Il s’agit aussi d’une infrastructure hyperconvergée grâce au composant open source CEPH", commente Joffrey Godard.
Face aux acteurs open source figure le clan des technologies de cloud privé propriétaires. "Largement dominant en termes de parts de marché, VMware bénéficie de facto de la solution avec l’écosystème le plus riche en volume de partenaires et en compétences", souligne Joffrey Godard. "Nutanix se positionne juste derrière avec dans certains cas des environnements logiciels qui tendent à être comparables à ceux de VMware." L’éditeur californien tire sa force de son positionnement historique sur le front des systèmes hyperconvergés. Une case que coche désormais ses principaux concurrents. Parmi ses points forts, on note en parallèle ses fonctionnalités de VDI pour virtual desktop infrastructure ou infrastructure de bureau virtuel.
Autre facteur de différentiation au sein des offres de cloud privé, on distingue les produits orientés infrastructure qui resteront cantonnés au calcul et au stockage avec le support de Kubernetes. Dans cette seconde catégorie, on distingue HPE, Nutanix et VMware côté propriétaire, et Platform9, Red Hat (avec OpenShift) et Suse (avec Harvester et Rancher) côté open source. "Ces trois derniers acteurs ont intégré en parallèle le composant open source KubeVirt pour pouvoir supporter des machines virtuelles au sein de leurs containers Kubernetes", rappelle Hugues Valentin.
Aux côtés des pure player du cloud privé figurent les acteurs du cloud public qui ont développé des technologies équivalentes à leurs services cloud taillées pour des déploiement sur site en mode déconnecté. C’est le cas d’Azure Local de Microsoft, de Distributed Cloud de Google ou encore de Compute Cloud@Customer Isolated d‘Oracle. Principale surprise, AWS ne fait pas partie du lot. Sa brique Outpost peut certes s’installer en interne, mais elle nécessitera un lien permanant avec le cloud d’Amazon pour fonctionner. Parmi les clouds publics français, OVHcloud propose On-Prem Cloud Platform qui fonctionne aussi en mode déconnecté. C’est également le cas de TINA on-Premise d’Outscale. Toutes ces offres impliqueront néanmoins de faire appel leur équivalent dans le cloud public pour gérer leurs mises à jour.
Google : une bonne alternative
Certains hyperscalers vont jusqu’à livrer l’ensemble de la stack. C’est le cas de Google. "Distributed Cloud recouvre les ressources de calcul, le réseau, le stockage, ainsi que des GPU. En matière d’IA, on bénéficie en outre du modèle de langue Gemini et du service d’IA Vertex. Le tout disponible en mode managé et à la demande", constate Hugues Valentin. "Côté VMware ou Nutanix, il sera nécessaire à l’inverse d’infogérer soi-même la pile logicielle, matérielle et réseau. Par conséquent, on ne bénéficiera pas des mêmes contrats d’engagement de service." En parallèle, on aboutit à une différence de prix. "Pour gérer l’équivalent d’un rack complet du cloud de Google, une équipe de 4 à 5 personnes sera nécessaire en interne", compare Hugues Valentin.
En matière d’intégration, HPE avance ses pions avec une plateforme de cloud privé (baptisée HPE GreenLake cloud) finement combinée à son offre de serveurs, d’équipements réseau et de stockage. Objectif : encaisser les pics de trafic tout en proposant une technologie agnostique en termes de machines virtuelles - qui combine l’hyperviseur VMware, un hyperviseur léger fait maison (basé sur KVM), sans oublier Kubernetes. "L’un des principaux avantages de HPE GreenLake est d’intégrer une cloud management platform qui permet de s’ouvrir à d’autres clouds (privés comme publics, ndlr). Avec à la clés une expérience utilisateur proche de celle offerte par les hyperscalers autour du pilotage et de la supervision", insiste Joffrey Godard.
Qu’en est-il de VMware en matière de pricing ? Depuis son rachat par Broadcom, l’éditeur américain a revu sa politique tarifaire en très nette hausse. De multiples études ont pu le démontrer. "Il n’en reste pas moins l’existence d’une marge de négociation possible, notamment du côté des gros clients", note pour finir Hugues Valentin.