Cybersécurité : l'excellence ne sortira pas d'un seul moule

INQUEST, groupe Stelliant

La cybersécurité recrute, mais regarde encore trop souvent les mêmes types de profils. Face à l'IA, le secteur doit élargir son vivier, tout en maintenant l'excellence.

La cybersécurité recrute, forme, cherche des compétences. Pourtant, elle regarde encore trop souvent les mêmes profils. À l’heure où l’intelligence artificielle transforme les métiers, le secteur a besoin d’excellence. Mais cette excellence ne viendra pas d’un seul parcours.

L’image colle encore à la peau du métier : un expert technique, seul derrière son écran, absorbé par des lignes de code. Cette vision ne tient plus. La cyber est devenue un écosystème complet. On y trouve des spécialistes du pentest, de la réponse à incident ou de l’investigation numérique, mais aussi des consultants en gouvernance, des intégrateurs de solutions, des experts avant-vente et des commerciaux capables de parler technologie avec précision. Les entreprises ont besoin de professionnels qui comprennent un environnement technique et savent dialoguer avec un dirigeant, un client, une équipe métier ou un industriel. La cybersécurité relève autant des outils que de la décision, de la pédagogie et de la confiance.

Des métiers plus ouverts, mais plus exigeants

L’intelligence artificielle accélère cette évolution. Dans de nombreuses solutions cyber, elle trie des signaux faibles, qualifie des alertes et automatise des tâches qui relevaient hier des premiers niveaux d’analyse. Les nouveaux entrants arrivent dans un métier où le tri initial est souvent réalisé par la machine. Leur rôle commence plus haut : comprendre ce que l’outil a produit, prendre du recul, décider.

C’est tout le paradoxe du moment : la cyber doit s’ouvrir à davantage de profils, tout en devenant moins tolérante avec l’impréparation.

Les certifications comme preuves de terrain

Cette bascule oblige à regarder autrement la formation. Les écoles d’ingénieurs, les cursus universitaires et les formations spécialisées gardent toute leur place. L’alternance, les interventions de professionnels dans les écoles et les partenariats avec les entreprises vont dans le bon sens. Mais sur le terrain, le diplôme seul suffit rarement à prouver une compétence opérationnelle. Les certifications sont devenues des repères concrets. ISO 27 Lead Auditor ou Implementer, EBIOS RM, CISSP, CISM, OSCP, GCIH ou certifications délivrées par des éditeurs de solutions jouent le rôle de signaux de confiance et conditionnent l’accès à certaines missions.

Cette exigence ouvre une voie à des profils moins linéaires. Une personne qui n’a pas suivi le parcours classique, mais qui s’est formée sérieusement, qui a obtenu les bonnes certifications, qui comprend les contraintes du terrain et qui adopte la bonne posture, a toute sa place dans la cybersécurité.

Un ancien juriste peut apporter une vraie valeur sur la gouvernance. Un profil industriel saisira plus vite les risques liés aux environnements OT. Un commercial formé à la cyber défendra mieux une solution complexe qu’un vendeur sans culture technique. Les profils en reconversion, les autodidactes , les professionnels venus du droit, du commerce ou de l’industrie ont donc des choses à apporter.

Encore faut-il leur présenter le secteur avec honnêteté. La cyber n’est pas une promesse de reconversion facile ; elle demande du travail, de la rigueur, une formation continue et de l’humilité. Un bon expert doit savoir, mais aussi douter. Il doit expliquer, vulgariser, convaincre, accepter la contradiction.

Ouvrir le recrutement sans baisser l’exigence

Les besoins du marché montrent déjà où ces profils trouveront leur place. Les organisations cherchent des professionnels capables de comprendre un scénario d’attaque, d’utiliser des outils d’investigation, de contenir une compromission, puis de remettre un système en fonctionnement en limitant les pertes d’exploitation.

L’intégration de solutions est un autre terrain majeur. La cybersécurité repose de plus en plus sur des outils spécialisés. Les choisir, les déployer, les adapter aux contraintes d’une organisation et les faire fonctionner ensemble exigent une vraie compréhension technique et opérationnelle.

La cybersécurité industrielle mérite aussi une attention particulière. Dans l’OT, la cyber sort du virtuel. Une attaque peut toucher une station d’épuration, un réseau électrique, une raffinerie, un aéroport ou une ligne de production. Pour de nouveaux talents, ce lien direct avec le réel donne du sens.

Enfin, les fonctions commerciales et d’avant-vente méritent d’être mises en lumière. Les éditeurs notamment - ont besoin de professionnels capables d’expliquer une solution, d’en démontrer la valeur, d’en connaître les limites et de parler à des interlocuteurs exigeants.

La pénurie de talents ne se réglera pas en puisant indéfiniment dans les mêmes viviers ; le secteur doit élargir son regard. Formations académiques, certifications, alternance, reconversion, expertise technique, sens du conseil : la cyber a besoin de cette diversité.

À l’heure de l’IA, les métiers changent vite. Les niveaux d’entrée se déplacent. Le secteur est accessible à des profils plus variés qu’on ne l’imagine, mais il exige des preuves, de la méthode, de la curiosité et une formation qui ne s’arrête jamais. Pas seulement les plus diplômés : les mieux préparés.