Un marché en plein essor, des compétences en retard : le paradoxe du web immersif

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Le marché du web immersif est en pleine explosion mais il se heurte au paradoxe de la lenteur du développement des compétences numériques nécessaires. Quelles solutions ?

À l'ère de la transformation du monde du travail, la maîtrise des compétences en création de contenu numérique est désormais indispensable et amplifiée par l'essor de l'intelligence artificielle. Pourtant, le constat est alarmant, selon une étude publiée en 2025 par l'Observatoire Pix, près d'un étudiant sur deux (49 %) n'a pas encore atteint le niveau de compétences numériques attendu à la fin de sa licence. Un paradoxe d'autant plus frappant que le marché du web immersif représentera 58 milliards de dollars d'ici 2030, selon Grand View Research.

Face à ce fossé entre besoins du marché et dispositifs de formation, le constat est sans appel : les compétences immersives se développent trop lentement face à l’accélération du marché. Si rien n’est fait pour démocratiser l’accès aux technologies immersives, ce décalage ne fera que s’accentuer.

Et il est important de trouver le bon équilibre. Les technologies telles que l'IA se développent rapidement, mais nécessitent encore une touche humaine. Dans le monde de la création 3D, elles doivent être utilisées pour améliorer la créativité humaine et non pour la remplacer, en aidant les créateurs à passer plus rapidement de l'idée à l'expérience interactive tout en conservant leur authenticité.

Du code au no-code : lever les barrières techniques

La réponse réside d'abord dans la diversification des méthodes de création. La création d'expériences immersives a longtemps été réservée à une élite de développeurs maîtrisant des langages de programmation complexes. Cette époque est révolue. Aujourd'hui, le développement d'expériences 3D peut être abordé selon différentes approches, adaptées au niveau et aux besoins de chacun.

Les développeurs aguerris peuvent continuer à utiliser les moteurs de jeu les plus performants comme Unity WebGL, Three.js, React-Three-Fiber, PlayCanvas, Babylon.js, A-Frame ou Godot. Pour ceux qui débutent, des méthodes sans codage permettent de créer grâce à des éléments prédéfinis, sans écrire une seule ligne de code. Entre les deux, l'intelligence artificielle introduit désormais des techniques de "vibe coding", où l'IA assiste le créateur dans le développement, réduisant considérablement la courbe d'apprentissage.

Ouvrir les plateformes pour démocratiser la création

Mais cette diversité d'approches ne suffit pas. L'adoption massive des contenus immersifs ne se fera pas dans des écosystèmes fermés. Le marché appelle aujourd'hui à une rupture avec les logiques propriétaires qui ont longtemps freiné l'innovation. Chaque créateur doit pouvoir choisir librement ses outils, ses technologies, ses méthodes de déploiement. C'est à cette condition que le secteur pourra réellement s'émanciper.

Cette ouverture passe d'abord par la compatibilité avec l'ensemble des moteurs WebXR et par un engagement fort envers les communautés open source. Des projets comme Three.js et React-Three-Fiber ne sont pas de simples outils : ils incarnent une philosophie collaborative indispensable à la structuration du marché immersif.

C'est cette même philosophie qui doit guider la conception des outils de création actuels. L'enjeu est de garantir des environnements neutres, à l'image des écosystèmes ouverts qui émergent aujourd’hui, capables d'éviter tout verrouillage technologique. Plus encore, il est crucial de rendre la mise en ligne et la diffusion d'expériences immersives aussi intuitives que le partage d'un contenu web traditionnel.

Former la génération de demain

Au-delà des outils, cette accessibilité technique n'a de sens que si elle s'accompagne d'une véritable démarche éducative. Il est impératif d'encourager la pratique dès la période de formation. À ce titre, comme l’a montré récemment un hackathon universitaire international initié par VIVERSE, réunissant des étudiants issus de plus de 40 universités, un engouement sans précédent se dessine. En mobilisant des profils allant de l'ingénierie à la communication, en passant par le design ou la mode, il devient évident que les compétences immersives s'imposent désormais comme un atout transversal pour toutes les carrières de demain. Cette transformation nécessitera également une coordination entre acteurs publics, éducatifs et industriels.

La révolution immersive ne se jouera donc pas uniquement sur le terrain technologique. Elle dépendra avant tout de notre capacité collective à réduire le fossé entre la vitesse du marché et celle de l’apprentissage. Sans démocratisation réelle des outils et des compétences immersives, le web de demain restera réservé à une minorité. À l’inverse, en rendant la création 3D accessible au plus grand nombre, le secteur peut poser les bases d’un écosystème plus inclusif, durable et créateur de valeur.