Emmanuel Delerm (Carrefour) "Carrefour a déployé sa blockchain dans neuf filières cette année"

Où en est le projet du distributeur pour garantir la traçabilité des aliments ? Combien de QR code ont-ils été scannés ? Le directeur du programme blockchain de Carrefour répond.

JDN. Depuis l'annonce du plan stratégique Carrefour 2022 en janvier dernier, Alexandre Bompard, PDG de Carrefour, a fait de la blockchain pour la traçabilité alimentaire l'un de ses chevaux de bataille. En mars 2018, Carrefour a déployé cette technologie sur sa filière qualité poulet d'Auvergne. Quel dispositif a été mis en place ?

Emmanuel Delerm est directeur du programme blockchain de Carrefour. © Carrefour

Emmanuel Delerm. Notre blockchain regroupe toutes les informations relatives à la production d'un produit, comme une carte d'identité accessible à tous. Concrètement, nous apposons un QR code sur les produits de certaines de nos filières qualité Carrefour. Une fois scanné par le smartphone des clients, ce QR code ouvre une page Web sur le téléphone portable qui donne une multitude d'informations sur ce produit. Par exemple pour une volaille de notre filière qualité, le client peut alors obtenir la date de naissance et d'abattage du poulet ou encore quand ce dernier est arrivé dans l'atelier de transformation… L'objectif de cette blockchain est d'améliorer la traçabilité des produits et de mettre en contact le consommateur avec toute la filière, du distributeur jusqu'au producteur.

Le déploiement de la blockchain dans huit autres filières devait suivre en 2018. Nous sommes en décembre… Où en êtes-vous ?

Aujourd'hui, nous avons déployé notre blockchain à 9 filières qualité Carrefour au total. En plus du poulet d'Auvergne en France, nous avons mis en production la tomate Cauralina, les œufs fermiers de Loué, un poulet en Italie, le Pomelo Chinois, un autre poulet en Belgique, la poularde de Noël, l'orange en Espagne et un poulet en Espagne. D'ici 2022, nous visons 300 filières. Nous avons choisi de commencer par ces filières-ci car ce sont des produits du quotidien avec des cahiers des charges exigeants.

Comment vous assurez-vous que les informations entrées dans la blockchain sont exactes ?

Il y a deux éléments de réponse. Tout d'abord, nous avons maintenu les mécanismes de validation qui existaient déjà chez nous. Carrefour faisait de la traçabilité alimentaire avant la blockchain via des certifications, des audits et des analyses réalisés notamment par des tiers. Ensuite, le caractère immuable et définitif des informations stockées dans la blockchain a un effet incitatif pour tout le monde : nous ne pouvons pas la corriger a posteriori. En cas d'erreur, c'est comme pour l'état civil, il faut une mention rectificative qui restera visible.

Et qui enregistrent toutes ces données dans la chaîne de blocs ?

Ces data étaient d'ores et déjà consignées, mais elles n'étaient pas partagées entre les membres. Aujourd'hui, il y a plusieurs façons de rentrer ces données dans la blockchain. Tout d'abord, certains systèmes d'informations échangent entre eux des données de manière automatique. Par exemple, un producteur d'œuf peut avoir un système d'information qui communique directement avec notre blockchain. Ensuite, le plus souvent, ce sont des exports de fichiers plus artisanaux. Par exemple, les vétérinaires rentrent les données manuellement en cas de prescriptions d'antibiotiques, via un portail fait sur-mesure avec tous les numéros de lots.

Quel bilan tirez-vous de ce début de déploiement ?

Entre mars et décembre 2018, des dizaines de milliers de QR codes ont été scannés par nos clients pour avoir accès à notre blockchain Filière qualité poulet d'Auvergne. Au moment de la plus forte exposition médiatique en mars, c'était presque un poulet vendu sur vingt dont le QR code était scanné.

"Au moment de la plus forte exposition médiatique en mars, c'était presque un poulet vendu sur vingt dont le QR code était scanné"

Cependant, ce pic a ensuite baissé pour atteindre un rythme de croisière, pour deux raisons principales. Tout d'abord, les clients essayent une première fois la blockchain, puis ne recommencent plus, car ils ont confiance et sont rassurés. Ensuite, notre blockchain est encore peu mise en avant dans les magasins. Cette année, nous avons fait des efforts de formations pour les employés plus que vers les clients. Quelques hypermarchés ont organisé ponctuellement des mises en avant marketing, mais rien n'a encore été structuré. Cependant, tout sera systématisé en 2019.

Chez les puristes, la blockchain permissionnée n'est pas une vraie blockchain car seuls les membres autorisés peuvent la manipuler. Que leur répondez-vous ?

Quand on parle à des experts, la réponse n'est jamais simple. Certes, ils ont raison de dire que la blockchain publique est le saint graal de la blockchain. Cependant, nous manipulons des informations sensibles. Par exemple, certains producteurs de poulets ne veulent pas forcément dire à leurs concurrents combien de poulets ils livrent à Carrefour. Voilà pourquoi nous avons opté pour une blockchain permissionnée. Elle est celle qui assure les meilleures performances en même temps que le respect de la propriété des données à forte valeur économique pour leurs émetteurs.

Cette interview a été réalisée dans le cadre du JDN event "Digital Store" qui se tiendra le 29 janvier 2019 à Paris, où Emmanuel Delerm reviendra plus en détails sur le programme Blockchain de Carrefour.

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