Stacy Brown-Philpot (CEO de Taskrabbit) "Nous lançons notre plateforme en France"

La France devient le premier marché non-anglophone de Taskrabbit. La plateforme propriété d'Ikea, qui met en relation des particuliers pour effectuer des petits boulots, va intensifier son développement en 2020 dans l'Hexagone.

JDN. En 2016, vous aviez confié au JDN qu'après Londres, Taskrabbit serait disponible à Paris. C'est désormais chose faite puisque votre plateforme se lance ce lundi 23 septembre sur le marché français. Quelles sont vos attentes ?

Stacy Brown-Philpot. La France est le premier marché non-anglophone de Taskrabbit, déjà présent aux US, au Canada et en Grande Bretagne. Il s'agit là d'un des plus grands marchés en Europe et nous sommes heureux de commencer par la région parisienne. Depuis notre dernière interview, beaucoup de choses ont changé pour notre entreprise. Taskrabbit s'est notamment fait racheté par Ikea en septembre 2017. Pour autant, notre mission reste inchangée : nous voulons simplifier la vie de tous nos utilisateurs en leur permettant de faire appel à des "taskeurs" pour effectuer leurs tâches du quotidien, que ce soit pour du bricolage, du jardinage, du nettoyage, etc. Nous proposons aujourd'hui 45 catégories différentes.

Qu'allez-vous proposer aux clients parisiens d'Ikea, votre maison mère ?

Lorsqu'un client achètera un meuble dans un magasin Ikea ou sur le site de l'enseigne, il lui sera proposé de se connecter sur notre site ou application afin de trouver un bricoleur pour monter ses nouveaux meubles. Une fois la livraison effectuée, ce taskeur, sélectionné par notre algorithme, se rendra à son domicile à une date fixée à sa convenance dans un délai minimum d'un jour ouvré. Le prix dépendra du meuble en question avec un tarif minimum fixé à 24 euros. Pour l'instant, nous assurons tout type de montages de meuble à l'exception de l'installation des cuisines et des salles de bain.

Comptez-vous ouvrir un bureau à Paris ? Comment faire pour devenir "taskeur" sur votre plateforme ?

"La part attribuée au montage de meubles Ikea représente 12% de notre volume d'affaires"

Notre siège européen restera basé à Londres mais nous disposerons d'une équipe opérationnelle à Paris. Pour devenir un taskeur, il suffit de se rendre sur notre site et de nous communiquer quelques informations. Nous nous assurons notamment de vérifier leur identité et leurs antécédents. Tous les taskeurs référencés sont des travailleurs indépendants qui sont libres de fixer leurs propres tarifs avec un minimum de 11 euros de l'heure, et d'établir leur emploi du temps. Nous organisons régulièrement des réunions pour répondre à leurs différentes questions. A noter que ces taskeurs sont systématiquement évalués par les clients une fois le travail réalisé.

Qu'est ce qui a selon vous a décidé Ikea à vous racheter ?

Notre collaboration avec Ikea a démarré bien avant l'acquisition. Dès fin 2016, nous avions lancé un partenariat avec un magasin londonien de l'enseigne pour permettre à ses clients de faire appel à nos taskeurs pour monter leurs meubles. Suite au succès de cette collaboration, qui s'est peu à peu étendue à d'autres magasins, Ikea a décidé d'acquérir un service que ses clients appréciaient afin de le rendre progressivement accessible à tous. Les retours sont extrêmement positifs partout où cette option de montage de meuble est proposée. Le montage de meuble est d'ailleurs la tâche la plus populaire sur notre plateforme. A la clôture de notre dernier exercice fiscal, la part attribuée au montage de meubles Ikea représentait 12% de notre volume d'affaires.

Quels bénéfices avez-vous tirés de cette acquisition et quelles futures synergies attendez-vous ?

"Aux US, vous pouvez voir des spots publicitaires d'Ikea mentionnant Taskrabbit"

Depuis notre acquisition, notre activité est en pleine croissance. D'un côté, nous simplifions la vie des clients d'Ikea qui n'ont pas envie ou le temps de monter ces meubles eux-mêmes, ce qui explique notre taux de satisfaction très élevé. De l'autre, nous touchons des clients de l'enseigne qui, nous l'espérons, feront de nouveau appel à nos taskeurs pour effectuer d'autres tâches de leur vie quotidienne. C'est donc une véritable opération gagnante pour les deux parties. Nous avons également gagné en termes de visibilité grâce à la force marketing d'Ikea qui opère dans 27 pays. Aux Etats-Unis par exemple, vous pouvez désormais voir des spots publicitaires d'Ikea mentionnant Taskrabbit.

Est-il possible d'imaginer Taskrabbit devenir, à terme, un service 100% intégré et exclusif à Ikea ?

Je ne pense pas. Notre vision est de développer Taskrabbit partout dans le monde tout en continuant de proposer un large panel de tâches dans de multiples catégories différentes. C'est également la vision partagée par Ikea qui souhaite proposer davantage de services à ses clients, au-delà du simple montage de meubles. Il s'agit donc là d'un désir mutuel de rendre ces services accessibles à tous pour simplifier la vie des consommateurs. Je pense que c'est aussi cette variété qui a attiré Ikea et qui a fait le succès de Taskrabbit.

Lors de notre précédente interview, vous aviez confié au JDN vouloir devenir rentable avant d'entreprendre votre développement à l'international. Est-ce le cas ?

Nous avions effectivement atteint cet objectif mais nous avons, depuis la mise en place de notre partenariat avec Ikea, décidé de réinvestir dans notre croissance. Ce n'est donc plus le cas aujourd'hui.

La Californie vient de ratifier une loi visant à requalifier les travailleurs indépendants, tels que les chauffeurs d'Uber et Lyft, en salariés. Quel regard portez-vous sur ce texte ? Pourrait-il vous contraindre à changer votre modèle en Californie ?

"Après la région parisienne, nous regardons du côté de Lyon et de Marseille"

Nous n'avons pas encore pris de décision, nous allons observer comment les choses évoluent. Je dois d'abord dire que nous sommes très heureux et fiers que l'état de Californie s'assure d'offrir plus de sécurité et de protection à tous ceux qui y vivent et travaillent. Pour autant, nous sommes également inquiets à l'idée que ce nouveau texte empêche des travailleurs indépendants de trouver des jobs flexibles qui leur permettent de générer autant de revenus qu'ils le souhaitent. En effet, en 10 ans d'existence, Taskrabbit a permis à un grand nombre de Californiens d'accéder à des jobs flexibles et de toucher des compléments de revenus significatifs. Beaucoup de ces travailleurs indépendants apprécient cette flexibilité. Certains sont des vétérans de l'armée, des professeurs, des étudiants... Nous espérons donc que ce texte continuera de leur offrir cette flexibilité.

Quels sont vos projets pour la suite ?

Nous voulons continuer à proposer davantage de services sur la plateforme. Nous allons également poursuivre notre développement en Europe, à commencer par la France. Après la région parisienne, d'autres villes vont suivre dès l'année prochaine. Nous regardons par exemple du côté de Lyon et de Marseille. A plus long terme, notre objectif est de rendre Taskrabbit disponible partout !

Stacy Brown-Philpot est devenue CEO de TaskRabbit en 2016, après en avoir été pendant trois ans COO. Auparavant, elle a travaillé une dizaine d'années pour Google, occupant des rôles opérationnels pour différents produits de l'entreprise tels que Search, Chrome ou encore Google+. Stacy Brown-Philpot a notamment été à la tête des ventes et des opérations de Google India. Elle intègre par la suite le fonds d'investissement Google Ventures en tant que Entrepreneur-In-Residence. Avant Google, elle a travaillé dans la finance avec des expériences au sein de PWC et de Goldman Sachs. Stacy Brown-Philpot siège actuellement au conseil d'administration d'HP. Elle est diplômée d'un B.S en Economie de l'université de Pennsylvanie et d'un MBA de l'université de Stanford.

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