L'assurance à l'épreuve de l'IoT

L'assurance à l'épreuve de l'IoT Tandis que l'industrie déploie des projets IoT à grande échelle, le secteur de l'assurance peine encore à trouver l'intérêt de cette technologie pour ses activités.

Pour les acteurs de l'assurance, l'IoT est une innovation de rupture qui bouleverse les codes du métier. "Cette technologie va impacter positivement beaucoup de choses chez nous, promet Pierre Grellier, directeur stratégie, innovation et alliances du groupe Macif : la relation client avec des interactions plus fréquentes ; les coûts avec une meilleure prévention des risques, mais aussi la gestion de nos fonds propres puisque l'on pourra ajuster nos ressources financières en temps réel."

Mais contrairement à l'industrie, l'assurance est encore loin des déploiements à grande échelle. Pourtant, le sujet n'est pas nouveau. Des tests sont menés depuis 2014 dans l'automobile, la santé et l'habitat. "Il y a eu un engouement pour cette technologie. Tous les assureurs voulaient concevoir une offre IoT, mais ils se sont confrontés à des problématiques d'usage et d'industrialisation. Les projets se sont depuis enlisés", explique Marion Carrère, spécialiste des sujets IoT au sein du cabinet de conseil Vertuo.

Comment financer l'IoT ?

L'usage est en effet la première difficulté à laquelle font face les assureurs. RGA, le groupe de réassureur spécialisé dans l'assurance de personnes, a effectué des tests en interne, avec des collaborateurs volontaires, pour comprendre l'utilisation des objets connectés par les assurés. "Nous nous sommes aperçus que l'utilisation d'un bracelet connecté imposait trop de contraintes, les utilisateurs oubliaient de le mettre au bout de quelques jours, témoigne David Dubois, directeur France. Tant que l'expérience utilisateur n'est pas définie, les offres n'auront aucun succès. Il faut selon moi intégrer l'IoT à des objets du quotidien pour que l'usage soit naturel."

Une approche également promue par la start-up française Wilov, qui propose une assurance auto à l'usage. Un capteur sous forme de badge est envoyé à l'assuré pour établir l'utilisation du véhicule et facturer à l'usage. "Les solutions existantes demandaient l'installation d'un boîtier sur le port diagnostic du véhicule. Les assurés devaient se rendre dans un garage, ce qui représentait un frein à l'adoption", assure Pierre Stanislas, CEO et co-fondateur de Wilov. Pour contourner ce problème, le capteur de la start-up se fixe dans le véhicule grâce à un adhésif et se connecte en bluetooth au téléphone du conducteur. Autre avantage de la solution : des coûts d'exploitation plus faibles que pour un boîtier.

Le business-modèle des offres IoT représente la deuxième problématique majeure pour les assureurs. Ainsi, ils doivent intégrer le coût des objets connectés dans les contrats et établir un équilibre avec les gains réalisés par la baisse des sinistres. "Si l'assureur prend en charge le coût de l'IoT, il faut un impact sur la sinistralité et ce résultat est encore incertain. Si le coût est supporté par les assurés, le prix des contrats va augmenter et ce n'est pas dit que ce soit accepté", évalue David Dubois, à la tête de RGA France.

La prévention mise en avant

Le traitement de la donnée est un autre point sensible pour les assureurs. L'IoT les fait passer d'une approche où les points de contact avec les assurés n'avaient lieu que quelques fois par an à une relation en continu. "Il faut réfléchir au big data et à la création d'algorithmes pour apporter de la valeur à la masse de données que l'on aura sur un client, analyse Laurent Ouazana, président du directoire du groupe Ciprès. Des changements techniques et organisationnels sont ainsi à prévoir, notamment pour adapter le système d'information et évaluer le calcul de risques. "Il faut des partenariats solides pour aborder l'IoT car l'expertise de l'assureur n'est pas de fabriquer les objets, ni de réaliser la prestation d'assistance", soutient Pierre Grellier, de la Macif, qui souligne aussi l'importance de garantir la sécurité des données.

Xerfi a étudié le marché de la maison connectée et identifié les opportunités pour les assureurs. © Xerfi

A l'heure actuelle, les expérimentations mises en œuvre par les assureurs ciblent des catégories de clients permettant d'obtenir une valeur immédiate. "Les jeunes constituent la cible privilégiée des offres car ce sont la catégorie ayant le plus d'accidents. Effectuer une prévention auprès d'eux génère des économies immédiates et ils sont plus réceptifs à l'utilisation de capteurs", explique Marion Carrère. Par exemple, avec ses deux offres Macif Drivers et Macif Rider, le groupe vise ainsi les jeunes conducteurs et les motards. "On profite du sentiment de communauté de ces derniers pour obtenir un retour et pouvoir améliorer l'application", confirme Pierre Grellier, qui prévoit un projet autour d'un gant connecté.

"Grâce à l'apport de l'IoT, nous pouvons envisager d'adresser de nouveaux marchés"

De son côté, Axa XL, la filiale du groupe spécialisée dans l'assurance des entreprises, développe depuis un an une offre pour suivre les conditions de transport de marchandises. "L'IoT nous permet d'apporter des conseils à nos clients. Par exemple, nous avons observé qu'il ne faut pas transporter du café en Europe du Nord en janvier et février car l'humidité cause des pertes trop importantes", détaille Hélène Stanway, digital leader. "Grâce à l'apport de l'IoT, nous pouvons envisager d'adresser de nouveaux marchés, comme le transport de vaccins qui n'était jusque-là pas assuré", ajoute-t-elle avec enthousiasme, réfléchissant déjà à travailler sur l'assurance santé en entreprise.

Pour Marion Carrère, l'essor du véhicule autonome va obliger l'assurance à se préoccuper de l'intégration de l'IoT à l'avenir. "Il faudra trouver comment récupérer la data et se démarquer du marché. Sinon, d'autres acteurs pourraient investir ce créneau. Et pourquoi pas les constructeurs ?", avance-t-elle. La prévention fait aussi partie des perspectives. "Nous travaillons sur des lentilles connectées qui permettraient de mesurer l'état d'endormissement ou de déterminer la responsabilité en cas d'accident en fonction de la trajectoire du regard du conducteur", anticipe Jean-Louis de Bougrenet de la Tocnaye, responsable du département optique de l'IMT Atlantique, qui observe l'intérêt d'Axa et d'Allianz pour ces solutions.

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