Théo Hoffenberg (Reverso) "Reverso compte sur la participation des internautes pour se développer"

Le fondateur de Softissimo et de Reverso, fait le point sur son dictionnaire et son activité de traduction en ligne. Le communautaire est en place, le référencement naturel est un chantier.

JDN. Reverso a été lancé parallèlement à l'activité de logiciels de Softissimo pour développer la traduction multilingue en ligne ? Quelle est aujourd'hui la part d'Internet dans votre activité ?

Théo Hoffenberg. La traduction en ligne à destination du grand public représente environ un tiers de notre activité et elle continue de progresser. Reverso enregistre des audiences de l'ordre de 200 millions de pages vues par mois. Le site est très bien référencé. Nous avons développé cette activité il y a environ cinq ans alors que la vente de licences aux entreprises pour notre technologie de traduction s'essoufflait un peu.

Quel est le profil du marché ?

Nous sommes aujourd'hui le seul site en France à proposer un service aussi complet de traduction et de correction. En termes de visiteurs, nous sommes loin devant les autres dictionnaires en ligne comme Collins par exemple. Notre seule inquiétude aujourd'hui est d'arriver à proposer un service meilleur que celui de Google qui est bien-sûr de plus en plus présent sur le créneau avec Google Traduction. Nous restons numéro un pour le moment en nombre d'utilisateurs.

Qu'est-ce qui fait que votre outil se détache à ce point du lot ?

Nous avons un service de définition, de traduction de mots, d'expressions et de textes, de correction, et des fiches de règles grammaticales. Aucun dictionnaire en ligne ne propose tout cela. La traduction a lieu dans 20 combinaisons de langues. La correction grammaticale est en passe d'être lancée en anglais, et nous sommes les premiers à proposer de la correction de textes gratuitement. La correction de textes est un préalable important pour la traduction. Une étude a montré que 70 % des erreurs de traduction sont issues d'erreurs dans le texte initial. Enfin, nous comptons aujourd'hui sur la participation des internautes : nous avons créé une communauté autour de notre activité.

Quel est le principe de cette communauté ? Tous les membres sont-ils habilités à participer au dictionnaire ?

Tous le monde peut s'inscrire et venir ajouter des définitions, des traductions mais également commenter les entrées des autres membres. Cependant tous les contenus ne sont pas validés. Nous avons des modérateurs. Si une information n'a pas été validée, elles est accompagnée d'un sigle. Ensuite, à l'image de Wikipedia, certains membres sont sélectionnés comme "superviseurs" en fonction de la qualité et de la fréquence de leurs interventions. Ceux-là peuvent corriger ou valider les entrées. L'inscription à cette communauté peut se faire en un seul clic via un compte Facebook. La prochaine étape de l'aspect communautaire, prévue pour la fin de l'année, est de permettre un échange direct entre les membres sans passer par les commentaires. C'est un concept qui démarre bien : nous avons déjà 10 000 membres actifs.

Votre audience est-elle votre unique source de revenus ?

Le site est entièrement gratuit. Reverso se monétise essentiellement via la publicité display, sa régie principale pour la France étant Orange, et de façon marginale via des téléchargements. Mais les pages web restent très sobres en matière de publicité, nous voulons garder une image professionnelle. Nous pouvons compter sur une audience en forte croissance. En 2010, nous avons prévu une croissance du trafic de 60 %. Notre chiffre d'affaires, à 4 millions d'euros en 2009, devrait également progresser d'environ 60 % cette année. Nous sommes rentables depuis plusieurs années.

On voit émerger de plus en plus de sites proposant l'optimisation des textes pour le référencement naturel ? Avez-vous pensé à le développer ?

Oui c'est une idée que nous voulons concrétiser rapidement. Nous avons récemment collaboré à un projet financé par l'Union européenne, Flavius, qui vise à trouver des solutions pour faire connaître des sites à l'échelle internationale via leur traduction. Nous avons travaillé plus particulièrement avec Qype, Overblog et PVTrip pour établir un diagnostic et cela a été l'occasion de confronter les problématiques de traduction et du référencement naturel, qui est un outil complexe mais de plus en plus indispensable. Nous avons les compétences en interne pour développer ce volet.

Théo Hoffenberg, diplômé de Polytechnique et de Stanford, a créé plusieurs entreprises dans le domaine de l'informatique. Il est le fondateur de Softissimo en 1986, un spécialiste des logiciels linguistiques, et du portail de langues Reverso en 1998. Il a piloté plus de 10 projets de R&D soutenus par différents ministères ou par la commission européenne dont : Read-Leaf, Lexitec, Evalda, Freetext, WebCrossling, Infolangue, Linguapro.

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