Jean-Pierre Remy (Pages Jaunes) "L'objectif est de devenir numéro un de l'information et de la publicité locales"

Nommés en mai et septembre 2009, le directeur général de Pages Jaunes et son adjoint en charge d'Internet nous révèlent les projets de développement du groupe sur le Web.

Le chiffre d'affaires global de Pages Jaunes baisse au troisième trimestre 2009, malgré une hausse de 1,8 % de ses revenus issus d'Internet. Comment envisagez-vous la fin de l'année 2009 ?

Jean-Pierre Remy. Le groupe enregistre sur Internet une croissance de 8,4 % sur les neuf premiers mois de l'année (lire l'article Pages Jaunes limite la baisse de ses revenus grâce au Web, du 30/10/2009) contre une baisse de 0,9 % globalement - Web et print confondus. La croissance devrait néanmoins être nulle sur le Web au second semestre 2009, compte-tenu des ventes décevantes enregistrées début 2009 : nous n'en recevons le produit que six mois plus tard. L'année devrait se conclure sur une baisse globale de 2 à 5 %. Et je ne compte pas sur une reprise économique ni publicitaire avant deux ans. Le marché présente encore un comportement en tôle ondulée, variant d'une semaine à l'autre.

Combien de clients le groupe compte-t-il sur Internet ?

Jean-Pierre Remy. Nous comptons 500 000 entreprises clientes qui communiquent sur le Web via Pages Jaunes dont 55 000 à 60 000 pour lesquelles nous gérons le site Web, de la création à l'hébergement en passant par le référencement. Cela équivaut à 10 % des sites professionnels en France.

"Nous voulons permettre aux professionnels d'aller plus loin dans leurs relations avec leurs clients"

Comment allez-vous soutenir vos activités sur le Net ? Quels sont vos projets de développement pour fin 2009 et 2010 ?

Jean-Pierre Remy. Le groupe accélère ses innovations et l'impact sur le chiffre d'affaires devrait être rapide, dès 2010. Les gammes de produits publicitaires sur le Web ont été revisitées, lancées depuis fin octobre et sur les six mois à venir. Au lieu de ne cibler que les annonceurs dont les budgets Internet avoisinent les 500 euros, nous élargissons nos cibles vers le haut et vers le bas. Au-delà de notre offre "Pack visibilité Internet" qui comprend la création, l'hébergement et le référencement de site, nous allons par exemple proposer des e-services pour permettre aux professionnels d'aller plus loin dans leurs relations avec leurs clients.

Julien Billot. Concrètement, en plus du nom et de l'adresse du professionnel proposés dans les résultats de recherche, nos clients pourront choisir d'ajouter des modules d'informations complémentaires visibles sur Pagesjaunes.fr comme sur les moteurs de recherche. Cela va d'un lien vers le site de l'entreprise, à l'ajout d'une adresse mail professionnelle, d'horaires d'ouverture, de la possibilité de demander un devis en ligne, réserver un hôtel ou encore prendre rendez-vous. Nous y travaillons encore et réfléchissons à de nouvelles fonctions d'interactivité pour de nouveaux modules.

Comme les vidéos par exemple ?

Julien Billot. Oui, cela existe déjà sur Pagesjaunes.fr. Le Pack Visibilité Internet permet en effet aux TPE et PME d'ajouter à leur fiche professionnelle une vidéo de présentation de leur activité. Pour cela nous envoyons nos propres équipes sur place afin de réaliser le film d'une minute, en partenariat avec Kewego. Cela ne coûte pour le client que quelques centaines d'euros. Ce service lancé depuis avril 2008 compte aujourd'hui 18 000 vidéos que nous allons d'ailleurs référencer sur Youtube pour augmenter leur visibilité. Début novembre il sera même possible d'effectuer une recherche limitée aux résultats avec vidéo. Pagesjaunes.fr enregistre un million de vidéos vues par an.

"Nous testons des applications contributives afin de les implémenter sur Pagesjaunes.fr d'ici quelques semaines"

Vous avez également mis vos formats display aux normes IAB. Qu'est-ce que cela va changer ?

Julien Billot. Cela va rendre les choses plus faciles puisqu'à partir de janvier 2010 nos annonceurs n'auront plus à créer des formats publicitaires spécifiques pour Pagesjaunes.fr. Et cela vaut pour les PME comme les grands comptes auxquels nous avons accès via notre régie Horizon Media. Nous disposons dorénavant des mêmes formats que tout le monde.

Vous développez d'autres contenus sur Internet. Qu'allez-vous proposer de nouveau ?

Julien Billot. Nous avons tout d'abord intégré au site Pagesjaunes.fr une rubrique dédiée à Annoncesjaunes.fr ainsi qu'un module d'informations pratiques "ville en direct" avec entre autres la météo locale. Le site Pagesjaunes.fr aura une nouvelle page d'accueil au début de l'année prochaine. Déjà, dans les semaines à venir, nous devrions implémenter des applications contributives, en cours de test via une version bêta. Il s'agit de permettre à l'utilisateur de noter les professionnels auxquels il a eu accès, notes qui apparaîtront dans les résultats de recherche au moyen d'étoiles. Les utilisateurs seront invités à préciser leurs critères de notation qui constitueront ensuite des critères de tri pour les résultats de recherche. Ces notations seront modérées en interne et ne concerneront pas les domaines de la justice ou encore de la santé. 

"La cartographie en tant que média publicitaire représente des enjeux potentiels pour le marché"

Vous avez lancé une nouvelle version de Mappy au printemps dernier ainsi qu'une application iPhone fin octobre. Cela suffit-il pour contrer la concurrence de Google Maps par exemple ?

Jean-Pierre Remy. Toute la question est de savoir jusqu'où la cartographie dans sa forme actuelle, voire en 2D ou en 3D même, peut devenir un média publicitaire, ce qui représente de vrais enjeux pour le marché. Et quand ? Les choses sont en train de changer. D'ailleurs nous lançons la recherche par la carte afin d'observer si l'internaute utilise effectivement ce biais. Si c'est le cas, la cartographie va devenir un média publicitaire Web et mobile. On peut s'attendre à des changements lourds.

Julien Billot. Il s'agit effectivement d'une véritable course à l'innovation face à Google Maps. Le changement structurel de Mappy.com, passant de la technologie Flash à Ajax, rend la présentation cartographique plus efficace et permet d'industrialiser la recherche par la carte. Par ailleurs, le service de vue aérienne "Vue du ciel" est récemment passé en haute définition. Nous expérimentons aussi la 3D sur une dizaine de villes ainsi que la réalité augmentée. Nous lancerons à ce sujet des nouveautés assez vite je pense.

Le GPS est un axe de développement qu'emprunte Google. Et vous ?

Julien Billot. Ce n'est pas vraiment notre priorité. Nous avons déjà un accord de licence avec Logicom auquel nous prêtons la marque Mappy. Les GPS Mappy représentent 10 % du marché en France. Et nous fournissons du contenu à d'autres acteurs du marché. Par contre nous réfléchissons à une application iPhone de navigation du genre TomTom, en licence, qui ne nous demanderait pas de développement.

"Le mobile est le plus important levier de développement pour Pages Jaunes"

Quelles sont vos projets côté mobile ?

Jean-Pierre Remy. Présent sur le Wap depuis les années 1999-2000, Pages Jaunes a lancé une application iPhone en 2008 dont les résultats décollent vraiment depuis six mois. En clair nous enregistrons trois millions de visites par mois sur mobile, suivant une croissance de 75 %, et dont 60 % concerne l'iPhone. Si le Web comme le contenu permettent d'accélérer le développement du groupe, le mobile est sans doute le plus important levier pour nous. En effet, le tiers des recherches effectuées sur l'Internet mobile sont géolocalisées. Nous prévoyons donc de lancer de nouveaux services et contenus mobiles.

Vous avez été nommés à vos postes actuels dans le courant des six derniers mois, qu'est-ce qui vous a poussé à quitter vos précédentes entreprises, à savoir Egencia, filiale B to B d'Expedia, et Lagardère Active ?

Julien Billot. Je connais bien Pages Jaunes depuis longtemps puisqu'avant d'être repris par Mediannuaire, le groupe appartenait de 2000 à 2006 à Orange où j'ai moi-même travaillé. Notre mission en venant chez Pages Jaunes est de passer d'une image et d'une activité de pur annuaire à un média de référence dans le domaine de la vie locale. Nous voulons passer de la vente d'un produit - l'annuaire - à la vente d'un service Web. Il s'agit donc pour nous d'un challenge opérationnel. Le secteur comme le groupe vont vivre la rupture de leur métier dans les années à venir.

Jean-Pierre Remy. Et je suis frappé de la méconnaissance des gens - aussi bien les politiques, les professionnels que les clients - vis-à-vis du poids que représente Internet dans l'activité du groupe Pages Jaunes. C'est pourtant un acteur incontournable du vertical local sur le Web en France et sixième société mondiale en matière de revenus publicitaires sur Internet avec près de 500 millions d'euros par an en moyenne, soit presque la moitié du chiffre d'affaires du groupe.

Notre objectif est de devenir le numéro un de l'information locale et de la publicité locale en France sur tous les médias : print, Web et mobile. A l'instar de ce qui s'est déjà passé dans le secteur du tourisme, celui de l'information locale commence une révolution et c'est maintenant que l'on peut modifier le comportement des consommateurs, et que se présentent des opportunités marketing et stratégiques pour l'industrie. C'est un challenge.

"L'objectif est de devenir numéro un de l'information et de la publicité locales"
"L'objectif est de devenir numéro un de l'information et de la publicité locales"

Le chiffre d'affaires global de Pages Jaunes baisse au troisième trimestre 2009, malgré une hausse de 1,8 % de ses revenus issus d'Internet . Comment envisagez-vous la fin de l'année 2009 ? Jean-Pierre Remy. Le groupe enregistre sur...