Assurance : qui prendra le virage de la voiture autonome à temps ?

Assurance : qui prendra le virage de la voiture autonome à temps ? Alors que les premiers véhicules autonomes arrivent sur les routes, les assureurs et assurtech commencent à se positionner. Mais pas au même niveau.

La voiture autonome sera sans conducteur mais pas sans assurance. Mais l'assurance ne ressemblera certainement pas à celle d'aujourd'hui. Elle pourrait être plus chère puisque les voitures seront bardées de capteurs ou moins chères car le nombre d'accidents sera réduit. Elle pourrait aussi être souscrite par les constructeurs et non plus par les particuliers. Tout reste à imaginer pour trouver le bon modèle. 

Les assureurs seront-ils prêts à proposer une assurance spécialement conçue pour les voitures autonomes ou se feront-ils doubler par d'autres acteurs comme les assurtech ? "Dans le cas d'une flotte de véhicules autonomes, je pense plutôt qu'un Waymo (la filiale voiture autonome de Google, ndlr) ou un Uber se positionneront avec des assurtech", estime Pierre Stanislas, CEO de Wilov, une assurance auto à l'usage. Dans le cas d'un véhicule individuel, les assurances qui fonctionneront bien sont celles qui s'adapteront aux besoins de mobilité et dont le prix s'ajustera en fonction de l'usage", ajoute-t-il.  

Les assurtech bien avancées mais trop spécialisées

Les start-up de l'assurance sont bien placées pour assurer les véhicules autonomes en raison de leur niveau technologique. D'ailleurs, elles se définissent comme des entreprises de la tech, non comme des assureurs. La start-up américaine Trov, qui propose une assurance à la demande pour les objets électroniques, a frappé un grand coup en signant un partenariat avec Waymo fin 2017. L'assurtech proposera une formule d'assurance au trajet qui couvrira la perte de biens, l'interruption de voyage et l'éventuel remboursement de frais médicaux. Suite à ce partenariat, Trov a créé un département baptisé Trov Mobility. "Nous pensons que nous pouvons construire un standard dans le monde du transport autonome et de la mobilité personnelle. Grâce à ce partenariat avec Waymo, nous avons beaucoup investi dans une plateforme technologique qui permettra de réaliser de nouveaux partenariats", nous expliquait récemment Scott Walchek, le CEO de la jeune société. Il a également confirmé être en discussion avec d'autres constructeurs, sans révéler de noms.

"A terme, il y aura certainement plusieurs briques digitales d'insurtech dans la fameuse boîte noire du véhicule autonome"

Une autre assurtech US, Root, spécialisée dans le "pay how you drive" (un type d'offre qui récompense les meilleurs conducteurs), a lancé fin 2017 une offre dédiée aux conducteurs de Tesla. S'ils activent le mode autopilote, ils bénéficient d'une réduction d'au moins 10% sur leur assurance. Plus le conducteur parcourt de kilomètres, plus son assurance baissera. L'offre sera étendue à "toutes les voitures autonomes", d'après un post de blog de Root mais aucune date n'a encore été communiquée. En France, les start-up sont plus timides. Par exemple, Wilov, lancé à l'été 2017, n'a pas encore prévu d'entrer sur le marché des voitures autonomes.

Pour Salim Echoukry, président du cabinet spécialisé dans l'innovation Klein Blue Partners, les assurtech ont un gros inconvénient : leur jeune existence. "Comme la voiture autonome est un business qui arrivera à maturité dans 5 ou 10 ans, une assurtech qui se positionne là-dessus aura grillé toute sa trésorerie d'ici là. Seule une insurtech qui génère déjà une centaine de millions de dollars de revenus par an peut envisager y arriver. Aux Etats-Unis c'est plus probable mais pas en Europe." Autre inconvénient pour les assurtech : leur spécialisation. "Ces petits acteurs pourront se positionner pour fournir une brique technologique, par exemple pour évaluer la santé de la voiture ou mesurer la responsabilité du conducteur. Mais à terme il y aura certainement plusieurs briques digitales d'insurtech dans une fameuse boîte noire", prédit Salim Echoukry.

Les assureurs prudents mais armés

Les assureurs traditionnels ont pris conscience que le véhicule autonome va bouleverser leur business. "Beaucoup d'assureurs traditionnels s'interrogent car ils savent qu'ils vont perdre beaucoup de clients en BtoC et que par conséquent il leur faut se positionner en BtoB. Pour certains assureurs, l'assurance auto est une part importante de leur business, qui peut atteindre 1 milliard d'euros par an pour les plus gros", indique Salim Echoukry. Contrairement aux assurtech, ils ont plus de barrières pour entrer sur ce marché. "Ils ne partent pas d'une feuille blanche, c'est donc forcément plus difficile. Ils ont certes ouvert chacun de leurs côtés des cellules sur le sujet, mais ils privilégient la recherche d'un consensus entre eux", explique Pierre Stanislas. La Fédération française de l'assurance a en effet monté un groupe de travail sur le véhicule autonome. Contactée à plusieurs reprises, elle n'a pas donné suite à nos sollicitations.

"Allianz a déjà vendu 16 000 contrats en France pour les véhicules semi-autonomes" 

Tous les assureurs ne sont pas encore au même niveau. "Ceux qui ont déjà une offre de pay how you drive avec un boîtier connecté ont un peu d'avance car le boîtier collecte beaucoup d'informations", souligne Salim Echoukry. C'est le cas d'Allianz qui a lancé courant 2016 une assurance spécialisée pour les véhicules semi-autonomes. Pour l'assureur, un véhicule semi-autonome doit comporter un des trois dispositifs d'assistance (freinage d'urgence, parking automobile ou maintien dans la file à distance). Le tarif d'assurance est environ entre 25 et 30% moins cher qu'une assurance traditionnelle. "L'offre rencontre beaucoup de succès. Nous avons déjà 16 000 contrats en France et avons enregistré beaucoup de nouveaux clients grâce à cette offre", se réjouit François Nédey, directeur technique et produits assurances de biens et de responsabilité d'Allianz France.

A quand une offre pour les véhicules autonomes ? Pas pour demain. "Il faut prendre en compte les différents scénarii et voir quel rôle on peut jouer. Est-ce que cette technologie est prête ? Pour le moment non. Une voiture autonome ne peut pas encore aller seule dans le sous-sol d'un parking par exemple. Il reste aussi des questions à régler concernant le climat. Aujourd'hui, les dispositifs d'assistance s'arrêtent quand il grêle", prévient le dirigeant. 

"Les constructeurs se dirigeront plutôt vers des assureurs avec un gros bilan"

La Matmut a pris un autre chemin. Elle fait partie du Rouen Normandy Autonomous Lab, un service de mobilité à la demande de véhicules autonomes électriques. Prévu pour la mi-2018, cette flotte sera assurée par la Matmut. "On a mis en place des contrats d'assurance spécifiques car un véhicule coûte entre 400 000 et 500 000 euros en raison de la technologie intégrée. Ce n'est pas un véhicule qu'on peut envoyer chez n'importe quel garage en cas de sinistre. On ne parle pas non plus de véritable véhicule autonome car pour l'instant, comme l'impose la réglementation, il y a quelqu'un à la place du conducteur qui est théoriquement responsable. Il n'y a donc pas de modifications importantes à faire", indique Olivier Requin, directeur général adjoint au sein de la direction générale adjointe production de la Matmut. "Nous entrons dans une phase de tests qui durera deux ans. Il y a beaucoup à faire sur ce projet-là, c'est pourquoi nous comptons l'exploiter au maximum", précise le dirigeant. Pour l'heure, l'assureur n'as pas prévu de se lancer dans un autre projet dans le secteur du véhicule autonome.

Pour Salim Echoukry, les assureurs traditionnels ont un gros atout par rapport aux assurtech : leur trésorerie. "Les constructeurs se dirigeront plutôt vers des assureurs avec un gros bilan." Cette dynamique est déjà enclenchée. Tesla s'est associé à Axa à Hong Kong et QBE Insurance en Australie pour inclure une assurance dans le prix d'achat d'un véhicule. La course aux alliances ne fait que commencer.

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