La micro-fintech française veut devenir grande

La micro-fintech française veut devenir grande Ces start-up proposent des micro-prêts et de la micro-épargne en ligne. Objectif : toucher les populations mal servies par les offres traditionnelles.

Il n'y a pas de petites économies... ni de petits crédits. C'est en tout en cas ce que pensent un groupe de fintech françaises. Depuis quelques mois, des start-up spécialisées dans les micro-montants ont vu le jour. Leur objectif commun : toucher les populations mal servies par les offres proposées par les banques et autres organismes financiers. Parmi elles, les jeunes et les freelances. "Ces populations ont des revenus mais ne rentrent pas dans les critères classiques des circuits de financement traditionnel", soutient Riadh Alimi, fondateur de FinFrog. Cette start-up créée en 2016 propose des prêts entre 200 et 600 euros remboursables en 1, 2 ou 3 mois.

"Nous visons à aider les gens dans leurs petits projets du quotidien comme des réparations de voiture, le remplacement d'une machine à laver…", illustre le fondateur de cette société de huit salariés. "Pour ce genre de projets, les seules alternatives qui existent sur le marché sont soit les crédits revolving, des produits qui peuvent être dangereux dans certaines situations, soit des offres de prêt traditionnelles dont le minimum est de 2 000 ou 3 000 euros. Sinon, il y a le découvert. Les Français y ont très souvent recours. Mais c'est assez coûteux puisqu'à chaque dépassement de découvert, 8 euros est prélevé au client", ajoute le dirigeant. D'après une récente étude de Panorabanques.com, environ 10 millions de Français sont tous les mois en dépassement de découvert.

Une demande de prêt chez FinFrog se fait en cinq minutes avec une réponse en moins de 24 heures 

FinFrog prélève une commission comprise entre 1 et 3%, en fonction de la durée du prêt. Pour un prêt de trois mois, la commission est de 3%. Par conséquent, pour un prêt de 300 euros, un client devra rembourser 103 euros par mois. La fintech a un autre avantage par rapport aux banques : sa rapidité. Une demande de prêt se fait en cinq minutes avec une réponse en moins de 24 heures. Les fonds sont disponibles 48 heures après la demande, hors weekend et jours fériés. "On demande au client une pièce d'identité et ses identifiants de connexion bancaire afin que nous puissions nous connecter de manière sécurisée à son compte bancaire. Cela permet d'automatiser le traitement et de juger la solvabilité du client en récupérant les derniers relevés. Dans le circuit traditionnel, il faut envoyer des documents par la poste pour finaliser un dossier et le délai avant la réception des fonds est encore de 15 jours", précise Riadh Alimi.

Fin 2017, la jeune pousse a permis de financer 400 projets pour un montant de 200 000 euros. C'est encore peu mais elle commence seulement son activité. "Depuis le lancement officiel en juillet 2016, nous étions encore en train de calibrer nos processus et outils. On a beaucoup investi en R&D pour créer nos propres modèles d'octroi. Nous sommes vraiment opérationnels depuis la rentrée 2017", se justifie Riadh Alimi, qui vise plusieurs centaines de milliers de clients à terme (sans préciser de date). Pour y arriver, la jeune pousse a reçu en début d'année une subvention de 500 000 euros dans le cadre d'un concours d'innovation. Elle envisage de doubler ses effectifs en 2018, en recrutant principalement des ingénieurs. Elle cherche également à ouvrir un bureau en région pour "être au plus proche des clients".

La start-up Bruno s'est quant à elle positionnée sur la micro-épargne. Elle s'adresse en particulier aux jeunes, "ceux à qui les banques ne parlent pas", selon Florent Robert, cofondateur de cette société de sept salariés. Hi Bruno a créé un assistant personnel uniquement disponible sur Messenger qui propose de mettre entre 5 et 50 euros de côté par semaine pour financer des projets personnels ou des imprévus du quotidien. Le principe est simple. Il suffit d'ouvrir un compte Bruno sur le site. Celui-ci se connecte au compte bancaire et détecte automatiquement le montant optimal à mettre de côté en évaluant le solde puis envoie une notification par Messenger. "Notre chatbot va vous dire par exemple que vous pouvez mettre de côté 200 euros par mois. Et semaine après semaine, il vous enverra une notification pour vous dire que c'est le moment de transférer 50 euros. Bien sûr vous pouvez refuser", indique le cofondateur.

Bruno propose de mettre entre 5 et 50 euros de côté par semaine. © Capture d'écran JDN

Lancé officiellement en février 2018, le chatbot a été testé auprès d'un millier d'utilisateurs. Résultat : ses utilisateurs économisent en moyenne 120 euros par mois sans s'en rendre compte. Pour l'instant, la start-up ne tire aucun revenu du chatbot mais prévoit de sortir plusieurs offres de placements rémunérés dans l'année. Elle compte également lancer des services additionnels encore confidentiels et se lancer sur une autre messagerie. En attendant, une première levée de fonds d'1 million d'euros lui permettra d'investir dans sa technologie et d'embaucher au moins sept personnes cette année.

Economiser 120 euros par mois n'est pas non plus donné à tout le monde. La start-up Yeeld (ex-Piggou) propose d'arrondir à l'euro supérieur toutes les dépenses de ses cartes bancaires et de placer la différence sur un compte dédié. "Un utilisateur fait en moyenne une trentaine de transactions par mois. En faisant l'arrondi, il peut mettre environ 15 euros de côté de façon automatique et indolore", explique Nagib Beydoun, CEO de Yeeld. La start-up s'apprête à enrichir son offre qui sortira fin mars. En plus de l'arrondi, la fintech compte ajouter une fonctionnalité d'épargne automatique, comme Bruno. "On proposera d'épargner en fonction du style de vie de l'utilisateur. Si l'utilisateur change le montant, les algorithmes s'adapteront", précise le dirigeant. "Sur les beta testeurs, on est arrivé à multiplier par 4 leur capacité d'épargne", ajoute-t-il. Un service de gestion de projets sera bientôt ajouté. "Par exemple , si vous avez prévu d'acheter une tablette tactile dans six mois,  vous pouvez décider d’utiliser l’épargne optimale ou faire de l'arrondi ou les deux... c'est à la carte", indique Nagib Beydoun.

Yeeld proposera également une carte virtuelle ou physique Mastercard qui intégrera une fonction de cash-back instantané online et offline. Elle a déjà signé un partenariat avec Amazon qui propose 4% de cash back cumulable avec toutes les offres en cours. Yeeld et Amazon se répartissent une commission (dont le montant n'est pas précisé). La start-up est actuellement en discussion avec de potentiels partenaires dans le retail, le voyage et la grande distribution.

Last but not least, la start-up compte aussi développer une offre de micro-crédit instantanée et gratuite. Un outil interne de scoring permettra d'évaluer un crédit en temps réel. "Par exemple, si un utilisateur veut acheter un écran plat à 1 000 euros. Il pourra utiliser les 500 euros qu'il aura épargnés sur Yeeld et contracter un prêt de 500 euros auprès de nous. Le coût du crédit s'élèvera à 540 euros mais s'il profite du cash back Amazon, il ne paiera pas les 40 euros d'intérêt", précise le dirigeant. En revanche, si l'objet est acheté sur un site non partenaire de Yeeld, l'utilisateur devra payer les intérêts. Grâce à ce panel de services, Yeeld vise 100 000 utilisateurs en 2019. "On pense que notre objectif sera atteint grâce à notre partenariat avec Amazon", avance le dirigeant. Des petits montants mais de grandes ambitions.

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