Menacé par Ripple, Swift contre-attaque

Menacé par Ripple, Swift contre-attaque Le système de messagerie bancaire international innove dans les domaines du paiement international, l'instant payment et la blockchain.

Dans la fintech, personne n'est à l'abri. Pas même Swift, le service utilisé par l'ensemble des banques du monde pour gérer les transferts internationaux. Le réseau interbancaire aux 11 000 membres a vu apparaître en 2017 un concurrent : Ripple. Cette start-up américaine a développé un protocole blockchain qui permet de réaliser des transactions internationales quasi-instantanées et une crypto-monnaie (baptisée XRP) qui permet de fluidifier encore plus les transferts de fonds. Elle est notamment en phase de test avec Western Union, American Express ou encore Crédit Agricole. La banque espagnole Santander vient quant à elle de lancer un service de virements internationaux basé sur ce protocole.

Autant de références qui renforcent sa légitimité sur le marché. "Ripple est intéressant car sa monnaie s'apparente dans ce cas à une supra-monnaie qui facilite considérablement le change de devises. C'est comme si les banques avaient une monnaie unique dont la valeur est universelle", estime Thierry Dinard, consultant chez HSBC et responsable du développement de Syrtals, un cabinet spécialisé dans les moyens de paiement. "Le seul inconvénient étant la forte volatilité de son cours." Comme la majorité des crypto-monnaies, le cours de Ripple a connu une forte augmentation entre décembre 2017 et janvier 2018 (+1 450%) suivie d'une forte baisse. Mais il se stabilise depuis quelques semaines.

"Ripple est intéressant car sa monnaie s'apparente à une supra-monnaie qui facilite considérablement le change de devises"

Face à la menace, Swift multiplie les innovations. Début 2017, le réseau interbancaire a lancé Global payments innovation (GPI), un service qui propose aux entreprises clientes des banques du réseau de réaliser des paiements transfrontaliers plus rapides, transparents et traçables. Un tracker leur permet de voir en temps réel et de bout en bout le statut de chaque paiement, jusqu'à la confirmation du paiement lorsque celui-ci a été crédité sur le compte du bénéficiaire. "C'est comme sur Amazon, vous pouvez tracker votre commande, savoir quand elle a été expédiée... Avec GPI, il suffit d'aller sur le site de sa banque pour voir où en est votre paiement", illustre Wim Raymaekers, directeur du programme GPI.

Suivre les paiements de bout en bout

160 établissements bancaires, dont de grands noms comme Bank of China, Citi et ING, ont déjà souscrit au service. Mais aussi des plus petits comme iBanFirst, une plateforme franco-belge spécialisée dans les transactions multi-devises des start-up et PME. La structure, qui a commencé des tests le mois dernier, loue déjà les gains de temps observés. "On passe par beaucoup de banques intermédiaires dans le paiement international et le processus est d'autant plus long et compliqué quand le virement s'effectue dans une devise différente de celle du pays où part la transaction, par exemple quand il y a un paiement en dollars pour une entreprise à Hong-Kong. Sans compter que parfois un paiement peut rester bloqué dans une banque", souligne Pierre-Antoine Dusoulier, CEO de la société. 

D'après Swift, les 160 banques partenaires envoient quotidiennement plus de 100 milliards de dollars, soit environ 10% des flux de paiements internationaux de la plateforme. "Les paiements sont crédités dans la même journée, la moitié d'entre eux le sont en 30 minutes et beaucoup en 15 ou 20 secondes", se félicite Wim Raymaekers.

Il est pour l'instant seulement possible de suivre les paiements effectués entre les banques clientes de GPI. Swift prévoit donc de fournir, d'ici novembre 2018, un numéro de référence aux 11 000 établissements pour permettre aux clients de GPI de tracker vraiment tous leurs paiements. Swift prévoit également d'ajouter une fonctionnalité de "stop and recall" pour arrêter un paiement en cas de fraude ou d'erreur. "Aujourd'hui, il faut envoyer un stop ou une annulation à toutes les banques par lequel le paiement passe. Le temps que ça arrive à la banque finale, le paiement est déjà fait. Avec GPI, grâce au tracker, on peut envoyer la requête immédiatement à la banque où en est le paiement", explique Wim Raymaekers. Le réseau interbancaire compte enfin améliorer la rapidité des paiements sur GPI pour arriver à du quasi temps réel. "Avec GPI, Swift redevient compétitif car il touche au problème de transparence qu'il y a autour du paiement. A partir du moment où il y a de la transparence, il y a de la confiance et on peut aller beaucoup plus vite", estime Thierry Dinard.

"Les paiements sont crédités dans la même journée, la moitié d'entre eux le sont en 30 minutes"

Autre chantier de Swift, l'instant payment, ou paiement instantané, qui permet aux particuliers et entreprises de transférer de l'argent en temps réel 24h/24 et 7j/7. Le réseau interbancaire a initié son premier projet en Australie l'année dernière. Le paiement instantané y est disponible depuis le 13 février dernier. "La plupart des banques sont connectées. Nous comptons en moyenne 55 000 paiements par jour", précise Carlo Palmers, head of market infrastructures chez Swift. Ce premier essai transformé, la société veut désormais implanter sa solution dans d'autres pays. En priorité dans la zone euro puisque la Banque centrale européenne (BCE) encourage fortement les banques à s'y mettre en novembre 2018, date à laquelle elle lancera son propre service de paiement instantané. "Nous seront prêts même si la tâche est plus difficile qu'en Australie puisqu'il y a plusieurs pays et que chacun d'eux a son propre système de paiement instantané. D'autant que plusieurs systèmes nationaux sont déjà live mais n'utilisent pas tous les communications de Swift", note Carlo Palmers.

Enfin, Swift commence à marcher sur les terres de son jeune concurrent Ripple en expérimentant la blockchain du consortium Hyperledeger. Le réseau a initié en début d'année un proof of concept portant sur les transactions internationales de 34 banques. Celles-ci partageaient un registre basé sur la blockchain au sein duquel toutes les transactions de leurs comptes Nostro (le compte d'une banque dans une banque étrangère) étaient enregistrées. Lorsque HSBC Japon veut payer, par exemple, 5 millions d'euros à Deutsche Bank Allemagne, elle doit passer par HSBC Paris, qui est sa banque correspondante en euros, pour faire le paiement. "Pendant le POC, chacune des banques pouvait voir en permanence les mouvements qui arrivaient en débit et crédit sur le compte des autres. Et savait donc en permanence où était l'argent. De quoi permettre à Deutsche Bank de voir que HSBC Japon avait bien payé et qu'elle pouvait donc elle-même payer son fournisseur", résume Thierry Dinard. Swift assure que le test s'est très bien déroulé mais que la technologie n'est cependant pas "prête pour une utilisation mainstream". Entre une blockchain à 34 et une à 11 000, il n'y a pas vraiment qu'un pas. 

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