La blockchain EOS est (enfin) lancée

La blockchain EOS est (enfin) lancée Le projet du célèbre développeur Daniel Larimer a bouclé le 1er juin 2018 une ICO record qui équivaut à plus de 4 milliards de dollars.

[Mis à jour le 15 juin 2018 à 13h02]  La  blockchain EOS a été lancée le 14 juin 2018 avec presque deux semaines de retard, en raison notamment de problèmes techniques. 170 millions de tokens ont été mis sous séquestre (il en fallait au minimum 150 millions, soit 15% du total des tokens en circulation) . Ces jetons ont  ensuite été utilisés pour choisir les 21 entités qui produiront les blocs. La plateforme d'échange de crypto-monnaies Bitfinex a obtenu 32 millions de votes, ce qui la place en huitième position.  Le seul candidat français n'a quant à lui pas été élu. Suite au lancement, le cours de la crypto-monnaie d'EOS est restée stable, aux alentours de 10 dollars. 

L'ICO de Telegram paraîtrait presque ridicule. La messagerie cryptée avait pourtant réalisé une levée de fonds en crypto-monnaies record de 1,7 milliard de dollars en avril dernier (seuls les investisseurs institutionnels ont pu participer). Le projet EOS pourrait l'avoir largement dépassé avec une ICO qui équivaut à 4 milliards de dollars (la somme collectée est en ethers), selon le Wall Street Journal . Le montant exact n'a pas encore été confirmé par l'équipe. Cette opération record est due au fonctionnement même de l'ICO. Lancée le 26 juin 2017, elle a donc duré au total 346 jours… Un cas unique dans le monde des crypto-monnaies.

Au total, 1 milliard de tokens (ou jetons) ont été distribués. 200 millions d'entre-eux ont d'abord été proposés pendant une vente spéciale de cinq jours, ce qui a rapporté l'équivalent de 185 millions de dollars. Ensuite, 700 millions de tokens ont été distribués pendant 341 périodes consécutives de 23 heures, soit 2 millions d'unités émises par vente. Pour chaque période de vente, les tokens ont été distribués aux acheteurs au prorata de leur investissement en ethers (seule crypto-monnaie acceptée pour se procurer EOS). Les 100 millions de tokens restants ont été réservés à l'équipe de Block One, la start-up derrière EOS, et ne peuvent pas être achetés, vendus ou transférés sur le réseau Ethereum.

En cinq jours, EOS a levé l'équivalent de 185 millions de dollars 

Cette opération hors-norme est vivement critiquée par une partie de la communauté des crypto-monnaies. Cette vente non-plafonnée et le token qui en découle servent uniquement à lever des fonds. Il ne servira pas à utiliser un quelconque service comme c'est le cas pour beaucoup d'ICO. Sans compter que l'équipe Block One n'a pas donné de précisions quant à l'allocation précise des fonds… à part le lancement de fonds de capital-risque dotés de plusieurs centaines de millions de dollars qui soutiendront les projets ayant recours à la plateforme EOS.

Grâce à cette ICO, EOS est désormais la cinquième crypto-monnaie la plus valorisée, derrière le bitcoin, l'ether (Ethereum), l'XRP (Ripple) et le bitcoin cash. Le 31 mai 2018, sa capitalisation avoisinait les 11 milliards de dollars (57 milliards pour Ethereum). Aujourd'hui, son cours tourne autour des 12 dollars (560 dollars environ pour l'ether). Il a commencé à grimper début décembre pour atteindre un pic à 18,71 dollars le 13 janvier puis baissé progressivement. Il a atteint un nouveau pic le 29 avril 2018 à 22,89 dollars.

Derrière cette énorme ICO, il y a un homme connu dans le milieu de la blockchain : Daniel Larimer. Ce développeur est à l'origine de la plateforme d'échange décentralisée BitShares et du réseau communautaire Steemit. Avec EOS, il veut frapper un grand coup puisqu'il veut ni plus ni moins créer un concurrent d'Ethereum. Ce nouveau projet est donc une architecture blockchain qui permet aux entreprises de concevoir et déployer des applications décentralisées. Mais Daniel Larimer prétend apporter des améliorations majeures par rapport à Ethereum. Tout d'abord, le réseau d'EOS peut aujourd'hui prendre en charge 300 000 transactions par seconde alors qu'Ethereum ne dépasse pas les 15 transactions par seconde (et Bitcoin 7 transactions). Block One prévoit même d'atteindre le million de transactions "prochainement", sans donner de date précise. Autre avantage : cette blockchain ne propose aucun frais de transaction contrairement à la plupart des autres crypto-monnaies. Les développeurs pourront ainsi créer des applications gratuites pour les utilisateurs. A noter qu'Ethereum n'a pas connu de frais exorbitants depuis sa création (un pic à 4,15 dollars a été atteint le 10 janvier 2018). Aujourd'hui, il avoisine les 0,5 dollar.

La preuve d'enjeu déléguée

La caractéristique majeure de cette blockchain réside dans son système de validation. Elle ne s'appuie pas sur le proof of work (preuve de travail), c'est-à-dire un processus par lequel des "mineurs" valident et sécurisent des transactions grâce à de la puissance de calcul. EOS s'appuie sur le delegated proof of stake (DPoS), preuve d'enjeu déléguée, inventée par Daniel Larimer lui-même. L'idée est de confier le contrôle du protocole aux détenteurs des tokens. Les "actionnaires" votent pour élire des "témoins", que sont les producteurs de blocs. Le "témoin" est choisi de manière aléatoire par le protocole lors de chaque cycle.

S'il triche, essaie de tricher ou bien que ses règles de consensus ne plaisent pas aux actionnaires, ces derniers peuvent l'exclure. S'il n'arrive pas à produire de blocs dans le temps imparti, c'est le "témoin" suivant qui s'en charge. Dans le cas d'EOS, chaque utilisateur pourra voter pour élire l'un des 21 délégués. Pour l'instant, l'identité des 21 délégués n'est pas connue mais la plateforme d'échange de crypto-monnaies Bitfinex a annoncé sa candidature en avril dernier dans un post Medium. Le Journal du Coin, BitConseil et le spécialiste blockchain lillois ADAPP ont récemment lancé leur campagne. D'après le dernier rapport d'EOS Go, 147 candidats ont officiellement postulé.

"Au lieu de se concurrencer, les producteurs de blocs coopèrent pour produire des blocs"

Le principal avantage de ce système est qu'il est moins énergivore que le proof of work. La preuve d'enjeu déléguée permet également d'éviter des forks (des versions différentes d'une crypto-monnaie), comme l'a connu le bitcoin avec le bitcoin cash et le bitcoin gold. "Au lieu de se concurrencer, les producteurs de blocs coopèrent pour produire des blocs", précise le white paper d'EOS (document de présentation).

La communauté des crypto-monnaies est sceptique envers ce nouveau processus de validation des blocs car Ethereum tente de régler ces mêmes problématiques depuis quelques temps mais sans grand succès. La sécurité du réseau est aussi questionnée. Une entreprise de cybersécurité chinoise, Qihoo 360, a remarqué "une série d'énormes vulnérabilités", rapporte le site spécialisé CoinDesk. Dan Larimer est aussi critiqué pour son manque d'engagement après avoir quitté Bitshares et Steemit. 

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