Rennes veut organiser le troc de données dans sa métropole

Rennes veut organiser le troc de données dans sa métropole La métropole bretonne lance son service de la donnée, un projet qui doit rassembler secteur public, entreprises, associations et chercheurs dans un système d'échange de données privées.

La métropole de Rennes essaie de créer une passerelle entre deux extrêmes : l'open data et les données privées jalousement gardées. La collectivité organise le 2 février une première réunion avec tous les partenaires de son projet de service public métropolitain de la donnée. L'objectif est de permettre à des entreprises privées et publiques ou des organismes de recherche de s'échanger des données qui n'ont pas vocation à devenir publiques et, si possible, d'en faire également profiter la collectivité.

Pour y arriver, Rennes Métropole s'est entourée de huit partenaires (entreprises, associations, services publics, regroupement de collectivités, chercheurs…) fédérés au sein de quatre pôles thématiques correspondant aux types de données qui seront échangées : énergie, eau, mobilité, et sociodémographie. Certains partenaires se focaliseront sur l'un de ces thèmes, comme Enedis dans l'énergie ou la Fabrique des mobilités sur les transports, tandis que d'autres auront un rôle plus transversal. Ce sera par exemple le cas de l'institut de recherche en informatique rennais IRISA, qui planchera sur des problématiques techniques comme la sécurisation des échanges et l'anonymisation des données personnelles. Ces huit partenaires se sont engagés  à porter le projet jusqu'à son terme, mais d'autres entités devraient les rejoindre dans les mois à venir.

Pas d'échanges entre concurrents

Comment ces échanges de données vont-ils concrètement s'organiser ? "La métropole de Rennes travaille sur l'ouverture des données depuis 2010. Nous sommes toujours dans cette perspective, mais avec ce projet, il ne s'agit pas de tout ouvrir à tout le monde et sans conditions", tient à rassurer Marion Glatron, directrice déléguée à l'innovation et à la smart city de Rennes Métropole. L'idée serait plutôt de créer de petits cercles d'acteurs d'un même secteur, mais aux activités complémentaires, qui pourraient chacun avoir un intérêt à bénéficier des données des autres. Par exemple dans l'énergie, des discussions sont en cours pour associer des données d'Enedis sur l'électricité et de GRDF dans le gaz à celles des gestionnaires des réseaux de chaleur rennais. Ce qui permettrait à chacun d'obtenir une meilleure vision d'ensemble des réseaux d'énergie sans fournir d'informations à des concurrents directs.

Pour la Métropole, ce service public de la donnée présente deux intérêts. D'abord l'opportunité, si les partenaires l'acceptent, de profiter de certaines de ces données échangées et habituellement commercialisées aux collectivités. "Dans les mobilités, certaines données, comme celles de la solution Flux Vision d'Orange Business Services, qui recouvrent des informations sur la fréquentation de l'espace public, nous permettraient d'éviter d'avoir à réaliser certaines enquêtes auprès des usagers des transports", détaille Marion Glatron.

La métropole comme intermédiaire

Plus généralement, il s'agit de démontrer que la collectivité peut jouer un rôle d'intermédiaire entre des acteurs peu habitués à partager des données souvent considérées comme critiques dans leur création de valeur. "Nous faisons le constat que les données sont de meilleure qualité lorsqu'elles sont partagées et croisées. Il faut un animateur de cette démarche. Si nous ne nous y mettons pas, personne ne le fera," assure Marion Glatron. L'Etat est également intéressé par cette approche : le développement du service métropolitain de la donnée bénéficie d'un financement de 250 000 euros, soit la moitié du budget du projet, dans le cadre du Programme investissements d'avenir (PIA). L'idée est donc de le documenter et le développer de manière ouverte, afin qu'il puisse profiter à d'autres collectivités qui souhaiteraient se le réapproprier.

"L'enjeu complexe sera de passer d'échanges de données bilatéraux, qui existent déjà, à des accords multilatéraux."

Rennes métropole et ses partenaires ont désormais deux ans, jusqu'à fin 2019, pour développer et tester un prototype. "L'enjeu complexe sera de passer d'échanges de données bilatéraux, qui existent déjà, à des accords multilatéraux", anticipe Marion Glatron. Dans les mois à venir, les parties prenantes devront cataloguer les données qu'elles souhaitent échanger, définir qui pourra y accéder, pendant combien de temps et avec quel degré de finesse. Il faudra également identifier des cas d'usages concrets sur lesquels travailler avec des partenaires, mais aussi repérer et résoudre les problèmes techniques, juridiques ou économiques qui ne manqueront pas d'émerger.

Ce dernier point promet d'être litigieux : si l'esprit de ce service métropolitain de la donnée voudrait que chaque participant mette gratuitement à disposition ses données pour en obtenir d'autres ayant également de la valeur, certaines entreprises refuseront probablement de ne pas être rémunérées. A fortiori lorsqu'il s'agira d'offrir gratuitement leurs informations aux collectivités, qui n'ont pas grand-chose à apporter en échange, puisque la plupart de leurs données sont déjà gratuitement accessibles en ligne, comme la loi les y oblige. "On ne peut pas exclure a priori des aspects de monétisation," reconnaît Marion Glatron. Deux ans ne seront pas de trop.

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