Pour 12 000 euros, Nevers se construit un data lake à l'insu de ses prestataires

Pour 12 000 euros, Nevers se construit un data lake à l'insu de ses prestataires Bloquée par des logiciels métier peu enclins à la laisser récupérer ses propres données, la collectivité a fait appel à une start-up d'extraction de données pour contourner ces verrouillages.

Les collectivités veulent rassembler les données de leur territoire, mais sont parfois incapables d'extraire celles issues de leurs propres systèmes. Un problème auquel a été confrontée la ville de Nevers, qui développe un data lake visant à réunir les données de différents services publics de l'agglomération et d'autres acteurs du territoire qui pourront eux-aussi en bénéficier.

Lorsqu'il s'est agi de mettre ses données sur le data lake, la ville s'est retrouvée bloquée : les logiciels métier destinés aux collectivités, vieillissants et rigides, ne lui permettaient pas d'extraire ces données d'un coup, ni d'automatiser la mise en ligne de nouvelles données issues de ces bases, par exemple pour mettre à jour automatiquement son portail open data. "Dans le meilleur des cas, les solutions de l'éditeur nous permettaient d'extraire les informations manuellement, mais d'autres nous ont demandé de payer pour extraire nos propres données dans un format exploitable", raconte Stéphane Bernier, DSI de la ville et de l'agglo de Nevers.

"Des éditeurs nous ont demandé de payer pour extraire nos propres données"

Pour ne plus perdre de temps et d'argent, Nevers a fait appel à une start-up québécoise, IS Data Solutions, afin d'expérimenter une manière de contourner les verrouillages des éditeurs. Cette société, créée il y a dix ans et qui emploie une trentaine de personnes, est spécialiste de l'extraction de données. Elle a fait ses armes outre-Atlantique dans le secteur de la santé, où elle a mis en place une interopérabilité entre les bases de données des hôpitaux et celles des régions québécoises. Puis, il y a cinq ans, elle s'est lancée sur le marché des collectivités qui rencontrent les mêmes problèmes. Elle travaille désormais avec une dizaine de villes au Québec, et a signé avec Nevers son premier client européen.

Nevers a testé à partir du mois de mars les capacités d'IS Data Solutions sur quatre jeux de données cloisonnés dans des logiciels métiers distincts : l'historique des prénoms, les délibérations du conseil municipal, les subventions et la gestion des stocks de fournitures. La start-up y a branché ses connecteurs, des systèmes d'analyse de données paramétrés en fonction de chaque client pour récupérer les données dont il a besoin, parmi dix types de sources techniques (bases de données, services web, tableurs, fichiers texte…).

"Les directions sont incitées à penser en réseau, mais n'ont que des outils pour penser en silo"

Les données ont ensuite été extraites, structurées, puis versées dans le data lake de Nevers début juin. IS Data Solutions a également fourni son outil de visualisation de données, qui permet de croiser facilement ces différentes informations réunies sur le data lake et de les afficher sous forme de tableaux de bord. Un point qui peut sembler superficiel, mais qui importe dans les collectivités, explique Stéphane Bernier. "Nous arrivons à la limite des tableurs Excel : il faut présenter les informations aux élus de manière claire, avec des tableaux de bord qui croisent finance, RH et données venant des différents services. Les directions générales des services sont incitées à penser en réseau, mais n'ont que des outils pour penser en silo."

La prestation n'a coûté que 12 000 euros à la collectivité, auxquels viendront s'ajouter des frais de support  technique et de mise à jour représentant 20% de ce prix à l'année. "Si nous avions procédé comme auparavant, nous aurions dû réaliser un audit de nos bases de données, puis négocier avec chaque éditeur pour qu'il nous fournisse ses schémas de bases de données", compare Stéphane Bernier. Il estime que la collectivité aurait ainsi dépassé les 25 000 euros hors taxes, soit le seuil à partir duquel elle aurait été tenue d'organiser un appel d'offres. Une étape qui sera à terme inévitable : maintenant qu'elle a testé la faisabilité de cette solution, Nevers compte lancer un appel d'offres pour la déployer à l'échelle d'une bien plus grande masse de données. Les éditeurs de logiciels sont prévenus : à force de freiner l'accès aux données, ils se feront dépasser.

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