Christian Le Borgne (Navya) "Nous planchons sur une nouvelle levée de 50 à 60 millions d'euros"

Présent au CES, le COO du spécialiste français des véhicules autonomes présentait son dernier né : Autonom Cab. Il nous en dit plus sur ses ambitions au sein d'un marché très concurrentiel.

JDN. Vous présentez, au CES, Autonom Cab, votre concept de taxi autonome disponible à la demande. Pouvez-vous nous décrire ce véhicule, lancé avec l'un de vos actionnaires Keolis ?

Christian Le Borgne, COO de Navya. © S. de P. Navya

Christian Le Borgne (Navya). Autonom Cab, c'est un taxi qui peut accueillir jusqu'à 6 personnes et vient vous chercher à un point que vous avez défini au sein d'une application mobile dédiée. Une fois que le véhicule vous a détecté, vous ouvrez la porte et donnez le top départ via l'application.

A bord, l'expérience se veut la plus plaisante possible avec en vrac la possibilité pour les passagers de bénéficier d'une visite interactive d'une ville, de commander des places de cinéma ou encore composer une playlist musicale. Sur le plan technique, c'est un véhicule équipé d'une vingtaine de capteurs qui assurent son bon fonctionnement et qui peut rouler jusqu'à 90 km/h.

Votre première ligne de produits consistait en des flottes de navettes autonomes qui fonctionnent sur des trajets prédéfinis au sein de parcs fermés. Prenez-vous un virage important avec Autonom Cab ?

Plutôt que de virage, je parlerais d'évolution naturelle car c'est un service que nous avons lancé d'autant plus facilement que nous avons pu nous appuyer sur les retours d'expériences fournis par les 60 navettes qui tournent aujourd'hui dans le monde. Autant d'expérimentations qui viennent nourrir d'une manière ou d'une autre les modèles algorithmiques de nos nouveaux taxis autonomes sur tout ce qui concerne la maîtrise d'un environnement physique, un sujet autrement plus compliqué lorsqu'on "sort" de trajets prédéfinis. Je pense à tout ce qui touche au mapping d'un espace ou à la détection d'obstacles (et leur contournement) par exemple.

Navya présentait au CES son modèle d'Autonom Cab. © Navya

Le terme évolution naturelle est d'autant plus approprié que nous pourrions très bien doter nos navettes d'un système applicatif semblable à celui qui accompagne nos taxis. Plutôt que de les faire évoluer sur un parcours prédéfini, nous pourrions en laisser tourner deux ou trois sur un secteur donné. C'est en réflexion.

Quel marché visez-vous avec votre Autonom Cab ? Des parcs industriels et zones privées comme c'est déjà le cas pour vos navettes, faute de pouvoir vous attaquer encore à la route ?

"L'objectif est de mettre 40 à 60 Autonom Cabs sur le marché d'ici fin 2018"

Nous espérons effectivement déployer ce type de véhicules sur des sites fermés ou sur des routes ouvertes lorsque nous obtenons des dérogations. Nous travaillons avec nos confrères pour bouger la réglementation mais restons pragmatiques, les premiers débouchés commerciaux sont plutôt du côté des zones privées, campus universitaires ou sites industriels. Notre système de taxis autonomes va pouvoir y remplacer avantageusement les systèmes de VTC qui y ont parfois cours. Tout simplement parce que, sans conducteur à bord, ils permettent une économie de 30 à 60% (le coût du chauffeur) par rapport à un VTC.

Nous avons déjà des projets d'expérimentation grandeur nature prévus en France, sur Paris et peut-être Lyon, d'ici la fin premier semestre 2018. L'objectif est de mettre 40 à 60 Autonom Cabs sur le marché d'ici fin 2018. Notre partenaire Kéolis en a déjà commandé 10 - 5 pour la France et 5 pour les Etats-Unis. De même un autre partenaire, australien celui-ci, le Royaume Automobile Club, s'est engagé sur 10 véhicules.

D'abord une navette autonome puis un taxi autonome. Bientôt une voiture autonome ?

Ce n'est absolument pas à l'ordre du jour dans la mesure où nous voulons promouvoir le transport partagé, qui est un véritable enjeu à l'heure de la smart city et alors que se pose la problématique du désengorgement des villes. Quel est l'intérêt pour un particulier d'avoir un véhicule autonome alors que le taux d'utilisation d'un véhicule avoisine les 20%, essentiellement pour des trajets domicile – travail ? D'autant que cette immobilisation du véhicule coûte à l'utilisateur comme à la société. C'est vers cette logique d'usage plutôt que de possession que nous voulons accompagner le particulier avec un partenaire comme Keolis.

Nos concurrents constructeurs, dont l'ADN est de vendre un véhicule, pensent sans doute différemment. Mais je suis certain qu'ils ont eux-aussi conscience de la révolution qui se profile et on en voit d'ailleurs certains investir dans des plateformes digitales ou des spécialistes du leasing pour anticiper la fin de ce modèle de la voiture individuelle.

Vous avez levé en novembre dernier 30 millions d'euros, notamment auprès de Keolis (filiale de la SNCF) et de l'équipementier automobile français Valeo. Où en êtes-vous ?

Nous travaillons déjà sur une nouvelle opération de levée de 50 à 60 millions d'euros. Elle permettra à notre entreprise, qui comptera 200 collaborateurs d'ici la fin du mois, de continuer à financer ses investissements en R&D le temps que nous atteignions la rentabilité à l'horizon 2020. Cet argent permettra l'optimisation et l'accomplissement de notre technologie par la mise sur le marché de plus de navettes et taxis autonomes. Un vrai cercle vertueux.

Vous avez déjà deux gros industriels à votre capital. On imagine que le nouveau partenaire capitalistique pourrait être un fonds américain qui vous permettrait d'accélérer votre développement outre-Atlantique ?

"Notre entreprise comptera 200 collaborateurs d'ici la fin du mois"

Il y a des réflexions là-dessus mais je ne peux pas vous en dire plus pour le moment. Voir des acteurs bien plus petits que nous, spécialisés uniquement dans le software, réussir à lever 250 à 300 millions de dollars aux Etats-Unis, en un claquement de doigt, nous donne évidemment des idées. Mais ce serait aussi prendre le risque de diluer nos actionnaires historiques alors même que nous sommes fiers d'avoir des capitaux essentiellement français. D'où les montants plus raisonnables que j'ai mentionnés plus haut.

Aussi, l'accélération sur le marché américain ne passe pas nécessairement par l'arrivée d'un fonds US dans la mesure où nous avons déjà un bel ancrage sur ce marché avec notre usine d'assemblage dans le Michigan et la présence commerciale de Keolis sur le sol américain. Et puis j'ajouterai que la question de l'origine du financement pourrai aussi se poser pour le marché chinois où il y a une appétence pour nos produits.

Et toujours :

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