Remo Gerber (Lilium) "Nos drones de transport proposeront des tarifs comparables aux taxis"

Le directeur commercial de la start-up allemande à l'origine d'un drone de transport de personnes détaille son futur service de mobilité.

JDN. Lilium est l'une des sociétés les plus avancées dans la conception de drones de transports de personnes. Vous avez réalisé les premiers vols de démonstration de votre prototype et avez levé plus de 100 millions de dollars depuis la création de la société en 2014. Pouvez-vous nous présenter votre appareil ?

Remo Gerber est le directeur commercial (COO) de Lilium, un poste qui regroupe les directions financière et opérationnelle. © Lilium

Remo Gerber. Il s'agit d'un aéronef  électrique à décollage et atterrissage verticaux ( VTOL). Comme les autres VTOL, il peut donc se poser n'importe où. L'appareil se déplace en revanche grâce à ses ailes, à la manière d'un avion. L'aérodynamique des ailes est bien plus efficiente en termes de consommation d'énergie que celle des VTOL dotés d'hélices. Notre engin dispose de cinq places, dont une pour le pilote, car nous nous ne souhaitons pas attendre que les régulations nous permettent un pilotage autonome pour commencer à l'opérer. Nous sommes en train de le faire certifier comme appareil commercial afin de commencer à tester notre service au début des années 2020, afin d'être prêts pour un déploiement commercial complet en 2025. Mais c'est l'automatisation du service qui nous permettra un déploiement à grande échelle au regard de la pénurie de pilotes dans le monde.

Vous ne vous voyez donc pas comme un simple constructeur de drones mais plutôt comme un opérateur du service de transport associé. Pourquoi ?

Il est très important d'associer un service à nos VTOL. Nous ne croyons pas à la vente de ces appareils aux particuliers. Pourquoi le faire nous-mêmes ? D'abord parce qu'il faut montrer la faisabilité de notre concept mais aussi parce que personne ne sait opérer de tels services pour l'instant. Les opérateurs de transport n'ont pas ce savoir-faire. Nous ne sommes cependant pas fermés à des partenariats, notamment pour construire notre infrastructure.

Nous croyons à la création d'un service de transport aérien partagé en ville, abordable pour une grande partie de la population. Nous voulons proposer des tarifs comparables à ceux d'un taxi. Par exemple, il serait tout à fait possible de relier La Défense à l'aéroport Charles de Gaulle en moins de dix minutes pour 40 à 50 euros. Ces prix ne sont pas basés sur des prévisions d'échelle extrêmes, c'est l'efficacité énergétique de notre appareil qui nous permettra de les proposer.

Le drone de transport de personnes de Lilium. © Lilium

Vous affirmez que votre appareil peut parcourir jusqu'à 300 kilomètres. Cela veut-il dire que vous pourriez aussi proposer des trajets interurbains en plus des voyages au sein d'une même ville ?

Les deux sont possibles car le marché aura besoin des deux. L'avantage des voyages plus courts, par exemple une quarantaine de kilomètres entre La Défense et Charles de Gaulle, est qu'ils permettent de recharger les batteries le temps de débarquer les passagers et d'en récupérer de nouveaux. La distance est donc importante : les voyages courts permettent de n'utiliser qu'une fraction des batteries.

Nous nous concentrons donc sur le transport urbain pour le moment mais des opportunités existent aussi sur de plus longues distances. Au pays du TGV, la France a construit un incroyable réseau de grandes villes accessibles rapidement. Mais les petites villes n'en font pas partie. Nos plus petites stations d'atterrissage coûtent seulement 500 000 euros à construire et notre réseau ne comporte pas de rails à entretenir comme dans le ferroviaire. N'importe quelle  petite ville en France pourrait décider d'en construire une et se connecter au réseau.

Avant d'en arriver là, il reste de nombreux problèmes à régler dans l'organisation de l'espace aérien entre avions, VTOL et drones. Travaillez-vous sur le sujet ?

Les régulateurs travaillent sur différentes solutions. Les drones classiques sont déjà une réalité qu'ils doivent gérer. Nous discutons avec tous les pays réfléchissant aux moyens de faire communiquer entre eux tous ces moyens de transports aériens. Notre avantage est que nous allons garder des pilotes capables de communiquer avec le contrôle aérien aussi longtemps que cela sera nécessaire. J'ajouterai que nos systèmes informatiques de conduite autonome sont déjà prêts à être connectés aux solutions de contrôle aérien automatisé. Nous serons donc opérationnels dès le premier jour où l'on nous y autorisera, que ce soit en pilotage manuel ou automatique.

Remo Gerber participe à Autonomy, le salon de la mobilité urbaine, dont le JDN est partenaire, et qui se tient à Paris du 18 au 20 octobre. Il tient la keynote "Lilium's Vision of Urban Air Mobility" le 18 octobre à 13h30.

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