La gestion des finances, le moteur de la fintech en 2024
Depuis une quinzaine de mois, la plupart des start-up de la french tech sont contraintes de se serrer la ceinture… sauf celles qui permettent aux entreprises de gérer leurs flux financiers. En effet, le marché de la gestion des finances, que cela soit la gestion des factures fournisseurs, des notes de frais, d'achats divers ou encore de la trésorerie, est particulièrement dynamique en 2024. Des belles levées de fonds (Pigment 145 millions d'euros, Payflows 25 millions d'euros, Pivot 25 millions d'euros…), des acquisitions (Qonto et Spendesk qui rachètent respectivement Regate et Okko) et des nouvelles licornes (Pigment, Pennylane) : les voyants sont au vert pour ce marché qui, avec 164 start-up, représente seulement 16% de la fintech (selon France FinTech).
Les gagnants de la chute des levées de fonds
"Pendant longtemps, les outils proposés pour gérer les finances n'étaient pas au niveau de l'expérience utilisateur attendue", indique Mikaël Ptachek, président de l'Observatoire de la Fintech. "Le néozélandais Xero a été dès 2006 précurseur dans la gestion digitalisée des finances. Certaines fintech françaises s'en sont un peu inspiré. Aujourd'hui, Xero est valorisé 12 milliards d'euros". "Avec la raréfaction des financements, la tech a eu besoin elle aussi de gérer ses dépenses. Elle s'est donc intéressée au sujet et un marché endormi s'est réveillé", note de son côté Romain Libeau, cofondateur de Pivot, spécialiste de la gestion des achats. "Ces nouveaux outils apportent de l'autonomie et de la liberté", ajoute Alain Clot, président de France FinTech. "Un entrepreneur devait supplier son comptable pour avoir une facture. Maintenant, il peut consulter cette facture tout seul à n'importe quel moment".
Outre cette opportunité de marché due à l'absence de solutions novatrices, les jeunes pousses de la gestion des finances bénéficient d'un contexte économique favorable : "Le contrôle des dépenses est devenu une priorité pour de nombreuses entreprises avec la baisse des levées de fonds", observe Mikaël Ptachek. Une aubaine pour Pivot, Payflows ou encore Omnea, trois start-up fondées entre 2021 et 2023 qui ont développé une solution pour aider les entreprises à mieux contrôler leurs achats : "Nos clients cherchent davantage la rentabilité que l'hyper croissance. Ils sont obligés pour cela de contrôler leurs coûts. Comme ils ne peuvent pas diminuer le salaire des employés, ils essaient de réduire les autres postes de dépenses un peu inutiles ou superflus", analyse Romain Libeau. La contraction des levées de fonds ne fait donc pas que des malheureux.
Coup de pouce réglementaire
A ce contexte favorable s'ajoute un petit coup de pouce réglementaire : à partir de septembre 2026, la réforme de la facture électronique obligera les TPE et PME à digitaliser leur comptabilité. Un argument de plus pour les fonds d'investir dans ces start-up. Toujours selon France FinTech, en 2024, la gestion des finances représente 48% des fonds levés dans la fintech. C'est de loin le premier secteur en termes de montant. "Toutes les entreprises sont concernées par la gestion de leurs finances. C'est un marché très large pour lequel les solutions proposées n'étaient pas au niveau donc pour nous c'est très intéressant", indique Bénédicte de Raphélis Soissan, fondatrice d'Emblem, un fonds de capital risque qui a participé aux deux tours de table menés par Pivot. "De nombreux fonds d'investissement ont en interne une personne chargée de surveiller les entreprises qui développent des logiciels pour les DAF".
"De nombreux fonds d'investissement ont en interne une personne chargée de surveiller les entreprises qui développent des logiciels pour les DAF"
Si la gestion des finances a autant la cote, c'est aussi parce que des grosses cylindrées de la fintech s'y sont intéressées alors que ce n'était pas forcément le cas à leurs débuts. Par exemple, Qonto et Spendesk ont tous les deux commencé par émettre des cartes bancaires adossées à un compte pro avant d'élargir leur palette de services. "De nombreuses entreprises sont parties d'un service spécifique et ont étoffé leur offre pour proposer des solutions complètes de gestion de dépenses, soit en proposant de nouveaux services, soit en passant par des acquisitions comme ce fut le cas avec le rachat d'Okko par Spendesk", fait remarquer Alain Clot. Résultat : "Elles convergent de plus en plus les unes vers les autres". Heureusement pour elles, pour le moment, le gâteau est assez gros pour être partagé.