Rodolphe Ardant et Axel Demazy (Spendesk) "Dans dix ans, Spendesk sera une solution très différente de celle d'aujourd'hui"
A l'occasion des dix ans de Spendesk, Rodolphe Ardant, fondateur, et Axel Demazy, CEO, reviennent sur le chemin parcouru par la plateforme de gestion des dépenses et évoquent ses prochains défis.
JDN. Spendesk a fêté ses dix ans en 2026. Quel est le principal accomplissement de l'entreprise ?
Rodolphe Ardant. Nous avons construit une très belle entreprise en Europe. A l'époque, nous avions beaucoup hésité entre les Etats-Unis et l'Europe. D'un point de vue technologique, le marché américain nous aurait peut-être facilité certaines choses, mais nous avions envie d'être proches de nos clients. Notre ambition était de construire notre produit avec eux, en partant de leurs besoins concrets. Accéder à nos premiers clients et prospects aurait été plus difficile aux Etats-Unis. Dix ans plus tard, je pense que ce choix a été validé. Nous avons développé une plateforme adaptée aux besoins des équipes financières européennes.
Avec un peu de recul, qu'auriez-vous fait différemment ?
R.A. C'est toujours facile de réécrire l'histoire avec le recul. Mais nous avons tiré deux grandes leçons de notre expérience. La première, c'est que nous pensions pouvoir adresser les différents marchés européens depuis la France. Nous avons fini par comprendre qu'à partir d'un certain stade de développement, il était nécessaire d'ouvrir des bureaux locaux. Il nous a fallu environ 18 mois pour en prendre pleinement conscience. La deuxième leçon, c'est qu'il est difficile de faire travailler ensemble des personnes de nationalités et de cultures différentes. Il faut parvenir à construire une culture d'entreprise suffisamment forte pour dépasser les différences culturelles et donner à chacun un référentiel commun.
Comment imaginez-vous Spendesk dans dix ans ?
Axel Demazy. Le piège serait de croire que nous avons trouvé la bonne formule pour toujours. Il faut rester humble et se remettre en question en permanence. Sur le plan du produit, l'intelligence artificielle ouvre des perspectives considérables pour les solutions financières. Il existait auparavant une certaine défiance à l'égard de l'IA lorsqu'il s'agissait de prendre des décisions aussi importantes que celles liées aux finances. Mais les niveaux de délégation progressent, et une part croissante des décisions de dépenses pourra être prise sans intervention humaine. Dans dix ans, Spendesk sera une solution très différente de celle d'aujourd'hui, profondément transformée par l'IA. Pour autant, notre ADN restera le même. Depuis le départ, notre ambition est de mettre la technologie au service des équipes financières.
"A court terme, une introduction en bourse n'est pas notre objectif"
Est-ce que Spendesk sera une société cotée en bourse en 2036 ?
A.D. C'est difficile à dire. A court terme, ce n'est pas notre objectif : nous avons un plan de développement que nous pouvons financer avec nos capitaux actuels. Mais il ne faut jamais dire jamais.
Revenons au présent. La réforme de la facturation électronique obligatoire est entrée en vigueur en septembre et Spendesk a le statut de plateforme agréée. Comment se sont passées les premières semaines ?
A.D. La réforme de la facturation électronique est un vent favorable pour Spendesk, et nous devons en profiter. Elle montre qu'il reste encore beaucoup à faire en matière de digitalisation financière dans les entreprises. Pour celles qui n'ont pas encore choisi de plateforme agréée, il ne faut pas voir cette réforme comme une simple contrainte réglementaire, mais plutôt comme une occasion de moderniser son processus financier. Choisir une véritable solution de digitalisation représente un surcoût limité par rapport à un simple portail de facturation qui permet seulement d'assurer la mise en conformité. De notre côté, les premières opérations se passent bien. La facturation électronique est intégrée à notre offre, sans surcoût pour nos clients.
En dix ans, quels sont les principaux changements que vous avez observés dans le secteur de la gestion financière BtoB ?
R.A. Quand nous avons démarré, le spend management n'existait pas vraiment. Nous avons contribué à faire émerger ce marché et à en établir les standards. Désormais, il est devenu évident pour les entreprises de s'équiper d'une solution pour gérer leurs dépenses. Spendesk a participé à cette nouvelle approche. Aujourd'hui, la révolution IA vient à son tour transformer le secteur. C'est une nouvelle opportunité de repenser les usages et de construire à nouveau les standards de demain.
Ces dernières années, nous avons pu observer un phénomène de super app dans le secteur. Quel est votre regard sur ce mouvement ?
A.D. C'est vrai qu'on observe une convergence entre de nombreuses solutions, avec des frontières de plus en plus floues. Les offres tout-en-un se développent, notamment du côté des fintech qui s'adressent à des petites entreprises. Sur des segments plus importants, comme celui de Spendesk, cette convergence se fera probablement de manière plus progressive. J'imagine davantage un écosystème de plateformes connectées entre elles, avec une expérience utilisateur très fluide, plutôt qu'une super app qui regrouperait toutes les fonctionnalités au même endroit.