Computex 2026 : Taiwan, hub industriel clé de la robotique humanoïde
En parcourant cette semaine les allées du salon Computex Taipei, qui s’est achevé vendredi, on pouvait croiser une quantité impressionnante de robots humanoïdes. Pour la première fois, un pavillon entièrement dédié à la robotique a même été mis en place, illustrant l’importance croissante du secteur et la vitalité de l’écosystème taïwanais dans ce domaine.
Leader mondial de la fabrication de semi-conducteurs depuis des décennies, l’île asiatique est en train de s’imposer comme une figure de proue de l’IA physique et de la robotique. Car, comme avant eux les fabricants d’ordinateurs et de smartphones, les plus grands constructeurs de robots humanoïdes se fournissent à Taïwan, notamment les Américains.
Et Taïwan est désormais en train de franchir une nouvelle étape, devenant plus qu’un simple fournisseur de hardware. Des entreprises locales développent des logiciels d’intelligence artificielle qui alimentent les robots humanoïdes, et certaines d’entre elles construisent même des robots de bout en bout.
Taïwan, fournisseur des constructeurs d’humanoïdes américains
Le riche écosystème taïwanais abrite, entre autres, le premier fabricant mondial de semi-conducteurs, TSMC, et Foxconn, principal sous-traitant de plusieurs géants de la Tech, dont Apple. Il était donc logique que les constructeurs de robots humanoïdes se tournent vers le pays asiatique. Car les humanoïdes ne sont pas si différents des ordinateurs et des smartphones. On y retrouve des puces, des processeurs et d'autres composants électroniques similaires.
De nombreux acteurs locaux se sont spécialisés dans la fourniture de pièces pour la robotique humanoïde. On peut notamment citer HIWIN, leader mondial des composants de précision (moteurs, réducteurs, actionneurs), ou encore Delta Electronics, qui développe des solutions d'automatisation industrielle et des technologies robotiques.
Présente à Computex, Tuf One est une entreprise spécialisée dans la conception et la fabrication de réducteurs pour les humanoïdes. En plus de ces composants mécaniques, elle développe des solutions d'actionneurs intégrés associant moteurs, encodeurs et réducteurs afin d'offrir à ses clients des systèmes prêts à être intégrés dans leurs robots.
Comme l’explique son manager général, Markus Wu, l’entreprise fournit la quasi-totalité des constructeurs de robots humanoïdes américains. "La force de Taïwan réside dans la richesse de son écosystème industriel et de sa chaîne d'approvisionnement", explique-t-il. "Que nous ayons besoin de moteurs, d'équipements complémentaires ou d'un soutien technique, nous trouvons facilement des fournisseurs et des partenaires. Taïwan est un territoire compact : il faut seulement quatre à cinq heures pour traverser l'île du nord au sud. Quel que soit le type de ressource ou de fournisseur dont vous avez besoin, vous pouvez généralement trouver une solution rapidement".
C’est donc un nouveau marché très prometteur qui s’ouvre pour le pays de 23 millions d’habitants. Selon un rapport récent publié par Markets and Markets, le marché taïwanais de la robotique humanoïde pourrait passer de 41,8 millions de dollars en 2025 à 144,8 millions en 2030, soit une croissance de près de 30% par an sur cinq ans. Et selon ce même rapport, l’un des principaux moteurs de cette croissance pourrait être le logiciel.
Le logiciel, nouvelle frontière
Si les robots sont constitués d’une grande quantité de pièces mécaniques et électroniques, leur intelligence repose sur des logiciels d’intelligence artificielle avancés. De nombreuses entreprises taïwanaises ont ainsi commencé à développer leurs propres solutions pour les humanoïdes. Cette dynamique s'appuie largement sur l'écosystème de NVIDIA, dont le fondateur et PDG, Jensen Huang, est originaire de Taïwan. Le géant américain renforce d'ailleurs considérablement sa présence sur l'île, où il a récemment annoncé la construction d'un nouveau siège régional.
Au-delà des puces qui alimentent les modèles d'intelligence artificielle, NVIDIA fournit également les plateformes logicielles qui permettent de simuler, entraîner et tester les robots dans des environnements virtuels avant leur déploiement dans le monde réel. Foxconn s'appuie ainsi sur les technologies de NVIDIA pour développer des solutions d'intelligence artificielle destinées aux robots humanoïdes.
De son côté, Solomon Technology, spécialiste taïwanais de l'intelligence artificielle industrielle et des systèmes de vision 3D, a développé une plateforme permettant d'entraîner des robots humanoïdes à partir d'instructions en langage naturel, en s'appuyant elle aussi sur les plateformes de NVIDIA.
Des start-up spécialisées dans les logiciels alimentant les robots humanoïdes ont également fait leur apparition, comme NUWA Robotics, qui développe son propre "cerveau robotique", une architecture logicielle réunissant intelligence artificielle, perception par capteurs, prise de décision et contrôle des mouvements.
A Computex, ADLINK présentait pour sa part une plateforme robotique reposant sur la puce Jetson Thor de NVIDIA, capable de traiter en temps réel les données provenant de caméras, de lidars et d'autres capteurs. Ces systèmes permettent aux robots d'apprendre plus rapidement, notamment à partir de simulations ou de démonstrations vidéo. "Pendant longtemps, nous avons été avant tout des fabricants. Mais ces dernières années, nous avons évolué vers l'intelligence artificielle et la robotique", explique Eddie Liu, responsable produit de la division systèmes intelligents d'ADLINK. "Nous bénéficions d'un écosystème industriel extrêmement solide. Nos fournisseurs sont à proximité, ce qui facilite les collaborations et accélère le développement de nouvelles solutions. Et avec un partenaire comme NVIDIA, nous pouvons avancer beaucoup plus rapidement."
Certains acteurs locaux ont même franchi le pas en développant leurs propres robots humanoïdes de bout en bout. C’est le cas de Graphen. Bien que son siège soit installé à New York, la start-up est dirigée par le Taïwanais Ching-Yung Lin et s'appuie largement sur l'écosystème industriel local.
La start-up développe deux modèles d’humanoïdes : Aiter One, un robot humanoïde conçu pour interagir avec les humains dans les secteurs des services et de la santé, et Aiter Go, un robot bipède destiné aux applications logistiques et industrielles. "Nous développons la quasi-totalité de notre robot humanoïde à Taïwan, à l’exception de quelques composants que nous devons importer de Chine", explique son dirigeant, Ching-Yung Lin. "Taïwan dispose de toutes les technologies, et des entreprises comme NVIDIA ou AMD investissent massivement dans notre écosystème. Il y a donc toutes les raisons d’être enthousiastes pour l’avenir."