Éclipse solaire : le réseau électrique français peut-il encaisser le choc ?

Elax Energie

Mercredi 12 août, à partir de 19h15 environ, la Lune commencera à masquer progressivement le Soleil.

Au maximum de l’éclipse, entre 20h15 et 20h30 selon les régions, plus de 90 % du disque solaire sera occulté dans une grande partie de la France, et près de 100 % sur la côte basque.

Pour les amateurs d’astronomie, le spectacle sera exceptionnel. Pour le système électrique, ce sera surtout un cas d’école.

À cette heure de la journée, la production photovoltaïque sera déjà en baisse du fait de la faible hauteur du soleil. Elle chutera rapidement au fur et à mesure que l’éclipse progressera, avant de remonter quelques dizaines de minutes plus tard. Le tout au moment même où la consommation électrique des Français augmente traditionnellement en début de soirée.

Pour RTE, l’événement n’a rien d’une surprise. La trajectoire de la Lune est connue depuis des années et ses horaires peuvent être calculés à la seconde près. La baisse de production photovoltaïque peut donc être anticipée, modélisée et compensée à l’avance.

Mais l’intérêt de cette éclipse dépasse largement le seul phénomène astronomique. Elle donne à voir, en une soirée et à l’échelle d’un pays entier, un exercice auquel le système électrique est confronté en permanence : absorber une variation rapide de la production et maintenir à tout instant l’équilibre entre l’offre et la demande.

Un front nuageux qui traverse une région plus rapidement que prévu peut produire un effet comparable. Une unité de production qui s’arrête brutalement aussi. Une ligne électrique endommagée par un incendie en pleine canicule également.

Dans ces situations, la prévisibilité n’est jamais parfaite. Et il est impossible de tout contractualiser plusieurs mois à l’avance. Le réseau doit donc pouvoir compter sur des capacités de flexibilité déjà raccordées, disponibles immédiatement et capables de réagir en quelques secondes ou quelques minutes.

C’est là que la consommation électrique elle-même devient un levier.

Pendant longtemps, le système électrique a été pensé selon une logique simple : adapter la production à la consommation. Avec l’essor des énergies renouvelables, cette logique doit progressivement s’inverser. Lorsque le soleil produit beaucoup d’électricité, il faut pouvoir consommer davantage. Lorsque la production baisse brutalement ou que la demande augmente, certains usages doivent pouvoir être décalés.

La flexibilité n’implique pas nécessairement de changer les habitudes des Français. Une partie de cette capacité existe déjà dans les logements, dans les bâtiments et dans les équipements que nous utilisons quotidiennement.

Les chauffe-eaux électriques en sont un exemple particulièrement concret. Leur fonctionnement peut être décalé de quelques dizaines de minutes ou de quelques heures sans remettre en cause le confort de l’utilisateur. Pilotés intelligemment, des milliers d’équipements peuvent ainsi réduire ou déplacer temporairement leur consommation en fonction des besoins du réseau.

Pris individuellement, l’impact d’un chauffe-eau est modeste. Agrégés à l’échelle de milliers, voire aux 15 millions d’appareils en France, ces usages représentent au contraire une réserve de flexibilité considérable, mobilisable sans construire une nouvelle infrastructure lourde.

C’est précisément ce changement d’échelle qui doit désormais guider notre réflexion sur le système électrique. La transition énergétique ne consiste pas seulement à produire davantage d’électricité décarbonée. Elle consiste aussi à rendre notre consommation capable de s’adapter à cette production.

L’éclipse du 12 août sera exceptionnelle. Elle concentrera en quelques dizaines de minutes une variation de production photovoltaïque que le réseau aura eu tout le temps d’anticiper. Mais des variations de ce type, moins spectaculaires et plus difficiles à prévoir, se produisent déjà quotidiennement.

La prochaine éclipse totale visible depuis la France métropolitaine n’aura lieu qu’en 2081. D’ici là, le réseau électrique français n’aura pas attendu 55 ans pour avoir besoin de flexibilité. Il en aura besoin presque tous les jours.

L’enjeu est donc moins de savoir si le réseau saura encaisser l’éclipse que de faire en sorte qu’il puisse encaisser, demain, toutes les variations d’un système électrique de plus en plus renouvelable et électrifié.

Et pour ceux qui observeront l’éclipse le 12 août : au moment du maximum, laisser la plancha débranchée quelques minutes ne changera évidemment pas l’équilibre du système électrique. Mais ce sera peut-être une bonne occasion de se rappeler qu’à l’avenir, notre capacité à consommer au bon moment sera presque aussi importante que notre capacité à produire.