Il n'y a pas une mais trois lunes autour de la Terre, et personne ne le sait

Charles Desthieux
Charles Desthieux

Il n'y a pas une mais trois lunes autour de la Terre, et personne ne le sait En 2018, des astronomes ont confirmé qu'en plus de la Lune, deux objets célestes orbitent autour de la Terre.

Il y a des mystères qui fascinent : y a-t-il de la vie ailleurs dans l'Univers ? Que se passe-t-il dans un trou noir ? Et la Lune est-elle le seul objet céleste en orbite autour de notre Terre ? 

Depuis 2018, ce dernier mystère n'en est plus un. Une étude hongroise est venue confirmer ce qui était un sujet de controverse pendant près de soixante ans : la présence de deux formations orbitant autour de la Terre.

Pourquoi a-t-il fallu autant de temps pour confirmer leur existence ? Qu'est-ce qui a rendu l'observation si difficile ? C'est justement le cœur du travail de recherche hongrois et la source de la controverse. Parce que ces "lunes", comme le dit la presse scientifique, ne sont pas des lunes comme les autres. Elles ne sont pas aussi lourdes, n'influencent pas nos marées et surtout, jamais l'homme ne pourra poser les pieds dessus.

Contrairement à notre Lune solide, ces formations appelées nuages de Kordylewski sont une concentration importante de particules de poussière cosmique. Les nuages possèdent "une forme qui change, pulse et tourbillonne continuellement. Par conséquent, la structure et la densité des particules des nuages ne sont pas constantes", détaillent les chercheurs.

L'étude, publiée en deux volets dans le bulletin mensuel de la Royal Astronomical Society, va plus loin : la taille des particules qui composent ces nuages serait d'une diversité impressionnante. Les chercheurs estiment que les nuages piègent de très fins grains de poussière cosmique mesurant quelques fractions de micromètre jusqu'à des rochers plus massifs pouvant peser mille tonnes au maximum.

Trouver les deux nuages dans le ciel n'est pas une mince affaire. Les particules sont piégées à environ 400 000 kilomètres de notre planète, équivalant à la distance Terre - Lune. Précisément, ils siègent dans deux zones où les forces gravitationnelles de la Terre et de la Lune s'équilibrent. Là où les forces s'équilibrent, une stabilité gravitationnelle naît et permet à ces nuages de stationner dans l'espace. Une stabilité particulièrement utile pour y garer des vaisseaux spatiaux.

En plus d'accueillir ces nuages, "ces points sont intéressants pour le stationnement de vaisseaux spatiaux, de satellites ou de télescopes spatiaux avec une consommation minimale de carburant. Ils peuvent aussi servir de stations de transfert pour des missions vers Mars ou d'autres planètes", imaginent les chercheurs hongrois.

En théorie, un scénario qui n'a rien de la science-fiction, confirme le chercheur en physique théorique, Victor Franken. Placer des engins spatiaux sur des points de stabilité est "totalement réaliste", selon lui, et déjà mis en place à certains points autour de la Terre.

Pour autant, au moment de la publication de l'étude et d'après nos recherches, les points de stabilité où siègent les nuages de Kordylewski n'ont pas encore accueilli de satellites en stationnement. Peut-être parce que ces points de stabilité sont régulièrement perturbés par le Soleil.

En effet, les nuages peuvent être stables pendant 30 à 50 ans, mais finissent par être balayés par "les fortes perturbations gravitationnelles du Soleil, du vent solaire et des autres planètes". Il faut donc du temps ensuite pour que les nuages se reconstruisent avant d'être à nouveau balayés. En ajoutant ce phénomène à la faible luminosité des nuages, cela expliquerait la difficulté de la communauté scientifique à observer avec précision ces nuages pendant près de soixante ans.

Un phénomène qui "complique également le placement d'une station spatiale", ajoute Victor Franken : "Il faudrait alors que l'engin puisse corriger sa position en direct pour éviter d'être dévié de leur position."

Reste qu'observer ces "lunes" est impossible pour le commun des mortels. Il aura fallu des mois aux chercheurs hongrois et un télescope avec un filtre fait maison pour détecter un des nuages. "Après plusieurs mois de persévérance (car il est difficile de trouver des nuits sans Lune et sans nuages en Hongrie), nous avons réussi à observer un nuage pendant deux nuits consécutives", savourent les chercheurs.