Rappelez-vous de ce coup de force. En 1998, l'industrie du tabac acceptait de débourser 246 milliards de dollars. A la table des négociations, un certain Mike Moore, alors procureur général du Mississippi, épaulé par les avocats Joe Rice et Steve Berman. Aujourd'hui retiré de la fonction publique, l'homme n'a pas pour autant rangé les gants. Sa nouvelle cible ? Les réseaux sociaux.
A travers l'Attention Initiative, une organisation à but non lucratif fraîchement créée dans le Colorado et qu'il codirige, Mike Moore veut reproduire son coup de maître. L'idée est de bâtir un accord global avec le secteur de la tech, en collaboration avec plusieurs procureurs généraux américains. Son but est de débloquer un financement massif et pérenne pour prévenir l'addiction des jeunes et réparer les dégâts causés par les plateformes. Une démarche qui s'inspire directement de la Truth Initiative, née de l'accord sur le tabac et que Mike Moore préside également.
Et la machine est déjà lancée. Le 30 août 2026, Meta a lâché prise face à une coalition d'Etats américains. L'addition était salée : environ 17 milliards de dollars. La justice reprochait à la maison mère de Facebook et Instagram d'avoir sciemment conçu des fonctionnalités pour rendre les enfants accros, tout en mentant sur les conséquences pour leur santé mentale et en bafouant les règles de protection des consommateurs et de la vie privée.
Mais l'argent ne fait pas tout. Meta va devoir revoir sa copie en profondeur. Si vous avez des adolescents, attendez-vous à voir apparaître des limites d'utilisation quotidiennes et des blocages nocturnes sur leurs applications. L'entreprise s'engage aussi à muscler la vérification de l'âge pour bloquer l'accès aux plus jeunes, tout en offrant de nouveaux outils de contrôle aux parents et aux représentants légaux. Pour s'assurer que ces promesses ne restent pas lettre morte, un contrôleur indépendant surveillera Meta de près pendant cinq ans et publiera ses rapports.
Mais Meta a glissé une condition : une partie de son chèque ne sera signée que si YouTube et TikTok adoptent des mesures similaires. La pression s'étend donc à toute la Silicon Valley, d'autant que le front judiciaire est loin d'être apaisé. A l'heure actuelle, quelque 1 200 districts scolaires américains poursuivent toujours Meta et d'autres géants pour avoir délibérément rendu leurs outils addictifs. De son côté, l'entreprise reste muette sur l'éventualité d'un règlement plus global.
Jonathan Caulkins, professeur de politique publique au Heinz College de la Carnegie Mellon University, invite cependant à la prudence. Selon lui, un accord unique, aussi colossal soit-il, ne suffira pas à régler une crise sanitaire liée à des technologies dont les usages évoluent à une vitesse folle.