Deux collègues, même poste, même niveau, même ordinateur posé sur la table de la cuisine trois jours par semaine. L'un a toutes les chances de monter en grade. L'autre, nettement moins. Alors comment l'expliquer ? Le talent ? La charge de travail ? Rien de tout ça, la justification est simple : le genre du salarié. 

C'est ce que montre l'étude Women in the Workplace menée par les cabinets McKinsey et LeanIn.Org auprès d'une centaine d'entreprises américaines et canadiennes. En tout, plus de 9 500 salariés ont été sondés dans des entreprises de différentes tailles afin d'avoir l'échantillon le plus représentatif possible. L'étude pointe du doigt que 43% des femmes en début de carrière font 3 jours de télétravail ou plus par semaine, contre seulement 27% chez les hommes. Elles sont donc plus nombreuses à s'éloigner du bureau. Et à en payer le prix. 

Si on examine désormais les promotions, on remarque une nette différence entre les salariés adeptes du présentiel et les télétravailleurs. Chez les femmes, 25% des télétravailleuses ont été promues contre 33% de celles qui travaillent sur site. On se dit alors que la différence doit être la même chez les hommes. Mais pas du tout. Chez les hommes, 44% des télétravailleurs ont été promus. Pour ceux qui restent au bureau, c'est 43%. Presque aucune différence. En clair, les hommes qui font du télétravail ne sont pas discriminés, contrairement aux femmes.

Reste à comprendre pourquoi. Deux pistes ressortent. La première : le "sponsoring", un coup de pouce discret. Un responsable haut placé, qui n'est pas votre chef direct, soutient votre candidature quand on discute des promotions, souvent sans que vous soyez dans la pièce. Avec lui, 65% des salariés ont été promus en deux ans, contre 35% sans. Or ce soutien s'évapore à distance, mais seulement pour les femmes : 37% des télétravailleuses en ont un, contre 53% de celles qui vont au bureau. Chez les hommes, le lieu ne change rien : 54% dans les deux cas.

La seconde : le "stigmate de la flexibilité", un préjugé selon lequel travailler hors du bureau signifierait moins s'investir. Quand une femme travaille de chez elle, on doute de son implication. Quand c'est un homme, personne n'y pense. Si les femmes ne sont plus cantonnées à la cuisine, elles ne sont pas encore sorties de l'auberge.