"J'ai passé les recrutements des services secrets, voici ce qu'on m'a demandé"
Paris, mars 2021. Thomas Verduzier, 27 ans, répond à un appel qui va changer sa vie au cours des prochains mois. A l'autre bout du fil, Marc, un agent de la Direction générale de la Sécurité extérieure (DGSE). Mais ça, Thomas ne le sait pas encore. "La surprise : c'est ce que j'ai ressenti lors de cet appel", confie l'auteur du livre "Comment j'ai failli devenir espion", aux éditions Anne Carrière.
Au JDN, il raconte qu'à l'époque, il vient d'être diplômé de Sciences Po et est collaborateur parlementaire au Sénat. Après ce premier coup de fil, vient un entretien en face à face. Ce rendez-vous va propulser Thomas au cœur du service de renseignements français.
La rencontre avec Marc est cash, directe : la DGSE veut faire de Thomas un clandestin, un espion opérant parfois sous fausse identité. On lui parle du service des renseignements et même du Bureau des légendes, série télévisée à succès. "Le fait que la série existe permet aux recruteurs et recrutés d'avoir au moins ce dénominateur commun, la série étant relativement fidèle", ajoute Thomas.

Cette rencontre est loin de l'entretien d'embauche habituel. "Ici, il ne s'agit pas de se vendre, mais de se mettre à nu, de poser un visage sur la personne que la DGSE souhaite recruter. Je suis dans une sincérité totale." Thomas raconte son parcours, ses aspirations, ses qualités, ses faiblesses, sa perception du monde et sa place dans celui-ci.
Pendant deux heures, les questions s'enchaînent. Tantôt, il doit répondre du tac au tac : "On teste la capacité de réaction du candidat", tantôt on lui laisse du temps, comme lorsqu'on lui demande de donner trois affirmations, deux vraies et une fausse.
On laisse alors le choix à Thomas d'entamer un processus de recrutement lourd d'une longueur indéterminée. Après avoir longuement hésité, il s'élance. Les mois qui suivent sont rythmés par des tests et des entretiens psychologiques. On cherche à cerner sa personnalité, abordant son enfance, sa sexualité, son rapport à l'autorité, à la transgression, son rapport à la mort. Il passe également des tests psychotechniques, où le candidat doit répondre rapidement à des centaines de questions.
Au terme de ces mois d'entretien, vient l'événement qui l'a le plus marqué : la semaine de mise en situation. "Du jour au lendemain, on s'immerge dans un autre monde." Tout au long d'une semaine, il est mis dans des situations très différentes. "On change d'identité, on nous surveille et on doit accomplir tout un tas de missions plus ou moins faciles."
Par exemple, lors d'un des exercices, Thomas s'installe dans un bar et doit trouver le plus d'informations sur une personne. Dans une situation, il doit créer une diversion dans un lieu public et attirer l'attention sur lui. Par exemple, lors d'une mission, il a prétexté un concours d'éloquence et a déclamé la tirade des " Non, merci ! " de Cyrano de Bergerac devant un bar. Pour une autre mission, il doit résister à un interrogatoire très difficile moralement et physiquement.
Mais après avoir passé cette semaine et divers entretiens encore après, Thomas décide d'abandonner le parcours de recrutement. Un choix motivé par sa rencontre avec Marie, avec qui il se met en couple, il souhaitait avoir "une vie amoureuse, familiale, amicale et équilibrée". Il souhaitait aussi garder une certaine liberté dans ses choix, le métier d'espion s'exerçant "sans cas de conscience", comme il le détaille dans son livre.