Filmé pendant son entretien d'embauche, il réclame la vidéo puis dépose une plainte contre l'entreprise
Dans une décision rendue le 24 février 2026, l'équivalent belge de la Cnil s'est exprimé sur un litige opposant un candidat à une entreprise.
"On peut filmer l'entretien, ça ne vous dérange pas ?" C'est à cette question inhabituelle qu'un candidat a dû répondre lors d'un entretien d'embauche en Belgique. Nous sommes alors le 9 juillet 2025 et l'homme est alors à la seconde étape du processus de recrutement. Lors des 20 dernières minutes de l'entretien, le recruteur de l'entreprise demande au candidat s'il est possible d'enregistrer à partir de maintenant.
Cette requête est motivée par l'absence d'un collègue apparemment important pour le recrutement. L'objectif est qu'il puisse regarder cette partie de l'entretien pour donner son avis. Le postulant donne son accord et l'entretien se poursuit sans encombre. Deux jours plus tard, le 11 juillet 2025, le candidat apprend qu'il n'est pas retenu pour le poste. "Il a immédiatement demandé à consulter l'enregistrement de son entretien", raconte Jonathan Hervé, avocat parisien spécialisé en protection des données.
La réponse se fait attendre pour le candidat malheureux. Les jours défilent et aucun retour de son ex-futur employeur. Une semaine s'étant écoulée, il relance les recruteurs dans la journée du 18 juillet 2025 pour enfin obtenir la vidéo de son entretien. Là encore, aucune réponse mais l'entreprise supprime la vidéo, apprendra-t-on plus tard. Le postulant décide donc d'envoyer un nouveau message de rappel. Le 4 août 2025, le recruteur confie au candidat que la vidéo a été supprimée, et que par conséquent il est impossible de lui transmettre.

Le plaignant saisit alors l'Autorité de protection des données (APD), équivalent belge de la Cnil, le 1er septembre 2025. "Cette autorité rend des décisions sur le fondement du RGPD qui est également en vigueur en France. Cela ne veut pas dire que dans un cas similaire la Cnil dirait exactement la même chose mais ça permet de voir comment le RGPD peut être appliqué", précise Jonathan Hervé. Après des mois de délibération, la décision est rendue le 24 février 2026.
L'entreprise écope d'un avertissement sans sanction financière. C'est en quelque sorte un rappel à la loi. "Dans les faits, la vidéo aurait pu être supprimée dès le 11 juillet à la fin du processus de recrutement. La société n'avait aucune raison de conserver l'enregistrement après cette date et il a pourtant été supprimé le 18 juillet après 2 demandes. L'entreprise aurait dû transmettre les enregistrements au plus vite, et au pire dans un délai d'un mois", décrit Jonathan Hervé sur la nature de la faute.
L'erreur majeure de l'entreprise n'est donc pas d'avoir effacé la vidéo mais bien la date à laquelle elle a été supprimée. "Le problème est de ne pas avoir donné accès à la vidéo après la demande alors qu'elle était encore en leur possession et qu'ils n'en avaient plus l'utilité comme le recrutement était terminé", pointe l'avocat. La suppression des données après une demande d'accès est un manquement au RGPD. A défaut d'avoir obtenu le poste, le candidat a gagné en justice.