Et si le travail méritait mieux que le conflit ?

Eurécia

L'enjeu aujourd'hui n'est plus de savoir qui domine entre salariés et entreprises, mais de construire une relation plus mature et équilibrée.

Influence ou pas des philosophes économistes, la relation entre le salarié et l’entreprise a longtemps été analysée en termes de rapport de force. Plus rarement comme un moyen de construction et d’accomplissement de soi et d’intégration dans la société et le collectif. Du coup, les observateurs ont souvent noté les moments où ce rapport de force opérait à l’avantage de l’entreprise et ceux où c’est le salarié qui reprenait la main. Sans imaginer que l’idéal était de tendre vers un équilibre.

La période de la sortie de la crise sanitaire, le post-Covid, a été en la matière particulièrement caricaturale. Le marché de l’emploi était dynamique. Le rapport de force penchait clairement en faveur des salariés. Les entreprises multipliaient les initiatives autour de la qualité de vie au travail, du bien-être ou du télétravail à outrance, initialement imposé par le confinement sanitaire.

La carte de l’émotion

Face au risque réel ou supposé de dépression des salariés et de fuite des talents - la « Grande Démission » -, les entreprises, un peu paniquées, ont joué à fond la carte de l’émotion. L’émotion a pris la forme de promesses que la fonction RH s’est parfois empressée de déployer, et à coups de surenchères, les paillettes ont pris la place du réel. Bienvenue dans le monde des bisounours au travail.

Mais au bout de quelques années, le contexte s’est durci : pression sur la performance, obligation pour les collaborateurs de démontrer leur valeur ajoutée, arrivée massive de l’IA qui rebat les cartes des compétences et des métiers, tensions géopolitiques, ralentissement économique, accélérations des dérèglements climatiques, incertitudes de tous ordres… Bref, la vraie vie.

La fin des illusions et le début d’une certaine désillusion, sinon d’un retour à la réalité : le monde économique est redevenu plus exigeant, plus incertain, plus compétitif. Avec un rapport de force qui semble revenir vers les employeurs comme on a pu le voir avec des décisions unilatérales et parfois brutales de réduction drastique sinon de disparition du nombre de jours autorisés en télétravail dans certaines grandes entreprises.

Ce yoyo salariés-entreprises pourrait continuer encore longtemps, avec son cortège de frustrations. Mais il commence à lasser tout le monde. Les uns comme les autres veulent apprendre, innover, échanger, le tout dans une bonne ambiance : faire travailler à la fois leurs cellules grises et leurs zygomatiques, réfléchir et sourire.

Sortir de l’impasse

Si l’on veut sortir de cette éternelle vision du rapport de force, la question n’est plus de savoir qui a le pouvoir entre entreprises et salariés mais comment avancer ensemble dans cet environnement instable et incertain. Sortir de cette confrontation permanente et retrouver un équilibre devient indispensable, car penser en termes de domination, d’un côté ou de l’autre, constitue une impasse. Et l’entreprise comme les salariés risquent d’en sortir perdants.

Comment y parvenir ? En reconstruisant ensemble un cadre relationnel clair et lucide. Cela implique : un parler simple et vrai, un constat partagé (!) concernant la réalité du contexte économique et de la transformation des métiers avec l’IA, une responsabilisation individuelle et collective, et recentrer l’entreprise sur sa double mission : rester une aventure humaine et un acteur économique performant.

Les atouts des PME

Et ce sont les PME, les petites et moyennes entreprises qui sont les mieux armées pour ouvrir la voie de ce nouvel équilibre des relations au travail. Elles ont moins d’inertie, plus d’agilité, plus de capacité à pouvoir changer de cap, davantage de proximité, avec une relation plus directe entre dirigeants et collaborateurs, des décisions plus incarnées, des enjeux économiques qui sont plus visibles, avec une compréhension partagée.

Ces atouts peuvent permettre de dépasser les conflits pour entrer dans une logique de co-responsabilité. Et de commencer à instaurer un standard qui pourrait finir par inspirer les grands groupes, parfois perdus face aux aspirations des nouvelles générations. Un cadre de travail plus réaliste et le plus équilibré possible dans un environnement toujours plus incertain, complexe et exigeant.