Prévenir les TMS et améliorer les conditions de travail grâce à la réalité virtuelle

Première cause des maladies professionnelles, les troubles musculo-squelettiques (TMS) touchent tous les secteurs d'activité ou presque. A l’aide de la réalité virtuelle, il est aujourd’hui possible d’évaluer et limiter les risques de TMS associés à l'environnement de travail.

Des causes multiples sur fond de crise économique

Conséquences d’une combinaison de causes liées aux spécificités d’un métier et au poste de travail (répétitivité des gestes, efforts excessifs, travail en position maintenue ou avec un outil), à l'organisation même du travail (cadences élevées, gestion des flux), les TMS se nourrissent aussi de facteurs psychosociaux générateurs de stress. Les zones corporelles les plus touchées sont les épaules, les coudes, les poignets, le cou et le dos.

Un enjeu de société et une priorité pour les entreprises

Invalidantes, les TMS brisent des trajectoires professionnelles, fragilisent les salariés et coûtent de plus en plus cher aux entreprises : près d’1 milliard d'euros/an, une somme intégralement couverte par les cotisations patronales, les salariés ne cotisant pas pour les maladies professionnelles. En chiffres, ces arrêts de travail représentent aussi 10 millions de journées de travail perdues, soit 45.000 équivalents temps plein... 

Mais dans la réalité l’addition est beaucoup plus salée si on ajoute les coûts "cachés" : désorganisation des équipes, diminution de la productivité, baisse de qualité, absentéisme, turn over, perte de compétences, risques psychosociaux, contentieux… 

Certaines catégories socioprofessionnelles sont plus touchées que d’autres. Il y a bien sûr ceux qui effectuent des tâches pénibles dans l’industrie, le BTP, l’agriculture, mais aussi les employés peu qualifiés du commerce et des services à la personne (nettoyage, jardinage…). A noter également que certains facteurs de risque sont concernés par les obligations réglementaires touchant à la pénibilité du travail.

Dans ces conditions les employeurs ont tout intérêt à prévenir plutôt que guérir et la plupart en ont bien conscience, mais comment ?

Des initiatives louables qui ne parviennent pas à enrayer « l’épidémie »

A l’instar de l’Assurance Maladie avec son programme de prévention TMS pros dédié aux entreprises de moins de 50 salariés, les mutuelles des différentes branches professionnelles lancent des plans de soutien aux entreprises et ces dernières engagent différentes actions de prévention sans parvenir à enrayer ce qui s’apparente à une véritable épidémie. S’il semble indispensable de repenser le travail, l’organisation de la production ainsi que les méthodes de management dans de nombreuses organisations, un travail pragmatique peut aussi être engagé sur l’ergonomie des postes de travail, les environnements associés ; les gestes et les postures afin d’agir efficacement sur les causes biomécaniques d’apparitions de ces troubles.

Réduire les causes biomécaniques des TMS avec la réalité virtuelle

En faisant collaborer des spécialistes (ergonomes, médecins du travail, kinés…) et leurs propres ressources internes (managers, formateurs, responsables QHSE et SST…) il est possible de réduire les risques de TMS dans différents secteurs (automobile, agroalimentaire …). 

L’idée première est de faire travailler les collaborateurs sur les bonnes postures, les gestes professionnels adéquats à l’aide d’un avatar qui prévient quand le geste "sort des clous". La réalité virtuelle est un outil pédagogique puissant pour faire ressentir et re-tester les bons gestes dans les situations à risque, favoriser la compréhension des bonnes postures, bref travailler sur l’ancrage des apprentissages. En termes d’efficacité pédagogique, la dimension expérientielle et l’interaction apportées par l’immersion dans un environnement virtuel se révèlent en effet déterminantes que ce soit pour la correction de postures et gestes de salariés expérimentés comme pour la formation de nouveaux entrants. Les ergonomes peuvent regarder et mesurer des scores posturaux, améliorer les recommandations et procédures pour tous, chaque session étant enregistrée, chaque geste décortiqué…

Prendre en compte le facteur humain dès la conception des environnements de travail

En amont même, des environnements et des outils de travail sont conçus de façon virtuelle en fonction précisément de tests avec les techniciens qui auront à les utiliser. Les avantages sont immenses, la maquette numérique est modifiable à merci et peut être aménagée à l’infini. Une cabine de pilotage par exemple peut être modifié 10 fois, 100 fois, 1000 fois si nécessaire pour un coût dérisoire en comparaison de maquettes grandeurs réelles. L’intérêt de la réalité virtuelle est bien de mesurer avant même d’avoir fabriqué le poste et surtout dans des temps beaucoup plus courts. L’humain est pris en compte très tôt dans le processus de construction et l’environnement de travail est pensé de façon « native » pour ne pas générer de risques de TMS…

Utiliser le virtuel pour améliorer le réel 

Autre valeur ajoutée : il  n’est pas nécessaire de disposer de compétences techniques pour comprendre un tel projet, toutes les parties prenantes concernées sont face à une réalité artificielle que tout le monde est en mesure de comprendre. La réalité virtuelle se révèle un très bon outil pour travailler à plusieurs sur un projet, pour créer un dialogue, notamment entre différents services d’une même entreprise, et pour impliquer les futurs utilisateurs dans le processus de décision.  

En amont par la conception concertée et naturelle des environnements de travail ou en aval via des tests "grandeur nature", la réalité virtuelle et les technologies immersives apportent de nouvelles solutions pour lutter contre les TMS et créer un bénéfice social. 

C’est pour ces raisons que de grandes entreprises s’intéressent depuis une dizaine d’années à la réalité virtuelle dans le cadre de la prévention des risques de TMS. Mais la démocratisation récente du matériel (un grand merci à l’industrie du jeu vidéo) doit permettre aux ETI et même aux PME d’accéder à ces technologies, non seulement pour améliorer les conditions de travail mais aussi pour économiser des coûts monstrueux tout en favorisant le dialogue interentreprises dans l’intérêt de tous.  

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