Données personnelles : il est temps de mettre en place une agence de notation

Face à la méfiance croissante à l'égard des plateformes digitales le gouvernement doit prendre des mesures afin de rehausser la qualité de l'information des consommateurs.

Vous ne savez pas combien de sel vous devriez manger au déjeuner ? Moi non plus, mais heureusement, l'introduction de normes d’étiquetages alimentaires fait que bon nombre de consommateurs peuvent facilement juger de la teneur en sel d'un aliment sans avoir besoin d'un diplôme en chimie. L'étiquetage des aliments n'est pas à l'abri des critiques, mais aujourd'hui les faits donnent à penser que l'indication du nombre de calories et les codes couleurs symbolisant la concentration en graisses, en sucres et en glucides d'un produit ont eu un effet positif à la fois sur les choix des consommateurs et sur leur confiance envers les produits alimentaires. Sans ces éléments d'information, nous ne serions pas nombreux à avoir une idée de ce que nous introduisons dans notre corps.

Un étiquetage simple est important pour l'industrie alimentaire car la façon dont nos aliments sont cultivés et fabriqués est devenue beaucoup plus complexe tout au long du siècle dernier, soulevant naturellement de nombreux problèmes de confiance pour les consommateurs, problèmes que ces étiquettes ont permis de résoudre.

Les utilisateurs des plateformes digitales grand public sont aujourd'hui confrontés à un problème similaire. Des services autrefois simples sont devenus exponentiellement plus complexes. Bénéficiant d’une explosion de temps passé en ligne, d’une demande plus importante pour une publicité plus performante et de puissants nouveaux logiciels tels que les réseaux neuronaux, les grandes plateformes technologiques ont radicalement transformé leur secteur d’activités. 

S'il n'y a rien de mal à de telles innovations, elles ont bouleversé des secteurs autrefois relativement faciles à comprendre tels que la publicité, et certaines technologies assez simples, comme votre téléphone, votre appareil photo ou encore votre Gameboy, en dispositifs incroyablement compliqués. 

Pour certains, la réaction immédiate à une telle complexité, en particulier lorsqu'apparaissent des cas d'abus tels que les apparentes transgressions de Cambridge Analytica et d'autres, serait de prendre le contrôle de ces systèmes. C'est devenu presque un cliché d'affirmer que « les données sont le nouveau pétrole », mais l'analogie est utile si vous pensez qu'il faut nationaliser ces deux actifs.

De récentes études suggèrent qu'en réalité les gens ne voient pas d'inconvénient à partager certaines données, comme l’indique la performance relativement faible du mouvement #DeleteFacebook. Ce qui préoccupe les gens n'est pas le compromis potentiel entre des services gratuits et de la publicité, mais plutôt un manque de clarté sur les données qu'ils échangent réellement.

Et les utilisateurs peuvent difficilement être considérés comme fautifs. Le contrat d'utilisation de Twitter contient environ 11 000 mots (soit près de 400 de vos tweets ancien format), auxquels viennent s'ajouter plus de 40 mises à jour d'iOS, chacune assortie de Conditions Générales comportant des dizaines de milliers de mots. Lorsque j'ai téléchargé toutes les données que Google détenait me concernant, cela représentait plus de 5Go, soit 2,5 millions documents Word. Les Conditions Générales sont devenues si longues qu'ils ont même développé un bot automatisé pour vous aider à les comprendre.

Une telle opacité et une telle complexité engendrent naturellement la méfiance, et les plateformes technologiques ont décidé d’agir. Certaines grandes entreprises technologiques se sont efforcées de simplifier le langage qu'elles utilisent. Apple a fait un énorme travail en obligeant les applications à vous prévenir clairement si elles ont accès à votre micro ou à votre appareil photo. De leurs côtés, Google et Facebook proposent désormais plusieurs façons de voir quelles données ils stockent sur vous. Cependant, la relation entre l'utilisateur et ces grandes plateformes est en train de devenir trop importante pour permettre à chacune de faire comme elle l'entend.

Le gouvernement et les autorités de réglementation pourraient ainsi travailler avec ces plateformes pour développer un système de mesure indiquant ce qu’ils collectent et partagent en termes de données personnelles quand vous les utilisez. Par exemple, un service A+ pourrait n’utiliser aucune donnée identifiable, tandis qu’un service C- pourrait obtenir votre localisation et l'historique de vos recherches, mais en retour vous communiquer d'excellentes recommandations de restaurants lorsque vous vous trouvez dans une ville inconnue.

Un système de notation simple ouvrirait aussi une plus grande concurrence pour les services. Bien sûr, vous pouvez supprimer Google Maps pour des raisons de confidentialité, mais comment savoir si les autres services sont meilleurs ? Sans un langage standard, il est difficile de faire des comparaisons. Mais en appliquant un système de notation commun, les utilisateurs seraient en mesure de faire des compromis conscients entre les services qu'ils souhaitent et les données qu'ils sont prêts à partager. Le développement de l'offre d'aliments sains dans les supermarchés, comme les repas sans gluten ou à faible teneur en calories, a certainement été facilité par l'unification des libellés figurant sur les produits. Si un nombre suffisant d'utilisateurs décident qu'ils sont prêts à utiliser uniquement des services à faible usage des données – de catégorie 'B' ou plus – alors de nouvelles entreprises parviendront à s'implanter sur ce marché. 

L'idée d'un service de notation peut sembler simpliste, mais qu'il s'agisse d'ingrédients alimentaires, d'efficacité énergétique ou de sécurité automobile, ce type de service a permis d'autonomiser les consommateurs en leur donnant un choix clair parmi des produits complexes et en relevant leur niveau de confiance. Alors que notre activité en ligne occupe une part de plus en plus importante dans nos vies il devient urgent de rétablir la confiance des consommateurs dans les services technologiques.

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