Pas de transformation digitale sans transformation culturelle

Trop souvent, la transformation digitale se focalise sur les seuls aspects technologiques, alors qu’elle est également de la culture d'entreprise.

Il est une vieille expression française pleine de bon sens et empreinte de pragmatisme, qui aujourd’hui encore fait écho à de nombreux projets : "Ne pas mettre la charrue avant les bœufs". Cet adage s’applique également à la transformation digitale, qui trop souvent se focalise sur les seuls aspects technologiques, alors qu’elle est également une transformation culturelle.

Certes, il n’y a pas de transformation digitale sans technologie. D’abord parce qu’il faut outiller la transformation. Cela passe par la donnée qu’il faut collecter, stocker, analyser et partager avant d’être exploitée par l’intelligence artificielle ou des robots. Mais également par l’implémentation de technologies empilées (la stack technique), généralement dans le cloud, qui communiquent via des API (interfaces de programmation) et des micro-services avec l’ensemble du système dans son intégralité : le client, le collaborateur, l'écosystème et la machine.

Dans ce cadre, la transformation digitale repose en partie sur la simplification des opérations et l’optimisation des méthodes de travail. Pour autant, c’est une erreur que de résumer la transformation digitale à la seule technologie et à l’usage de solutions logicielles. Dans un monde qui aujourd’hui est parfois défini comme VUCA (Volatile, uncertain, complex, ambiguous), la transformation implique la mise en place d’un environnement qui catalyse la créativité des métiers et le partage entre les équipes mais qui développe aussi la performance opérationnelle et économique de l’entreprise.

L’approche MVP

La transformation digitale passe par la création pour les équipes d’un espace de liberté et de créativité afin qu’elles puissent inventer de nouvelles solutions sans contraintes. L’expérience que nous menons chez Accenture vient rappeler le rôle des MVP (minimum viable product). Ces équipes sont composées d‘experts autant coté métier que technique partageant une culture et des fondamentaux communs. Ils interagissent dans le cadre SAFe (Scaled agile framework), qui permet aux entreprises d’évoluer vers une méthode de travail plus agile, au sein de petites équipes.

L’objectif est d’être dans une discipline d’exécution et un haut niveau de qualité sur des produits simples et peu techniques. Un MVP commence généralement par la donnée - où est-elle, comment l’organiser ? - avant de mettre en place des modèles nouveaux, rapides dans l'exécution (un MVP a une durée moyenne de 6 semaines), respectueux de la confidentialité et adaptés à des profils non-techniques. A l’issue de ce temps court, le MVP est présenté au business, qui décide de la mise à l’échelle du projet pour le transformer en véritable application mondiale. Ainsi la rapidité d’exécution et le changement de méthode des stacks créent une nouvelle culture dont le cœur reste une équipe classique DevSecOps. En sortant de 6 semaines en totale immersion dans une équipe et libéré de ses sujétions mentales, n’importe quel métier néophyte deviendra lui-même un acteur de la transformation.

Faire bouger les modèlesOn le voit, la transformation digitale n’est pas uniquement technologique mais elle doit aussi être agile, organisationnelle et bien évidemment humaine. Elle doit aussi être appréhendée dans sa globalité qui inclut l’entreprise, son écosystème et ses équipes. C’est d’ailleurs souvent cette dimension qui manque aux projets, qui ne misent que sur les outils numériques. L’entreprise change, poussée par son marché et la technologie. Pour adapter son modèle organisationnel et économique, elle doit prendre en compte les changements démographiques notamment avec la génération des millennials, bien plus mobile et volatile que les précédentes. Il est donc nécessaire de bâtir une organisation qui ne doit pas être seulement agile mais qui est un produit de changement.

Pour cela, il est essentiel de promouvoir et créer une culture de l’ouverture, une culture digitale et de l’innovation, dans un lieu inspirant que s’approprie l’équipe. Les équipes créent leur propre univers et leur décorum. Et si les process fondamentaux des projets sont communs, ils sont animés par des êtres humains dont le lâcher prise et la liberté d’innover sont essentiels.

Se réinventer

L’humain - dirigeants, collaborateurs, clients, fournisseurs, partenaires, politiques et même concurrents - est au cœur de cette vision. La mise en place d’une culture digitale et d’innovation les unit, leur permet d’adhérer à des objectifs communs et favorise l’innovation. Elle est d’autant plus importante dans une démarche de transformation digitale qu’en apportant agilité et autonomie, elle renforce l’engagement et l’adhésion et donc le sentiment d’appartenance, le sens du devoir et la capacité d’exécution qui sont des piliers de de la performance de l’entreprise.

On retrouve cet aspect culturel dans l’équation du succès de John Spence. Elle se manifeste chaque jour dans des start-up qui ne cherchent pas à se former au futur mais à s’y adapter. Mais attention, si le résultat est la première mesure, pas question de négliger la pertinence, la qualité et la vitesse. Le business case doit montrer la pérennité du modèle.

La culture numérique

La technologie est un moyen d’accompagner et d’outiller la transformation digitale en créant de nouvelles solutions, mais ce n’est pas une fin en soi. La culture numérique - avec ses marqueurs culturels forts comme la capacité de prise de décision, le rapport à l’échec, le focus sur l’apprentissage et l’expérimentation, ou encore l’approche centrée client - est le premier ingrédient du succès de la transformation numérique des entreprises. Celle-ci passe par la technologie, ainsi que par la réflexion sur le manager, afin qu’il se connaisse, qu’il accepte perdre du pouvoir et de gagner en puissance.

Pour autant, la culture ne se décrète pas, elle est le fruit de la vision impulsée dès le lancement des projets et de l’état d’esprit des personnes qui y participent. Le succès de la transformation digitale de l’entreprise est à ce prix. Mais rassurez-vous, il existe de nombreuses astuces et méthodes pour mettre en mouvement une culture dans une organisation, même pleine de geeks.

Pas de transformation digitale sans transformation culturelle
Pas de transformation digitale sans transformation culturelle

Il est une vieille expression française pleine de bon sens et empreinte de pragmatisme, qui aujourd’hui encore fait écho à de nombreux projets : "Ne pas mettre la charrue avant les bœufs". Cet adage s’applique également à la transformation...