La mortalité au travail reste un sujet brûlant. En 2024, l'Assurance maladie a recensé 764 décès parmi les accidents du travail du régime général ; au total, 1 297 décès ont été enregistrés tous sinistres AT/MP confondus. Cette haute moyenne pose question : les salariés sont-ils suffisamment protégés ? Les employeurs respectent-ils leur obligation de sécurité ? Quelles sont les causes de ces incidents ? Comment les éviter ? 

Pour répondre à ces questions, l'INRS, organisme de référence dans la santé au travail et les risques professionnels a publié une nouvelle étude. Selon les données officielles de l'Assurance maladie, les malaises constituent la première catégorie de décès par accident du travail ; un rapport sénatorial indique qu'ils sont majoritairement d'origine cardio-vasculaire. Près de 9 fois sur 10, les malaises mortels concernent des hommes dont l'âge médian est de 53 ans. Les femmes sont moins touchées que leurs homologues masculins. 

Certaines professions sont plus représentées que d'autres parmi les victimes. En tête, les conducteurs de poids lourds qui représentent 15% des victimes. Ils sont suivis par les cadres et directeurs qui comptent pour 8% des victimes. Enfin, les agents d'entretien et les métiers qualifiés du bâtiment incarnent 3% des défunts. 

Pour comprendre plus largement le phénomène, l'étude se base sur les récits des accidents cardiaques. En comparant les récits, on constate que plusieurs facteurs de risque professionnels se démarquent, comme les horaires décalés, l'activité physique ou encore le fait d'être exposé à des températures particulièrement chaudes ou froides. " Dans 83 % des cas, l'activité du travailleur est décrite comme habituelle et 73% des victimes étaient seules lorsque le malaise est arrivé, sans pour autant être des travailleurs isolés à proprement parler ", précise le Dr Anne Bourdieu à l'INRS, co-autrice de l'étude.

En plus de suivre davantage la santé des salariés pour prévenir les risques de faire un malaise, une autre piste peut permettre de faire baisser la mortalité : former les salariés aux gestes qui sauvent. Pour la Fédération française de cardiologie, le taux de survie d'une victime d'un malaise cardiaque n'est que de 7% lorsqu'aucun témoin formé aux gestes de premiers secours n'intervient. Un taux extrêmement bas.

Au contraire, le taux de survie monte à 35% lorsque des témoins formés exercent les premiers gestes de secours sur la victime. Concrètement, alerter rapidement le 15 ou le 112, procéder à un massage cardiaque immédiat et déployer un défibrillateur automatisé externe. En appliquant ces gestes précis, les chances de survie d'une victime sont multipliées par 7. La formation est donc une piste privilégiée pour diminuer la mortalité au travail, liée aux arrêts cardiaques.

En France, seule 40% de la population est formée à ces gestes selon les données de La Croix-Rouge française. Derrière ce chiffre se cache une autre réalité : beaucoup de Français formés ont tout de même un blocage psychologique face à la possibilité d'intervenir. Le ministère de la Santé vise le seuil des 80%. Un objectif ambitieux mais réaliste car plusieurs pays, notamment en Europe du Nord, atteignent 90% de population formée.