Vous rêvez de ne jamais vieillir ? Lui le fait. Le homard fait quelque chose que peu d'animaux font : il ne s'arrête jamais de grandir. Année après année, mue après mue, il continue de se transformer, là où la plupart des créatures atteignent un jour leur taille adulte et n'en bougent plus.  

Ce mystère a été percé en 1998 par une équipe allemande de l'université de Kiel, menée par le biologiste Guido Krupp. Leurs travaux, publiés dans la revue FEBS Letters, ont montré quelque chose de frappant : chez le homard, une enzyme appelée télomérase est active dans presque tous les organes. Or, c'est elle qui répare les extrémités des chromosomes, les télomères, qui chez nous s'effilochent un peu plus à chaque division cellulaire. Le vieillissement, tel qu'on le connaît, semble ainsi largement mis en pause.

Le homard secrète cette télomérase en continu, ce qui lui permet de renouveler ses cellules presque sans fin. Il ne " vieillit " donc pas vraiment. Il grossit, encore et encore, en changeant de carapace. La base scientifique AnAge évoque même, pour le homard américain, une possible "sénescence négligeable", un terme qui désigne un déclin lié à l'âge quasiment invisible.

Cela ne veut pas dire qu'un homard est immortel. Il meurt, mais rarement de vieillesse. Un prédateur, une maladie, un casier de pêcheur, ou une carapace trop abîmée pour être remplacée : voilà ce qui met fin à sa vie, bien avant que ses cellules ne montrent le moindre signe de fatigue. Québec Science va jusqu'à parler d'un animal "biologiquement immortel", tant sa protection génétique contre la dégradation liée à l'âge est efficace.

 

Sur le terrain, certains individus ont mis cette théorie à l'épreuve. En 2018, un pêcheur de Terre-Neuve a remonté un spécimen si imposant qu'un chercheur de l'Université Memorial lui a attribué entre 75 et 125 ans. Un an plus tôt, à New York, un homard baptisé Louie faisait la une : 22 livres, 132 ans selon ses propriétaires, et vingt ans passés dans l'aquarium d'un restaurant avant d'être relâché en mer. Un autre, George, aurait atteint 140 ans, un chiffre déduit de son poids, avant de retrouver lui aussi l'Atlantique, près du Maine.

Reste une limite à ces estimation  : personne ne peut réellement dater un homard avec certitude. À force de muer, il n'accumule aucune trace physique du temps qui passe. Les chiffres avancés restent donc des approximations, bâties sur la taille, le poids, et le ralentissement progressif du rythme des mues.