Quel est le plus difficile : inventer un procédé révolutionnaire pour transporter l'oxygène ou l'utiliser en France ? Si vous posez la question à Franck Zal, fondateur d'Hemarina, il hésiterait sans doute. A 59 ans, l'entrepreneur du Finistère a remporté le Prix de l'inventeur européen, décerné par l'Office européen des brevets, le 2 juillet 2026 à Berlin. Seul lauréat français de l'édition, il a été distingué dans la catégorie PME. La récompense d'un long travail pour ce natif de Paris et sa trentaine de salariés. 

Docteur en océanographie, il a bâti son invention sur l'arénicole, un ver de sable. Cet animal possède une molécule d'hémoglobine pouvant transporter jusqu'à 40 fois plus d'oxygène que l'hémoglobine humaine. Grâce à cette découverte, Hemarina est parvenu à développer un procédé capable d'accélérer la cicatrisation des plaies et de maintenir en vie des tissus privés d'oxygène. 

Ce soin a permis de développer deux produits : un additif au liquide de conservation des greffons (HEMO2life) et un pansement oxygénant pour les grands brûlés (HEMHealing). Plusieurs patients en ont bénéficié à l'étranger. Ce fut notamment le cas en Inde sur une double greffe d'avant-bras et plus récemment en Suisse en 2025 sur les grands brûlés de l'incendie de Crans-Montana.

Mais alors quel est le problème avec l'administration française ? Un désaccord entre la Haute Autorité de Santé et l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Pour la première, et pour Hemarina, il s'agit d'un dispositif médical. De son côté, l'ANSM affirme que c'est un médicament. Ce débat autour de la qualification devra être arbitré par l'Agence européenne des médicaments. 

L'enjeu n'est pas que sémantique : requalifié en médicament, le produit devrait repartir de zéro sur des essais cliniques complets, soit des dizaines de millions d'euros et plusieurs années. Pour une PME de trente salariés, c'est une condamnation. En l'absence de décision, le pansement ne peut être utilisé qu'au cas par cas, sous autorisation exceptionnelle. L'additif pour greffons, lui, est autorisé depuis 2022, mais il n'est toujours pas remboursé. C'est ainsi qu'à Nantes, en 2023, un patient brûlé sur 85% du corps a pu être traité par dérogation.

Le prix ne débloquera rien à lui seul, et Franck Zal ne s'y trompe pas, comme il le résume à ICI.FR : "Ce n'est pas ça qui va donner une autorisation d'aller sur le marché, mais ça permet de montrer aux autorités françaises qu'il y a des gens qui croient en nous en dehors de la France."

La sénatrice de la Mayenne Élisabeth Doineau a posé une question orale à la Ministre de la Santé le 21 mai 2026 au sujet du pansement HEMHealing. A ce jour, aucune réponse n'a été donnée.