Généralement, l'annonce d'un nouveau droit à l'absence est accueillie avec enthousiasme. Qu'il s'agisse de jours de repos supplémentaires, de congés parentaux ou de ponts printaniers, la perspective de s'éloigner du bureau fait plutôt rêver. Mais le dispositif qui commence son parcours législatif cet été touche à un sujet tout à fait différent. Ce congé d'un nouveau genre, qui pourrait entrer en vigueur prochainement, s'adresse en effet à des personnes confrontées à une situation d'une extrême gravité : les victimes de violences sexistes ou sexuelles.
Inscrite dans une vaste proposition de loi visant à apporter une "réponse intégrale" à ce fléau, enregistrée à l'Assemblée nationale le 11 août 2026, cette mesure veut aider les victimes. Aujourd'hui, mener de front des démarches judiciaires, médicales, psychologiques et administratives tout en maintenant son activité professionnelle relève du parcours du combattant. Porté par l'article 46 du texte, l'objectif est d'accorder du temps aux victimes pour se reconstruire et se défendre.
Pour les salariés du secteur privé, un nouveau droit ferait ainsi son entrée dans le Code du travail. Il prendrait la forme d'un congé spécial d'au moins dix jours et n'entraînerait aucune baisse de salaire ni de perte d'ancienneté. Côté justificatifs, le texte mise sur la souplesse pour ne pas bloquer les démarches : un récépissé de dépôt de plainte, une attestation médicale, une déclaration sur l'honneur ou un document d'une association agréée suffiront. Le projet de loi prévoit par défaut que ces dix jours soient fractionnables par demi-journée, moyennant un préavis de vingt-quatre heures. Il est toutefois possible que des négociations au sein de chaque entreprise définissent plus précisément ces règles.
La mesure ne s'arrête pas aux salariés des entreprises privées. Le projet de loi adapte également le Code général de la fonction publique et le Code de la défense. Agents publics et militaires s'estimant victimes d'agressions, de harcèlement ou d'agissements sexistes bénéficieraient eux aussi, d'une autorisation spéciale d'absence (ASA) de dix jours ouvrables maximum pour effectuer leurs démarches d'accompagnement, avec un maintien intégral de leurs droits.
Déposé au cœur de l'été, le texte entame tout juste un long processus. Il sera examiné en commission spéciale dès la rentrée de septembre, avant d'être débattu dans l'hémicycle d'ici la fin de l'année 2026. S'il est définitivement adopté, ce projet de loi offrira un bouclier temporel inédit aux victimes de violences sexistes et sexuelles. Il ne reste que deux choses à souhaiter d'abord que le projet de loi soit adapté, et ensuite de ne pas avoir besoin de l'utiliser.