Suivie par plus de douze millions d'internautes sur les réseaux sociaux, Boohoo a su se faire une place sur le marché de la mode en multipliant les collaborations avec des stars américaines comme Zendaya ou Paris Hilton. Mais la marque réputée pour ses prix cassés se retrouve aujourd'hui au cœur de la tempête.
Elle vient ainsi d'être doublement sanctionnée par la Direction de la consommation et la répression des fraudes (DGCCRF). D'abord d'une amende de 2,33 millions d'euros, pour pratiques commerciales trompeuses. Puis, dans un second temps, d'une amende de 220 000 euros, pour "une information défaillante sur la qualité environnementale de ses produits".
Lorsqu'un internaute se rend sur Boohoo.com, il trouve des robes, pantalons ou pulls vendus à bas prix. Normal, les promotions sont courantes. Sauf que ces promotions étaient truquées, une fraude que la DGCCRF a mise au jour.
Les agents du service national des enquêtes ont remarqué que la quasi-totalité des promotions étaient non conformes. "En ne tenant pas compte des promotions précédemment appliquées, voire en majorant certains prix avant de leur appliquer une réduction, Boohoo a trompé les consommateurs sur la réalité des réductions dont ils pouvaient bénéficier", résume la DGCCRF.
Dans le détail, 40% des annonces vérifiées n'offraient en réalité aucune baisse de prix, 7% une baisse moins importante qu'annoncée et près d'une sur deux était en réalité des augmentations de prix.
À ces tromperies s'ajoutaient des infractions sur l'étiquetage. La marque utilisait notamment les termes interdits "cuir", "similicuir" ou "daim" pour désigner des matières synthétiques, et n'indiquait pas les informations obligatoires sur la composition exacte des textiles et chaussures.
Mais quels sont les recours pour les clients floués ? "Du côté de la justice, les recours sont faibles", avoue d'entrée Grégory Rouland, avocat spécialiste du droit de la consommation. "Oui c'est illégal, oui c'est de la tricherie, mais porter l'affaire devant les tribunaux pour quelques euros ou même quelques centaines d'euros, ne vaut généralement pas le coup."
Pour Boohoo, ce revers est loin d'être une première. En 2020, au plus fort de la pandémie de Covid-19, des enquêtes, menées notamment par une ONG, le Sunday Times et la BBC, avaient braqué les projecteurs sur les ateliers de sous-traitants à Leicester, au Royaume-Uni. Les investigations révélaient des pratiques qualifiées "d'esclavagisme moderne". Des ouvriers payés sous le minimum légal, contraints de travailler sans protection ni distanciation sociale, y compris lorsqu'ils étaient déclarés positifs au virus.