Le juriste-codeur, entre droit et tech

Le juriste-codeur, entre droit et tech Ces nouveaux profils de juristes rompus au code ont émergé avec l'essor des legaltech. Découvrez leur quotidien et comment ils sont formés.

Ces juristes aiment le code et pas seulement le code du travail ou celui des sociétés. Les juristes-codeurs ont pour mission d'automatiser la rédaction des documents juridiques grâce à la programmation informatique. Le client répond à un questionnaire en ligne et il obtient directement un document (un contrat de travail, les statuts d'une société…) adapté à son cas.

 

Le juriste-codeur part donc d'une question de droit (la durée d'un contrat, un nombre d'associés…) pour la retranscrire dans des lignes de code. La première étape est la conception du questionnaire. "On construit un arbre de décision en faisant dépendre une question d'une réponse à une autre question", explique Arthur Bénard, juriste-codeur chez Captain Contrat. Par exemple, on demande si le contrat est à temps plein ou partiel puis, pour un temps partiel, combien d'heures sont prévues. Ensuite, le juriste-codeur doit "faire correspondre le document aux réponses du questionnaire". Dans cet exemple, le contrat sera rédigé comme à temps partiel avec X heures de travail. Pour coder, Arthur Bénard utilise Javascript. Il travaille avec le logiciel HotDocs.

Tanguy Robert est responsable de l'équipe de juristes-codeurs chez Legalstart.fr. Pour saisir ses lignes de code, il passe par Jinja2, un moteur de templates pour Python. "La syntaxe est relativement simple. Nous avons une stagiaire de l'Ecole du barreau de Paris, en trois semaines elle est devenue capable de coder un document", dit-il pour rassurer ceux rebutés par la technique.

Juriste ou développeur ?

Car le juriste-codeur est d'abord… un juriste. C'est un métier basé sur une "expertise juridique avec un complément technique" et non l'inverse, insiste Arthur Bénard, lui-même diplômé en droit des affaires. "La compétence juridique est essentielle. Elle permet de comprendre les enjeux et de poser les bonnes questions", complète Tanguy Robert, également juriste de formation. Dans son entreprise, le juriste-codeur reste distinct des développeurs de métier qui gardent la main sur les tâches complexes (déploiement, infrastructure…).

Pour devenir juriste-codeur, la filière juridique doit donc être privilégiée. "Ce qu'on va rechercher, ce sont des juristes à l'aise avec l'informatique, qui ont envie d'apprendre le code", relate Tanguy Robert. Et il n'est pas nécessaire de savoir déjà coder. Les juristes-codeurs de Legalstart.fr ont tous été formés à leur arrivée par leurs collègues développeurs. Le métier demande aussi des compétences humaines. Arthur Bénard liste "la motivation pour apprendre le code chaque jour", être "très rigoureux dans la saisie des lignes de code" et "être têtu, dans le bon sens du terme, car nous faisons beaucoup de tests".

Le juriste-codeur doit aussi s'ouvrir à un nouveau mode de pensée. Selon Arthur Bénard, "face à une difficulté, le juriste-codeur doit arrêter de penser de façon juridique pour penser technique et besoin client". Il décrit ainsi les différences entre les logiques juridique et technique : "L'environnement juridique est assez encadré, on demande aux étudiants des dissertations en deux parties, deux sous-parties. L'environnement technique est pragmatique, il y a un problème et on doit trouver une solution".

"Les cours d'informatique doivent être développés à l'université"

Ce challenge permanent fait partie des avantages du métier. "Tous les documents juridiques sont différents, on doit toujours résoudre des problèmes, il y a une stimulation", raconte Arthur Bénard. Tanguy Robert donne un autre atout : "Ce qui attire les juristes, c'est qu'on peut prendre de la hauteur par rapport à la pratique du droit et faire quelque chose d'utile".

L'aspect utilitaire est fondamental dans la profession. D'où l'importance des retours clients. Arthur Bénard prend l'exemple des statuts de société : "Avant, pour rédiger les statuts, on demandait le capital social puis la répartition des parts. Maintenant, on demande les apports des associés puis on calcule le capital".

Cette nouvelle version du métier de juriste a émergé il y a quelques années avec le développement des legal tech, ces start-up offrant des services juridiques en ligne. A terme, "les juristes-codeurs auront un rôle important", prédit Tanguy Robert. Il s'interroge toutefois sur leurs employeurs : "Est-ce qu'il y en aura dans les cabinets d'avocats, les grandes entreprises ? Je ne sais pas". Arthur Bénard pointe lui la nécessité de former au plus tôt les juristes à ces évolutions : "Les cours d'informatique doivent être développés à l'université car s'il s'agit d'une voie d'emploi".

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