Fonction publique : ce métier de l'Éducation nationale est le moins bien payé de France
Entre précarité et CDI, un métier est au plus bas dans l'échelle salariale de la fonction publique. Avec un salaire de 1 500 euros net, ce poste se transforme en un emploi précaire sur le marché du travail actuel, selon une étude de la Direction des études et des statistiques (Dares).
Ils sont en première ligne dès le petit matin, confrontés aux humeurs des parents et bloqués au pied de l'échelle sociale : voici le quotidien de la profession la moins bien payée de la fonction publique française.
1 500 euros net par mois, c'est son salaire moyen. C'est simple, avoir un tel revenu vous classe parmi les 4% des salariés les moins bien rémunérés dans la fonction publique. Rappelons que le salaire médian dans le public est de 2 378 euros par mois.
Pensée par l'Etat comme une profession de courte durée (encore aujourd'hui 87% des contrats sont des CDD de moins d'un an) elle tend à se muer en un métier de longue durée pour des travailleurs précarisés qui peinent à trouver mieux ailleurs.

Ces salariés précarisés, ce sont les surveillants scolaires, communément appelés "pions". Un métier qui a connu une profonde mutation il y a vingt ans. Depuis 2003, ils exercent sous le statut d'assistant d'éducation (AED), une refonte venue totalement bouleverser la profession, souligne un récent article de la Direction des études et des statistiques (Dares).
"Historiquement ce métier était pensé par l'Éducation nationale comme un emploi transitoire, destiné à des étudiants, pour faciliter la poursuite de leurs études. Mais depuis 2003, il n'est désormais plus réservé aux seuls candidats étudiants", soulignent les auteurs de l'article. Résultat : les étudiants ne représentent plus que 20% des effectifs aujourd'hui.
Pourquoi ? Parce que les AED étudiants bénéficient d'un "crédit d'heures" pour leurs études, ce qui réduit leur temps de travail hebdomadaire à environ 30 heures (pour un temps plein). À l'inverse, un AED non-étudiant travaille environ 35 heures. Pour un établissement, recruter un non-étudiant permet donc de gagner des heures de service et simplifie l'organisation.
Avec les étudiants, "les contraintes liées au suivi de leurs cours et aux examens complexifient la gestion des emplois du temps. Une équipe de vie scolaire composée exclusivement d'étudiants, situation que nous n'avons jamais rencontrée au cours de l'enquête, rendrait cette gestion très délicate, en particulier lors des semaines d'examens universitaires", précise l'article.
Cet emploi précaire pensé comme un métier tremplin pour accéder aux métiers de l'Éducation nationale, tend finalement à devenir un "emploi refuge", "permettant d'échapper un temps aux difficultés du marché du travail". Les auteurs parlent même de "trappe à activité précaire".
Les mots sont durs et proviennent tous du même article : "Évolution des usages du statut d'assistant d'éducation" publié par la Dares, en juin 2025, dans la revue "Travail et Emploi". On y découvre de nombreux témoignages d'AED, comme celui de Bilal "dont la rancœur à l'égard du statut s'ajoute au sentiment d'effectuer un travail disqualifié".
Pour Bilal, le statut d'AED, "c'est un statut bâtard, un truc comme ça pour arranger les gens. Six ans comme ça, après on balaie et on renouvelle. Assistant d'éducation (il appuie sur les deux termes), c'est comme technicien de surface".
A l'inverse, Côme et Willy endossent parfaitement le métier, comme il a été pensé. Tous deux étudiants de 23 et 22 ans, le statut d'AED permet au premier de "faire une pause" dans ses études et réfléchir à son avenir. "Il est pour Willy un moyen de financer ses études afin de mener à bien son rêve de devenir agrégé de sciences économiques et sociales."
Mais ces profils se raréfient et la réforme récente ne devrait pas inverser la tendance. Depuis 2022, les assistants d'éducation ayant cumulé six années d'exercice peuvent accéder à un contrat à durée indéterminée. À terme, cette évolution pourrait accentuer le phénomène d'emploi refuge précaire.