Présidentielle 2027 : peut-on prédire le vote avec des répondants synthétiques ?
Les sondages ont déjà du mal à suivre des électeurs qui changent d'avis. Alors, des répondants synthétiques "précis à 90%" ? Ce qu'il faut en attendre, et ce qu'il ne faut pas. Explications.
La présidentielle approche. Dans quelques semaines, les sondages vont se multiplier. Et je prends le pari qu'avant le premier tour, quelqu'un annoncera qu'une intelligence artificielle peut prédire le vote des Français, "avec 90% de précision".
Avant d'y croire, un petit rappel s'impose. Même avec de vrais électeurs, prédire un vote est un exercice difficile.
Avec de vrais électeurs, c'est déjà difficile
Un sondage n'est pas une prédiction. C'est une photographie, prise un jour donné, auprès de personnes qui peuvent changer d'avis le lendemain.
Et elles en changent. Un débat, une petite phrase, un fait divers, une hésitation de dernière minute : beaucoup d'électeurs se décident tard, certains ne disent pas tout, d'autres ne savent pas encore eux-mêmes. Les sondeurs le savent mieux que personne. Le 21 avril 2002 est resté dans toutes les mémoires : presque personne n'avait vu venir le second tour qui s'est dessiné ce soir-là.
Autrement dit, même en interrogeant de vraies personnes, avec des méthodes éprouvées depuis des décennies, l'avenir reste en partie imprévisible.
Avec des répondants synthétiques, c'est encore plus dur
Un répondant synthétique, c'est une réponse produite par une intelligence artificielle à partir d'un profil : âge, région, métier, opinions. Il apprend de ce qui a déjà été dit et mesuré. Il ne regarde pas le débat de mardi soir. Il ne change pas d'avis en sortant du marché.
Il a aussi un défaut bien connu : il est trop souvent d'accord avec ses semblables. Des chercheurs américains l'ont montré dès 2024 sur une grande enquête électorale. Les réponses produites par l'IA retrouvaient la moyenne des vraies réponses, mais avec beaucoup moins de variété, et elles changeaient selon la façon de poser la question.
Or une élection se joue justement dans cette variété : les indécis, les hésitants, ceux qui basculent. J'avais déjà raconté ici l'expérience de vingt-huit répondants synthétiques un peu trop unanimes.
"90% de précision"… mais de quoi ?
Le chiffre rassure. Il faut pourtant savoir ce qu'il mesure.
Le plus souvent, il compare des moyennes. Prenez une classe qui a 12 de moyenne en mathématiques. Elle peut réunir trente élèves qui ont tous 12. Elle peut aussi réunir quinze élèves à 4 et quinze à 20. Même moyenne, deux classes très différentes. Pour une élection comme pour une étude de marché, c'est la seconde image qui compte : qui est pour, qui est contre, qui hésite.
Trois questions suffisent pour y voir plus clair :
- 90% de quoi ? D'une moyenne, ou de la façon dont les avis se répartissent ?
- Pour qui ? Une personne précise, un groupe, ou toute la population ?
- Comparé à quoi ? Quelle vraie enquête sert de référence, et l'outil l'avait-il déjà vue avant le test ?
Faut-il tout jeter ? Non
Ce serait l'erreur inverse. Comme je l'écrivais récemment dans ma chronique pour Market Research News, un répondant synthétique n'est pas un "faux répondant" qu'il faudrait démasquer. C'est un outil, qui vaut ce que valent les épreuves qu'on lui a fait passer.
Prédire le vote de dimanche prochain n'est pas son métier. En revanche, il sait aider à trier des idées : quel slogan, quel nom, quel concept mérite d'être testé auprès de vraies personnes. Moins de pistes, et de meilleures, avant d'engager un vrai budget d'étude.
À condition de le vérifier. Avec FlashInsight, l'outil que je développe, nous avons comparé nos répondants synthétiques à de grandes enquêtes réelles dans huit pays. Au départ, ils étaient beaucoup trop d'accord entre eux. Nous avons corrigé ce défaut, et publié les chiffres, avant et après. Une animation d’une minute l’explique simplement. Et nous disons aussi ce qui reste à prouver : le test sur des questions jamais vues n'a pas encore été conduit (voir notre page de preuves).
Pour conclure
Au printemps prochain, quand un chiffre de "précision" fera la une, posez une seule question : précis sur quoi ? Si la réponse est "sur la moyenne", il manque l'essentiel : ceux qui n'ont pas encore choisi.
Et vous, feriez-vous confiance à une IA pour vous dire qui sera élu ?