Pourquoi Molotov avait besoin d'Altice

Pourquoi Molotov avait besoin d'Altice Le groupe de Patrick Drahi va prendre 60% de la plateforme de vidéo OTT. Cette dernière, qui cherchait depuis des mois un partenaire industriel, va profiter de l'augmentation de capital pour éponger ses pertes et investir en R&D.

Altice et Molotov viennent d'annoncer dans un communiqué de presse commun être entrés en discussions exclusives en vue d'une prise de participation majoritaire de l'opérateur télécom. L'opération, dont le montant n'est pas dévoilé, doit donner les moyens à la plateforme vidéos française de devenir un acteur majeur de l'OTT en France et à l'étranger. "Un Spotify de la télé en France et à l'international", comme l'explique le fondateur de Molotov, Jean-David Blanc.

Lancé en juillet 2016, Molotov a plutôt réussi son pari de s'installer dans le paysage audio-visuel français avec 7,3 millions d'utilisateurs revendiqués. Un chiffre qu'il convient toutefois de nuancer à l'aune de l'audience que lui confère Médiamétrie//Netratings : 3,1 millions de visiteurs uniques, tous devices confondus, en décembre dernier.

Tout l'enjeu pour ses fondateurs, Pierre Lescure et Jean-David Blanc, est aujourd'hui d'en faire un succès financier. La plateforme, qui ne communique pas sur le nombre d'abonnés payants, disait en viser 500 000 à son lancement pour atteindre l'équilibre. En attendant d'atteindre ce cap, Molotov, qui a déjà levé 32 millions d'euros, était à la recherche depuis de nombreux mois d'un partenaire industriel capable de mettre 40 millions d'euros sur la table. Un partenaire qui aurait pu être France Télévisions à en croire Les Echos.… Les deux acteurs étaient entrés en négociations exclusives pour que le groupe public récupère la technologie de Molotov, la marque commerciale devant être abandonnée.

Une partie de l'apport d'Altice a été valorisé en "synergies et contenus"

Mais c'est finalement Altice qui endossera ce rôle, après avoir pris 60% du groupe dans le cadre d'une nouvelle augmentation de capital à laquelle participent les fondateurs et les actionnaires d'origine. Ce groupe d'anciens actionnaires et Altice auraient chacun investi "quelques millions d'euros", selon une source citée par Les Echos. De quoi permettre à Molotov d'éponger les pertes consenties sur 2018 tout en continuant à investir dans la plateforme. En outre, une partie de l'apport d'Altice a été valorisée en "synergies et contenus" comme l'explique Jean-David Blanc dans le communiqué de presse. Car Molotov, qui conservera comme Teads avant lui, son indépendance dans le groupe, veut s'appuyer sur les ressources de celui qui a fait de la convergence entre médias et télécoms le moteur de son développement. En France, Altice est ainsi propriétaire de médias comme BFM TV, L'Express et Libération, en plus de SFR. Le groupe a de son côté cumulé près de 31,8 millions de visiteurs uniques, tous devices confondus, en décembre dernier.

Développement à l'international

Altice a d'ores et déjà annoncé qu'il n'hésiterait pas à investir en R&D pour donner les moyens à Molotov de peaufiner son produit. Côté contenus, Alain Weil a estimé que la présence d'Altice au capital de Molotov lui donnera sans doute un peu plus de poids au moment de négocier la diffusion de l'offre de rattrapage de TF1 et M6. Ce que les deux chaînes, dont le flux live est présent au sein du service, lui ont toujours refusé. Toutefois, rien ne dit qu'elles soient prêtes à transiger. En effet, les deux groupes ont annoncé en juin dernier le lancement d'une plateforme vidéo commune avec France Télévision, baptisée Salto.

En ce qui concerne le développement à l'international, l'apport d'Altice devrait être plutôt limité, le groupe est présent dans seulement quatre pays autres que la France : les Etats-Unis, Israël, le Portugal et la République dominicaine. C'est sans doute sur le marché américain où Altice est le quatrième câblo-opérateur américain, présent dans une vingtaine d'états américains sous la marque commerciale Optimum, que les bénéfices de ce rapprochement pourraient être le plus intéressant pour Molotov.

Et toujours :

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