Cette entreprise distribuera 200 milliards de dollars à ses salariés à condition qu'ils restent au travail
Imaginez ouvrir votre application bancaire et voir apparaître 10 millions de dollars, sans pour autant pouvoir en dépenser un seul centime. C'est la situation paradoxale que vont bientôt vivre des milliers de salariés d'Anthropic. Ce lundi 26 octobre 2026, l'entreprise a officiellement lancé son processus d'entrée en Bourse en déposant son formulaire préparatoire S-1. Bientôt, ses actions s'échangeront au Nasdaq sous le symbole ANT.
Les chiffres donnent le vertige. Dans son communiqué, l'entreprise évoque une valorisation globale comprise entre 1 500 et 2 000 milliards de dollars. Ce plafond de 2 000 milliards, déjà murmuré durant l'été, n'est toutefois pas gravé dans le marbre. Selon le Financial Times, les actionnaires actuels tablent plutôt sur une fourchette comprise entre 1 500 et 1 750 milliards. Quoi qu'il en soit, le bond est spectaculaire : lors de sa dernière augmentation de capital en mai 2026, Anthropic pesait 965 milliards de dollars, soit 863 milliards d'euros.
Pour les équipes, l'enjeu est monumental. L'entreprise, qui a connu une croissance fulgurante en passant de 940 employés fin 2024 à 5 300 aujourd'hui, a distribué des options et des actions gratuites. Au total, ce pactole théorique brut pèse entre 200 et 330 milliards de dollars. Des analystes estiment ainsi qu'entre 3 000 et 4 200 personnes vont devenir millionnaires sur le papier.
Evidemment, la répartition de ce trésor est très inégale. Au sommet de la pyramide, une petite élite de 50 à 100 chercheurs vedettes et cadres historiques, arrivés entre 2021 et 2023, s'assiéra sur plus de 100 millions de dollars par personne. Juste en dessous, environ 1 200 ingénieurs seniors et directeurs recrutés entre 2023 et début 2025 détiendront entre 10 et 99 millions chacun. La grande majorité, soit 2 500 à 3 000 salariés des fonctions de soutien ou embauchés en 2025 et 2026, naviguera entre 1 et 9 millions de dollars. Seules les quelque 1 000 personnes arrivées depuis moins d'un an resteront sous la barre du million.
Les heureux élus devront cependant rester dans l'entreprise pour débloquer leurs droits. Les 300 millions de dollars promis aux recrues de 2024, par exemple, sont lissés sur quatre ans. L'entrée en Bourse ne rendra liquides que les actions déjà acquises par l'ancienneté. Ensuite, il faudra patienter : une interdiction de vendre de 30 à 180 jours s'appliquera, une période de flottement durant laquelle le cours de l'action aura tout le temps de monter ou de baisser.
Enfin, le fisc californien passera par là. Considérées comme un salaire, ces actions débloquées sont amputées d'un prélèvement compris entre 40% et 50% de leur valeur. Ce fameux salarié avec ses 10 millions de dollars virtuels n'en conservera finalement que 5 ou 6 millions. Une somme qui change une vie, certes, mais qui demande encore un peu de patience.