Les éditeurs en ligne portent plainte contre Google auprès de la Commission européenne
Cinq organisations françaises représentatives de la presse, des éditeurs en ligne et d‘acteurs du marketing digital ont déposé ce jeudi 29 octobre une plainte auprès de la Commission européenne concernant les pratiques de Google liées au déploiement des AI Overviews et de l'AI Mode en France. Il s’agit du Collectif pour les acteurs du marketing digital (CPA), la Fédération nationale de la presse d’information spécialisée (FNPS), le Groupement des éditeurs de contenus et de services en ligne (Geste), le Syndicat des éditeurs de la presse magazine (SEPM) et le Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne (Spiil).
A travers cette plainte, ces organismes entendent directement contribuer à une enquête formelle déjà en cours à Bruxelles : ouverte par la Commission européenne en décembre 2025, cette dernière vise à déterminer si Google a enfreint les règles de concurrence de l’Union européenne en utilisant les contenus des éditeurs de sites web et les vidéos publiées sur YouTube pour alimenter ses propres services d’intelligence artificielle. Dans un communiqué, ces organisations françaises indiquent vouloir "contribuer à l’instruction de cette procédure en apportant des éléments factuels recueillis auprès des éditeurs français et une analyse des pratiques observées depuis le déploiement d’AI Overviews et d’AI Mode", sans pour autant fournir plus de détails.
"Ce déploiement soulève d’importantes préoccupations quant aux conséquences de ces nouvelles fonctionnalités sur les modalités d’imposition de ce dispositif, la visibilité, le trafic et les modèles économiques des éditeurs", écrivent les auteurs de la plainte. Les principales craintes tiennent au fait que les fonctionnalités d’IA de Google sont imposées selon des modalités non transparentes et qu’elles génèrent une baisse du trafic en provenance du moteur de recherche chez les éditeurs, réduisant leur visibilité, la notoriété de leur marque et leur marge de monétisation publicitaire et de conquête de nouveaux abonnés.
Les éditeurs en ligne auteurs de la plainte ont déployé une méthodologie stricte de mesure permettant de comparer l’évolution de leur trafic, de leur visibilité, de la notoriété de leur marque et de leurs abonnements avant et après le déploiement en France des résumés d’IA et du Mode IA de Google, le 22 juillet. Des sources proches du dossier confirment qu’ils ont constaté des baisses généralisées de trafic, même si elles varient substantiellement d’un site à un autre, et même d’une page à une autre. Même chose pour le taux de clics et pour la conquête d’abonnés. AIO aurait également dégradé le positionnement des marques médias dans les résultats de recherche.
Au cœur de la plainte, on trouve l’argument selon lequel Google utilise les contenus des éditeurs de sites web pour alimenter ses services d’intelligence artificielle dans des conditions inéquitables et, il va sans dire, sans qu’aucune négociation ou concertation n’ait été établie. Non seulement il favoriserait ses propres services au détriment de ceux des éditeurs mais en plus conduirait à leur éviction progressive du marché. "Les éditeurs dépendent fortement du moteur de recherche de Google pour accéder à leurs audiences, alors même que leurs contenus sont utilisés pour alimenter des fonctionnalités susceptibles in fine de se substituer à la consultation de leurs propres sites, sans qu’aucune transparence, ni maîtrise effective ne leur soit donnée", déclarent les organisations plaignantes.
Dès le lancement d’AI Overviews et AI Mode en France, mercredi 22 juillet, les éditeurs en ligne ont alerté le marché sur le fait que cela avait été fait sans aucune négociation préalable ni demande d’autorisation. De quoi leur permettre depuis de s’organiser : "Cette démarche rassemble la plus large coalition d’associations et d’organisations professionnelles françaises d’éditeurs de sites web jamais réunie dans le cadre d’une procédure devant l’autorité européenne de concurrence", indiquent-ils. Avec au bout l’intention d’amener Google à revoir sa copie.