Le GEO a déjà ses gourous, Google préfère parler de fondamentaux

Ricciarelli Partners

Le GEO alimente déjà un nouveau marché de promesses et de méthodes supposées incontournables. Pendant ce temps, Google rappelle que les fondamentaux restent la stratégie la plus solide.

Depuis plusieurs mois, le GEO (Generative Engine Optimization) s’impose progressivement dans les discussions autour du référencement. À ses côtés apparaissent déjà l’AEO (Answer Engine Optimization), l’AI Search Optimization et une multitude de nouvelles approches censées permettre aux entreprises d’améliorer leur visibilité auprès des intelligences artificielles.

Le phénomène est presque fascinant. À peine ces nouveaux usages commencent-ils à émerger que les premières promesses commerciales apparaissent déjà. Les publications LinkedIn se multiplient, les formations fleurissent, certains évoquent des fichiers techniques indispensables, d’autres présentent des méthodes capables de séduire les moteurs conversationnels. Comme souvent dans le numérique, un nouveau marché se construit à une vitesse impressionnante.

Pourtant, Google adopte aujourd’hui un discours beaucoup plus mesuré. L’entreprise recommande officiellement de continuer à privilégier les bonnes pratiques SEO plutôt que de courir après des optimisations artificielles ou des "hacks GEO" dont l’efficacité reste largement spéculative.

Ce décalage est particulièrement révélateur. D’un côté, un écosystème qui tente déjà d’établir de nouvelles règles, de nouveaux acronymes et parfois même de nouvelles certitudes. De l’autre, l’entreprise qui développe le moteur de recherche le plus utilisé au monde et qui rappelle que les principes ayant fait leurs preuves restent aujourd’hui les meilleurs repères pour traverser cette nouvelle évolution.

Au fond, cette situation dépasse largement le référencement. Elle raconte une histoire que le marketing numérique connaît depuis plus de vingt ans : chaque révolution technologique donne naissance à son marché des promesses. À chaque fois, certains annoncent que tout va changer. À chaque fois, d’autres rappellent que les fondamentaux résistent souvent beaucoup mieux aux effets de mode que les recettes miracles.

Le GEO crée déjà son propre marché

L’histoire est presque toujours la même. Une innovation apparaît, les premiers usages se développent et les entreprises cherchent naturellement à comprendre ce qui est en train de changer. Cette phase d’observation est parfaitement normale. Aucun dirigeant ne souhaite voir son entreprise perdre en visibilité parce qu’il aurait ignoré une évolution majeure du numérique.

Très rapidement, un second phénomène se met pourtant en place. Des spécialistes émergent, des méthodes commencent à être présentées comme incontournables et les premières offres commerciales apparaissent. Les réseaux sociaux amplifient naturellement ce mouvement. Chacun partage ses observations, ses tests, ses convictions et parfois ses certitudes. En quelques semaines, un nouveau marché peut pratiquement naître sous nos yeux.

Le GEO n’échappe pas à cette mécanique. Depuis plusieurs mois, les contenus expliquant comment "optimiser" un site pour les intelligences artificielles se multiplient. Certains évoquent des structures rédactionnelles idéales, d’autres parlent de fichiers techniques supposés devenir indispensables, tandis que quelques-uns affirment déjà connaître les critères qui permettraient d’être davantage cités par les moteurs conversationnels.

Le problème n’est évidemment pas d’expérimenter. Au contraire, la recherche et les tests permettent de faire progresser toute une profession. Ce qui mérite davantage de prudence, en revanche, c’est la vitesse avec laquelle certaines hypothèses sont parfois transformées en vérités établies. L’intelligence artificielle appliquée à la recherche évolue encore extrêmement vite. Les modèles changent, les interfaces se transforment et les usages continuent eux-mêmes de se construire.

Google préfère parler de fondamentaux

C’est précisément pour cette raison que la communication récente de Google mérite d’être observée avec attention. Alors que certains cherchent déjà à bâtir une nouvelle discipline reposant sur des règles supposées inédites, Google adopte une posture beaucoup plus sobre. Son message consiste essentiellement à dire qu’il n’existe aujourd’hui aucune raison d’abandonner les bonnes pratiques qui fondent le référencement naturel depuis des années.

L’entreprise continue de recommander de produire des contenus utiles, fiables et pensés avant tout pour les utilisateurs. Elle insiste également sur l’importance de démontrer une véritable expertise, de répondre clairement aux questions des internautes et de construire progressivement une crédibilité durable. Autrement dit, Google ne présente pas le GEO comme une rupture totale avec le SEO, mais plutôt comme une évolution qui continue de s’appuyer sur les mêmes bases.

Cette position peut sembler moins séduisante que les discours promettant de nouvelles recettes révolutionnaires. Elle possède pourtant un avantage considérable : elle s’inscrit dans une logique de long terme. Les technologies changent, les interfaces évoluent et les moteurs gagnent en sophistication, mais les contenus réellement utiles conservent généralement leur valeur quelle que soit la manière dont ils sont affichés.

À bien y regarder, le discours de Google est presque contre-intuitif dans un univers où chaque innovation est souvent présentée comme une rupture totale avec ce qui existait auparavant. L’entreprise ne dit pas qu’il ne faut pas s’intéresser au GEO. Elle rappelle simplement qu’avant de chercher à optimiser un contenu pour une intelligence artificielle, encore faut-il produire un contenu suffisamment pertinent pour mériter d’être recommandé.

Les révolutions technologiques produisent toujours leurs gourous

Le référencement n’est d’ailleurs pas le premier secteur à connaître ce phénomène. Les réseaux sociaux ont eu leurs experts autoproclamés. Le métavers a connu ses prophètes. Les NFT ont vu apparaître une multitude de spécialistes en quelques mois. Plus récemment, l’intelligence artificielle générative a elle aussi fait émerger un marché considérable de formations, de méthodes et de recettes censées garantir de meilleurs résultats.

Ce constat ne signifie pas que tous ces professionnels sont illégitimes. Beaucoup expérimentent sérieusement, publient leurs observations et participent réellement à faire progresser les connaissances du secteur. Le problème apparaît lorsque le discours commercial prend le pas sur la prudence intellectuelle. Une hypothèse devient une méthode. Un test devient une certitude. Une intuition se transforme en vérité générale.

Le GEO semble aujourd’hui traverser cette phase. Les expérimentations sont nombreuses, ce qui est une excellente nouvelle. En revanche, personne ne dispose encore du recul nécessaire pour affirmer avec certitude quels seront les critères réellement déterminants dans deux, trois ou cinq ans. Les moteurs conversationnels évoluent presque chaque mois, les modèles changent rapidement et les usages des internautes continuent eux aussi de se transformer.

Cette absence de certitudes devrait naturellement inviter à davantage de nuance. Pourtant, dans un marché concurrentiel, la nuance se vend souvent moins bien que les promesses. Affirmer que l’on cherche encore à comprendre un phénomène attire rarement autant l’attention que prétendre en détenir déjà les secrets.

L’intelligence artificielle récompensera probablement les mêmes qualités

Au fond, la véritable question n’est peut-être pas de savoir si le GEO remplacera un jour le SEO. Elle consiste plutôt à comprendre ce que recherchent réellement les intelligences artificielles lorsqu’elles construisent une réponse. Leur objectif reste de fournir une information pertinente, fiable et compréhensible. Pour y parvenir, elles ont besoin de s’appuyer sur des contenus de qualité.

Dans cette logique, les entreprises qui investissent depuis longtemps dans leur expertise, dans la qualité de leurs publications et dans leur crédibilité ne partent probablement pas de zéro. Les moteurs conversationnels peuvent modifier la manière dont les réponses sont présentées, mais ils ne créent pas artificiellement une expertise qui n’existe pas. Ils s’appuient sur ce qui est déjà disponible, déjà crédible et déjà utile.

C’est peut-être la raison pour laquelle Google insiste autant sur les fondamentaux. Derrière cette recommandation se cache une idée simple : les évolutions technologiques changent les outils, mais elles ne changent pas nécessairement ce qui fait la valeur d’un contenu. Une analyse solide, un raisonnement clair, une information vérifiée ou une expertise reconnue conservent leur intérêt, qu’ils soient lus directement sur un site ou repris par une intelligence artificielle.

Le GEO continuera naturellement à évoluer. De nouvelles bonnes pratiques apparaîtront, certaines seront validées, d’autres disparaîtront. C’est le fonctionnement normal de toute innovation. En attendant, la stratégie la plus raisonnable consiste sans doute à écouter le principal moteur de recherche lorsqu’il rappelle que les fondamentaux restent aujourd’hui le meilleur investissement. Les gourous du GEO continueront probablement à inventer de nouveaux acronymes. Google, lui, préfère parler de fondamentaux. Et pour l’instant, c’est sans doute le conseil le plus solide à retenir.