Blockchain as a service : AWS rattrape son retard sur IBM et Microsoft

Blockchain as a service : AWS rattrape son retard sur IBM et Microsoft Pour simplifier le déploiement de chaînes de blocs, les trois fournisseurs IT proposent des services de cloud managés. Mais est-ce que ces solutions tiennent leurs promesses ?

Microsoft Azure a été le premier, fin 2015, à dégainer une offre de Blockchain as a Service (BaaS), suivie en 2016 par IBM. Depuis, SAP et HPE lui ont également emboîté le pas. Pour une fois, Amazon Web Services (AWS) a accusé un temps de retard sur ses compétiteurs en ne soumettant son offre de BaaS au marché qu'en avril 2018.

La promesse du BaaS est évidente. Il s'agit de s'affranchir de la complexité de la mise en œuvre d'une blockchain. En passant par ce type d'offre, une entreprise est assurée de bénéficier d'une plateforme à l'état de l'art en confiant au fournisseur de cloud sa maintenance et son évolutivité. Une manière aussi de contourner la pénurie de compétences dans le domaine de la blockchain.

Comparatif de trois offres de Blockchain as a service
Editeur / offre Date de lancement Spécifications techniques Modèle tarifaire Références 
Microsoft / Azure Blockchain Service             Novembre 2015 Quorum, prochainement R3 Corda Enterprise. Extension Visual Studio Code. Kit de dévelo    ppement et outil de configuration. A partir de 0,081 € par nœud pour la transaction, même tarif pour la validation. 0,053 € par heure pour le stockage (Go par mois) Starbucks, JP Morgan, Singapore Airlines, Nasdaq, 3M
Amazon / Amazon Managed Blockchain Avril 2018 Hyperledger Fabric et prochainement Ethereum Adhésion au réseau : 0,30 $ par heure, 0,034 $ par heure pour un nœud (instance bc.t3.small) 0,10 $ par Go et par mois pour le stockage, 0,10 $ par Go pour l'écriture de données Nestlé
IBM / Blockchain Platform Février 2016 Hyperledger Fabric. Extension Visual Studio Code Formule Starter : 188 € par mois + 94,03 € par nœud. Formule Enterprise : 752 € par mois + 752 € par nœud.  Bank of Tokyo, Mitsubishi, Crédit Mutuel Arkéa

Blockchain delivery manager au sein du cabinet français Octo Technology, Sébastien Massart tempère la promesse du BaaS. Comme d'autres experts, il rappelle que le concept de service managé contrevient à la philosophie première de la blockchain qui est censée être un registre décentralisé. "Avec le BaaS, on centralise au contraire la technologie pour des raisons d'efficacité d'infrastructure", constate-t-il. Pour répondre à l'esprit originel, il faudrait que les nœuds soient hébergés chez différents prestataires de cloud.

L'expert constate, par ailleurs, qu'AWS ou Azure proposent avant tout des environnements pour concevoir une blockchain privée. A la différence d'un pure player comme le français Blockchain Studio qui, avec Rockside, propose de monter une blockchain publique sur Ethereum. Enfin, il note que les solutions proposées par les géants du cloud ne sont pas encore prêtes à la production (ou "production ready"). Elles sont pour l'heure plutôt adaptées aux phases d'expérimentation, pour réduire les coûts des PoC (proof of concept).

Pour autant, l'offre de BaaS s'est étoffée et structurée depuis notre précédent comparatif de février 2018. Et l'avenir semble prometteur. Après avoir passé le statut de "production ready", les fournisseurs de cloud pourraient, selon Sébastien Massart, proposer des synergies avec d'autres services de leur catalogue, la blockchain étant une brique technologique parmi d'autres dans la plupart des cas d'usages. Un projet de traçabilité de produits alimentaires peut faire, par exemple, appel à la blockchain et à l'IoT pour remonter les données, ainsi qu'à une couche de big data pour les collecter et les analyser.

Azure, la prime au pionnier

Microsoft a été le premier, en novembre 2015, à proposer une offre cloud dédiée à la blockchain. En mai 2019, la firme de Redmond annonçait le lancement en version finale d'Azure Blockchain Service. Intégré à Azure Active Directory, ce service managé vise à "simplifier la création, la gestion et la gouvernance des réseaux de blockchain. L'idée étant que les entreprises puissent se concentrer sur la logique de workflow et le développement d'applications", selon Mark Russinovich CTO de Microsoft Azure (lire son billet de blog sur le sujet)

Le premier registre de chaîne de blocs déployé sur Azure est Quorum. Initiée par JP Morgan, cette blockchain basée sur le protocole Ethereum fédère 75 banques dont Société Générale et Crédit Agricole dans le but d'accélérer les paiements internationaux interbancaires. Dans les mois à venir, Azure prévoit la gestion de jetons numériques (tokens) et la prise en charge de la blockchain R3 Corda Enterprise.

"L'interface d'Azure Blockchain Workbench rend cette solution davantage 'production ready'", estime Sébastien Massart (Octo Technology)

Le provider propose aussi une extension de Visual Studio Code pour simplifier le codage de contrats intelligents associés aux chaînes de blocs. Un nouveau kit de développement permet ensuite d'intégrer des processus métiers à ces "smart contracts" en assurant l'interopérabilité avec des bases de données, des CRM ou des ERP.

Un an plus tôt, Microsoft avait lancé Azure Blockchain Workbench, un outil de configuration et de monitoring de réseaux de blockchain. "Cette interface rend la solution davantage 'production ready'", estime Sébastien Massart. Azure Blockchain Workbench est aussi adossé à une marketplace visant à créer un écosystème de solutions blockchain.

AWS mise sur Hyperledger Fabric

En avril 2018, AWS lançait Blockchain Templates, dont la promesse était de pouvoir lancer un réseau blockchain "en quelques clics". Pile un an plus tard, le géant du cloud commercialisait un service managé digne de ce nom, baptisé Amazon Managed Blockchain, pour la région Etats-Unis Est (Virginie du Nord). Il reste en version préliminaire au sein des autres régions du cloud américain.

Amazon Managed Blockchain permet de constituer un réseau de chaîne de blocs basé sur le framework open source Hyperledger Fabric et prochainement sur Ethereum. AWS a notamment noué un partenariat avec Kaleido, une entité du groupe ConsenSys, qui se présente comme "la première plateforme de blockchain d'entreprise sur Ethereum". La blockchain créée peut s'étendre à plusieurs comptes AWS, de sorte qu'un groupe d'utilisateurs peut exécuter des transactions et partager des données sans autorité centrale.

Toujours en version préliminaire, AWS propose une base de données de registre distribuée appelée QLDB (Quantum Ledger Database). Elle fournit un journal de transactions sécurisé par cryptographie relevant cette fois d'un tiers de confiance. QDLB permet, par exemple, de suivre un historique de crédits et débits bancaires ou les mouvements d'un produit dans une supply chain. "Une API semblable à SQL est à la disposition des développeurs", précise AWS. Le provider vient par ailleurs de publier une documentation afin de faciliter la configuration des nœuds.

IBM : le choix du multicloud

Comme AWS, IBM a fait le choix de s'appuyer sur l'infrastructure open source Hyperledger Fabric de la fondation Linux, pour sa solution de BaaS. Et comme Azure, Big Blue propose une extension Visual Studio Code pour simplifier la vie des développeurs dans la création des smart contracts. Depuis son lancement en 2016, l'offre a mûri. En mai 2019, IBM sortait en bêta la version 2.0 de sa Blockchain Platform. 

Cette plateforme de blockchain qui permet de déployer, gérer et configurer des nœuds, des services de commande et des autorités de certification a été repensée pour prendre en charge les architectures Kubernetes, le cloud public du groupe (IBM Cloud) et son cloud privé (IBM Cloud Private), mais aussi l'infrastructure d'AWS. IBM se différencie aussi de ses concurrents par sa politique tarifaire au forfait qui offre davantage de lisibilité.

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