Comment IBM se déploie dans la blockchain en France

Comment IBM se déploie dans la blockchain en France Big Blue est désormais passé de l'évangélisation à la commercialisation. Si la finance a ouvert la voie, les cas d'usage de la chaîne de blocs se multiplient dans l'énergie, la logistique ou l'agroalimentaire.

En l'espace de deux ans, le phénomène de la blockchain a changé de dimension et IBM entend bien en profiter. Fini la phase des proof of concept, les mises en production d'applications se multiplient aujourd'hui dans la chaîne de blocs. Big Blue revendique désormais 400 projets clients dans ce domaine (cf. une récente présentation financière). Combien d'entre eux sont issus d'entreprises françaises ? Le groupe américain ne le précise pas mais la tendance est clairement positive dans l'Hexagone. Il suffit pour s'en persuader de suivre l'effectif de l'équipe d'IBM France centrée sur la blockchain. Encore naissante en 2016, elle emploie aujourd'hui plus de 30 personnes : des développeurs, des architectes mais aussi des experts métiers. Et d'ici la fin de l'année, elle devrait accueillir vingt nouveaux collaborateurs. "Nous sommes de plus en plus sollicités sur le sujet et il y a une vraie volonté de notre part de mettre un coup d'accélérateur", insiste Luca Comparini, blockchain leader chez IBM France.

Comme tout domaine en voie de maturation, la blockchain se diversifie. Si la banque et  l'assurance, pionnières historiques du créneau, continuent à dominer les débats, la répartition sectorielle est un peu plus homogène aujourd'hui. "Je consacre environ 50% de mon temps aux services financiers contre 80% auparavant", poursuit Luca Comparini. Pour preuve : en juin dernier, neuf banques d'affaires européennes, dont Société Générale et Natixis, annonçaient la mise en production de We.trade (ex Digital Trade Chain). Cette plateforme, dont IBM est le partenaire technologique, permet de gérer les transactions de commerce international entre acheteurs, vendeurs (et leur banque) et transporteurs. Sa commercialisation est attendue d'ici la fin de l'année.

En ce qui concerne les banques d'affaires, la blockchain a démarré par la gestion des titres non listés avant de s'attaquer aux flux de paiements multidevises afin de réduire les risques opérationnels liés aux transferts transfrontaliers. Un terrain sur lequel IBM s'est associé à la société spécialisée KlickEx Group ainsi qu'à Stellar.org, une start-up qui opère un réseau de blockchain open source (avec son propre token) taillé pour les transactions financières. Dans l'assurance, IBM a par ailleurs noué un accord avec, entre autres, le leader du courtage Marsh. Objectif : numériser le processus de certificat dans les contrats et polices d'assurance. Un traitement qui est jusqu'ici encore largement manuel, opéré en amont par l'agent général.

Lutte anti-contrefaçon

Mais comme évoqué, la blockchain ne se restreint plus aux services financiers. "Il n'y a pas un seul secteur d'activité qui ne s'intéresse à la blockchain", affirme Luca Comparini. "Les entreprises dont la supply chain est cœur de métier sont particulièrement concernées, la chaîne de blocs devenant en quelque sorte leur socle technologique." Les acteurs de l'agro-alimentaire par exemple ont déjà jeté leur dévolu sur cette technologie pour gérer la traçabilité de leurs produits. Dans cette optique, IBM a réuni autour d'une solution verticale (Food Trust), Walmart, Nestlé, Unilever et des acteurs de la filière en France.

"La blockchain est là pour apporter de la valeur qu'il s'agisse de réduire les coûts ou optimiser un risque opérationnel"

Le monde du luxe pour faire face à la contrefaçon, l'industrie pharmaceutique pour le suivi des lots de médicaments, l'aéronautique et l'automobile pour gérer les stocks de pièces détachées... Les cas d'usage étudiés se multiplient dans nombre de secteurs. Dans le domaine du transport international en particulier, la blockchain peut, par exemple, tracer les événements liés au cycle de vie d'un container, de son chargement sur un bateau à son déchargement en passant par les contrôles de documents associés. "En dématérialisant le circuit papier et en réduisant les cas de fraude, la blockchain peut engendrer des économies atteignant jusqu'à mille dollars par container", estime Luca Comparini.

Si par nature IBM cible les grands comptes, le groupe travaille aussi sur le sujet avec des start-up. C'est le cas avec la société lyonnaise Sis ID qui lutte contre la fraude en sécurisant les paiements. Bénéficiant du dispositif Global Entrepreneur Program d'IBM en faveur des jeunes pousses, la société a créé un référentiel de coordonnées de paiement sécurisé via la blockchain. IBM collabore également avec Connecting Food, une "foodtech" qui utilise la blockchain pour tracer et certifier les produits alimentaires. L'infrastructure permet de savoir en temps réel si tel produit est vraiment bio et sans OGM.

Réunir les acteurs d'une même filière

Côté technologique, Big Blue a su se faire une place au sein de la communauté Hyperledger. Membre fondateur du projet open source soutenu par la fondation Linux, la firme américaine en est aussi l'un des principaux contributeurs. Aux côté de cette implication, Luca Comparini met en outre en avant le savoir-faire d'IBM en matière de déploiement d'applications de chaîne de blocs. "Nos clients doivent pouvoir industrialiser leurs déploiements tout en étant assurés de respecter les standards de sécurité et de conformité. Notre plateforme est par ailleurs déployable en interne ou dans le cloud", explique l'expert.

L'élément le plus différenciant d'IBM dans la blockchain résiderait dans sa capacité à faire cohabiter des organisations concurrentes, aux intérêts souvent divergents, au sein d'un même écosystème comme dans le cas de we.trade. Car, c'est là toute l'originalité d'un projet de chaîne de blocs que de réunir les acteurs d'une filière en instillant la confiance qui leur fait défaut. Toutefois, gérer plusieurs entreprises évoluant souvent sur des géographies différentes n'est pas donné à tous les groupes du numérique. "Il faut avoir les reins solides", confirme Luca Comparini. "L'animation et la gouvernance sont les clés de réussite de ce type de projet."

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