Google+ se réinvente pour contrer Slack et Workplace By Facebook

Google+ se réinvente pour contrer Slack et Workplace By Facebook Après la fermeture de sa version grand public, l'application se repositionne comme un réseau social d'entreprise. Mais le chemin sera long avant d'arriver au niveau de la concurrence.

Google+ est mort, vive Google+ ! Le réseau social aura mis trois jours pour ressusciter. Le 8 octobre dernier, Google annonçait qu'il fermerait son réseau social après avoir découvert un bug dans son API qui aurait pu exposer certaines données de profil de plus de 500 000 utilisateurs. Il rejoindra le cimetière de Google en août 2019. Le 11 octobre, nouvelle communication du géant du web. Dans un billet de blog, Google annonce vouloir repositionner Google+ comme réseau social d'entreprise en l'intégrant à G Suite.

Pour l'occasion, les administrateurs de G Suite se voient doter de droits accrus pour faciliter la gestion de Google+ au sein des grandes organisations. Après avoir défini des autorisations pour le partage d'informations hors de l'entreprise ou ajouter des groupes de travail à une communauté, ils pourront prochainement modérer les publications postées sur la plateforme. Un administrateur va également pouvoir définir des flux personnalisés permettant aux employés de s'abonner à des thématiques et d'engager des discussions par posts interposés autour de ces dernières.  Avec la fonction "announcement", il peut déjà épingler un post en haut de l'écran pour en optimiser la visibilité et la diffusion. En matière de reporting, Google prévoit par ailleurs de fournir des statistiques sur l'audience d'un contenu par entité, département. Enfin, il entend introduire la notion de balises pour faciliter la découverte de contenus aux sujets voisins. Une fois le post rédigé, la plateforme suggéra des hashtags de type #R&D ou #relation-client. 

Des fonctionnalités qui vont "dans le bon sens"

Pour Bastien Le Lann, les fonctionnalités prévues vont dans le bon sens même si elles ne sont pas nouvelles. Chief analyst au sein du cabinet d'études français Lecko, il a rencontré dès avril 2018 l'équipe produit de Google+ qui lui a présenté les nouveaux services. "Il n'y a rien de nouveau sous le soleil, juste une confirmation de la roadmap", estime-t-il. A ses yeux, Google avait surtout besoin de communiquer auprès des entreprises après la fermeture de la déclinaison grand public du produit. L'annonce de la faille de sécurité n'était pas de nature à rassurer les esprits d'autant qu'elle a été découverte de manière fortuite. Le bug a en effet été remonté dans le cadre de Project Strobe, un programme interne dont l'objectif est de contrôler l'accès des développeurs tiers aux données de comptes Google et terminaux Android.

Si Google a certainement su répondre aux questions de ses clients, dont Auchan en France, cette faille a en revanche pu décourager les prospects qui envisageaient de recourir à Google+. Au-delà de cet épisode, le réseau social fait, de longue date, l'objet de critiques persistantes. Dans sa dernière étude, Lecko notait que la plateforme pouvait être utilisée par de petites structures pour faire du partage d'informations ou de la veille. En revanche, "elle n'est toujours pas à niveau pour embarquer de larges populations et des communautés sur les principaux usages interne de mise en réseau. Les entreprises doivent envisager d'aller chercher ailleurs pour outiller la collaboration sociale", souligne le cabinet parisien. Une entreprise qui décide d'une stratégie "out of Office" pour aller vers G Suite devra donc conserver des briques de Microsoft (Yammer, Teams…) voire déployer en parallèle une plateforme sociale tierce.

"Google+ propose sensiblement le même outil pour les entreprises que celui historiquement dévolu au grand public"

Consultant AMOA digital au cabinet Spectrum, Thomas Poinsot partage cet avis. "Google propose sensiblement le même outil pour les entreprises que celui qui est historiquement dévolu au grand public. La plateforme est très légère fonctionnellement. Elle sert surtout au partage de textes, de liens ou à lancer des sondages. Il y a une belle marge de progression. L'interface peut aussi dérouter avec son agencement de contenus en patchwork", constate l'expert.

Des lacunes qui peuvent coûter cher à Google+ car, avec Workplace by Facebook, il fait face depuis deux ans un concurrent de poids. "Avec son interface que tout le monde connaît et ses fonctions médias, Workplace peut équiper tous les profils d'entreprise, au bureau ou sur le terrain. C'est là la principale menace pour Google+", estime Bastien Le Lann. "Certes, la fonction questions-réponses ou les flux 'découvrir' vont faciliter l'engagement des salariés sur Google+. Mais il reste encore des trous dans la raquette. Google est au milieu du gué, attention au retard pris sur la concurrence", prévient le consultant de Lecko.

Parmi les handicaps les plus marquants, Bastien Le Lann pointe l'absence de profils détaillés dans Google+. Un déficit qui constitue, selon lui, un vrai point de blocage. "Pour casser les silos dans une organisation, les employés ont besoin de découvrir leurs pairs, les collègues qui font le même métier ou un métier complémentaire", souligne le spécialiste.

Pas d'intégration poussée à G Suite

Autre sujet de grief, le manque d'intégration de Google+ à G Suite. "Après avoir coconstruit un document partagé dans G Suite, via quel espace une équipe de travail pourra-t-elle ensuite discuter à son sujet ?", questionne Bastien Le Lann. "Dès que l'on collabore à trois ou quatre sur un document, la messagerie instantanée Hangouts de G Suite montre ses limites. Google+ pourrait servir à coordonner ce travail documentaire et conversationnel, via par exemple une intégration plus poussée avec les espaces de collaboration Google Groups." Sur ce terrain de la productivité, Google+ se retrouve en concurrence frontale avec Slack.

Bastien Le Lann plaide aussi pour une meilleure intégration avec Google Drive. "Quand on partage un contenu ou un dossier, on en trouve un aperçu dans Google+. L'idéal serait qu'à chaque communauté Google+ lancée un espace Google Drive soit automatiquement créé avec la possibilité d'être notifié à chaque modification de fichiers. Des fonctions que l'utilisateur est en droit d'attendre", estime Bastien Le Lann. Quant à Thomas Poinsot, il pointe du doigt un manque de cohérence. "Avec G Suite, on change vite d'application. On passe par Hangouts Chat pour discuter, Hangouts pour lancer une visioconférence, etc. Google+ pourrait à terme devenir cette interface unifiant les différents services." C'est d'ailleurs précisément le positionnement de LumApps. Recommandé par Google sur sa place de marché, cet éditeur propose de regrouper les différents outils de G Suite pour en faire une digital workplace.

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